La thématique climat conduit à revoir les modèles de portefeuilles

le 28/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Avec des logiques « projet », « micro » ou « macroéconomiques », les initiatives émergent en cette année de conférence COP 21 à Paris.

Le low carbon est LE thème d’investissement d’avenir, si l’on en croit les investisseurs institutionnels qui, ces derniers mois, ont identifié le climat comme un vrai risque financier, non rémunéré au regard de leur « responsabilité fiduciaire ». Ils souhaitent réduire l’impact carbone de leurs portefeuilles afin d’atteindre un niveau d’émissions de gaz à effet de serre (GES) compatible avec l’objectif de limiter le réchauffement à moins de 2°C d’ici à 2050. A l’occasion de la Semaine du Climat, Mirova et le cabinet de conseil Carbone 4 ont présenté un outil de mesure innovant de la contribution des entreprises à la diminution des émissions. « ‘Carbon impact Analytics’ consiste à ne pas se limiter aux émissions directes de l’entreprise liées au site de production (scope 1 du GHG Protocol) et indirectes liées à ses réseaux d’alimentation (scope 2), mais aussi à prendre en compte toutes les autres émissions indirectes (scope 3) liées aux effets de son activité en amont et en aval, explique Alain Grandjean, cofondateur de Carbone 4 avec Jean-Marc Jancovici. Un fabricant de matériaux peut avoir un mauvais ‘score’ pour ses émissions internes mais présenter des opportunités d’amélioration du niveau global d’émissions via des produits d’isolement. »

Cette méthode, née des logiques « projets » des deux partenaires, aboutira à calculer les émissions induites par l’entreprise, mais également les émissions évitées, et probablement un « Carbon impact Ratio » (émissions évitées/émissions induites). « En outre, une entreprise peut annoncer sa volonté d’arrêter de produire de l’énergie fossile pour faire de l’énergie renouvelable et cette annonce doit être prise en compte via un score ‘qualitatif’, ajoute Hervé Guez, responsable de la recherche ISR de la société de gestion qui publiera le bilan carbone de ses fonds ainsi recalculé cet automne. Le modèle permettra d’accompagner les investisseurs dans la notation des entreprises d’un univers donné, mais à eux de définir ensuite les critères de construction de portefeuilles : transition énergétique, diversification sectorielle, optimisation de la ‘tracking error’, etc. »

Risques/opportunités

Cette initiative vient compléter celle lancée en septembre par MSCI et Amundi avec le fonds de pension suédois AP4 et le Fonds de Réserve pour les Retraites (FRR) via les indices Low Carbon Leaders – l’Erafp participe aussi à un programme similaire. L’idée : prendre en compte non seulement l’empreinte carbone des entreprises, mais aussi les risques liés aux réserves d’énergies fossiles. « Ces ‘stranded assets’ (2.800 GtCO2 en tout) sont aujourd’hui intégrés dans les valorisations. Or, pour rester dans l’objectif des +2°C, il faudrait n’en brûler que la moitié sur l’horizon ciblé, ce qui implique des changements réglementaires et des taxation », rappelle Frédéric Samama, directeur clientèle institutionnelle chez Amundi, qui commercialise depuis peu ses fonds indiciels ouverts Low Carbon et l’ETF Amundi MSCI World Low carbon Ucits. Cette démarche « best in class » intermédiaire propose une exclusion temporaire (donc incitative) des 20 % de valeurs les moins efficientes en matière de GES selon les ratios émissions/chiffre d’affaires et réserves/capitalisation, tout en conservant au minimum 70 % de chacun des secteurs représentés dans les indices standards. « Nous avons arrêté cet équilibre afin de limiter à 0,7 % la ‘tracking error’ par rapport aux indices traditionnels, et nous aboutissons à une réduction de 60 % des émissions carbone et de 80 % des réserves exploitables, poursuit Frédéric Samama. Nos partenaires ont investi 2,5 milliards d’euros depuis novembre et constatent déjà une surperformance de 100 pb (13,7 % contre 12,7 %). » Un signe que d’autres commencent aussi à se désengager des entreprises polluantes sans attendre des pénalités qui avantageraient les portefeuilles « low carbon ».

Enfin, l’association 2° Investing Initiative (2°ii) coordonne depuis mars, avec le soutien de l’Europe et d’autres équipes de recherche, le projet SEI Metrics visant à aligner les processus d’investissement des institutions financières avec l’objectif des +2°C, « et à leur proposer des outils de mesure de performance climatique libres d’utilisation, précise Hugues Chenet, son directeur de recherche. La logique : traduire les différents scénarios macroéconomiques en cibles d’investissement qui permettront, en fonction de leur contribution au financement des secteurs et technologies nécessaires à la transition énergétique , de construire des portefeuilles compatibles avec les objectifs climatiques fixés ». De quoi répondre aux régulateurs qui posent aujourd’hui aussi cette question des risques financiers liés au climat.

40 milliards de dollars, c’est le montant déjà engagé par la Portfolio Decarbonization Coalition sur l’objectif fixé en septembre de 100 milliards d’actifs devant être « décarbonisés » d’ici à la Conférence Climat 21 à Paris en décembre.

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