Le commerce mondial a du mal à sortir de son état léthargique

le 18/06/2015 L'AGEFI Hebdo

Les difficultés économiques rencontrées par les pays émergents ralentissent les échanges de marchandises.

Quand la Chine s’endormira… le commerce mondial en pâtira. Le changement de modèle de l’économie chinoise, axé désormais sur la demande intérieure et la consommation et n’étant plus uniquement « l’atelier du monde », se lit à livre ouvert dans les statistiques des échanges mondiaux de marchandises. En avril, l’OMC* a livré une troisième estimation de la croissance du commerce pour 2015, revue une nouvelle fois à la baisse : de 5,3 % à 3,3 % pour 2015 et 4 % pour 2016. En 2014, les échanges commerciaux ont crû de 2,8 % pour une prévision de l’OMC à l’origine de 4,7 %. C’est mieux que la progression moyenne de ces trois dernières années évaluée à 2 % l’an par la Cnuced**. C’est beaucoup moins que la croissance moyenne des deux décennies qui ont précédé la crise économique de 2008 de 6,8 % l’an. Les heures de gloire de la mondialisation débridée semblent appartenir au passé.

Le ralentissement de la croissance économique mondiale est la principale explication à ce coup de frein ; les économies émergentes, et principalement la Chine, pesant de tout leur poids dans ce ralentissement. Les économistes de la banque centrale (Banque populaire de Chine) en prennent acte dans leurs nouvelles prévisions de juin et diminuent la progression des exportations attendue cette année à 2,5 %, contre 6,5 % auparavant. Les anticipations pour les importations font carrément la culbute avec une contraction de 4,2 % contre une hausse de 5,1 % prévue précédemment. La Banque mondiale enfonce le clou avec ses nouvelles prévisions. Elle s’attend à une croissance mondiale de seulement 2,8 %, avec un ralentissement marqué des pays émergents exportateurs de produits de base.

La structure des échanges modifiée

Au mois le mois, le freinage des échanges se voit au travers des indicateurs habituels comme le Baltic Dry Index ou le CPB (du Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis). L’indice CBP momentum (lissé) du début d’année montre une contraction des échanges commerciaux, « un déclin plus prononcé dans les économies émergentes que dans les économies développées ». Quant au Baltic Dry Index (BDI) qui collecte les données sur le fret maritime en vrac des produits de base, il a touché un plus bas historique. Le résultat du BDI est à relativiser, car si l’indice collait parfaitement au développement des échanges des premières heures de la vague de mondialisation des années 2000, il a beaucoup perdu de sa pertinence aujourd’hui.

Le monde émergent à la peine, « la croissance des échanges de marchandises à court terme repose sur les économies développées », explique le rapport semestriel HSBC Trade Forecast pour qui le commerce international de marchandises parviendra à retrouver un rythme de croissance de 8 % à partir de 2017 « grâce à une accélération des échanges sud-sud », qui devraient être stimulés par des traités de libéralisation des échanges. Dans un premier temps, ce scénario des économistes de HSBC repose sur une accélération du commerce mondial dû à un euro plus faible et à la reprise économique en zone euro, « qui compte pour un quart du commerce mondial et dont les difficultés avaient, ces dernières années, freiné l’expansion des échanges ». Une explication aux tristes années 2012-2014 est la relocalisation d’activités industrielles. L’étude HSBC met en avant le raccourcissement progressif de la chaîne logistique mondiale, phénomène causé par la tendance au rapatriement de la production qui se traduit par une circulation transfrontière réduite des produits manufacturés intermédiaires. Pour la banque, des accords de libéralisation devraient stimuler le commerce : le TFA (trade facilitation agreement) proposé par l’OMC et le TTIP (transatlantic trade & investment partnership) Europe-Etats-Unis, sujet à controverses et à débats houleux.

La structure des échanges se modifie, les exportations de produits TIC (technologies de l’information et de la communication) ne cessent de monter en puissance depuis le début du siècle. La valeur des exportations de TIC est aujourd’hui de 1.400 milliards de dollars, soit 10 % du total mondial. Il pèse plus que le secteur agricole. Une nouvelle vague de libéralisation des TIC concernant 200 produits supplémentaires, de nouvelle génération ou à usage médical, est attendue. Elle devrait permettre, selon HSBC, de soutenir le commerce mondial et à la Chine de réaliser 44 % des exportations de produits TIC d’ici 2030.

*Organisation mondiale du commerce.

**Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement.

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