ETF & gestion indicielle

Et si le « smart beta » devenait le cœur du portefeuille...

le 11/02/2016 L'AGEFI Hebdo

Le sujet est « mal défini », mais certains investisseurs commencent à s’y pencher sérieusement.

Bien qu’en progression, les collectes nettes d’ETF smart beta restent très marginales, de l’ordre de 5 milliards sur les 45 milliards d’euros pour les ETF actions en Europe en 2015. Une inversion de ces tendances devrait prendre du temps, ne serait-ce que parce que le concept n’est pas toujours bien défini et demande encore beaucoup de pédagogie. « Il paraît d’autant plus flou qu’il peut faire l’objet de dénominations différentes : ‘alternative beta’, ‘beta+’, ‘strategic beta’ », rappelle Thibaud de Cherisey, directeur du développement ETF Europe chez Invesco Powershares.

Une première définition, la plus large, se rapporte à toutes les « gestions indicielles » suivant une pondération différente des indices traditionnels par capitalisation : « Une large partie des solutions ‘smart beta’ sont nées des critiques à l’égard des indices ‘capi-pondérés’, dont on s’aperçoit qu’ils n’offrent pas la diversification espérée, mais plutôt une concentration sur un quart des valeurs et une surexposition relative à certains facteurs de type ‘large cap’ ou ‘growth’ », confirme Felix Goltz, responsable de la recherche appliquée à l’Edhec-Risk Institute. On parle de « smart beta 1.0 », d’indices équipondérés ou pondérés sur la base d’indicateurs fondamentaux. « Des limites par valeur ont aussi été proposées afin d’atténuer les risques idiosyncratiques dans nos indices sectoriels dès 2009 », rappelle Ludovic Djebali, directeur comptes stratégiques de Source Europe. Une autre approche part de la recherche académique : « On sait depuis longtemps que la performance des gestions actives provient pour l’essentiel de l’exposition particulière à certains risques, rappelle Vincent Denoiseux, directeur des recherches quantitatives passives chez Deutsche AM. Du coup, les gestions quantitatives puis les fournisseurs d’ETF ont aussi proposé ces approches par les facteurs : ‘low vol’, ‘small caps’, ‘value’, ‘momentum’... » : le « smart beta 2.0 » en quelque sorte, avec son évolution plus récente qui consiste à combiner plusieurs facteurs.

Des risques

A l’arrivée, le smart beta devrait se trouver à mi-chemin entre gestion indicielle et gestion active, en termes de performances comme de coûts. « Ce qui prête facilement à la critique », note encore Felix Goltz. Les chercheurs évoquent des risques de surexposition non anticipée à certains facteurs, accompagnés de risques de réputation pour les fournisseurs d’indices ou gérants d’ETF, ouvrant donc la porte à des ajustements « discrétionnaires » des données et des allocations. Une autre conséquence porte sur la commercialisation de ces produits, qui nécessite des spécialistes rodés aux modèles mathématiques, voire à l’accompagnement en tant que « conseils » de l’investisseur : « Ils sont destinés aux institutions dont nous aidons à analyser les actifs et les biais déjà existants pour éviter les risques de ‘surexposition’ », poursuit Vincent Denoiseux.

Une fois ces phases terminées, « certains institutionnels pourraient transférer une partie de leur gestion indicielle ou une partie de leur gestion active vers le ‘smart beta’ », estime Matthieu Guignard, responsable développement produit chez Amundi ETF. Cela se produit déjà chez certains grands fonds de pension pour un « cœur de portefeuille » ciblant une surperformance modérée mais robuste sur des marchés où il est difficile d’obtenir de l’alpha durablement. En France, c’est le cas du Fonds de réserve pour les retraites (FRR) sur les zone euro et Amérique du Nord, avec 24 % de son portefeuille equity pays développés (42 % des mandats actions passifs). « En l’occurrence sur des thématiques ‘value’, ‘small caps’, ‘low vol’ en combinant quatre indices ‘intelligents’ au sein d’un seul indice composite », détaille son directeur Olivier Rousseau. « Nous voyons de plus en plus d’institutions envisager cela par exemple via une allocation équilibrée entre fonds indiciels, dans une logique plus tactique, et fonds ‘smart beta’ et fonds actifs dans une logique plus stratégique », conclut aussi Jean-Christophe Marquis, président de Conatus.

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