Gestion indicielle

Les ETF se veulent innovants

le 05/11/2015 L'AGEFI Hebdo

Les gestions proposent aux investisseurs davantage de nouvelles utilisations que de produits vraiment nouveaux.

Les ETF se veulent innovants
(Bloomberg)

La course à l’innovation financière continue. C’est aussi valable pour les fournisseurs d’ETF (exchange-traded funds), dont le développement récent, surtout en Europe, les amène encore à lancer des « premiers ETF »... sur des classes d’actifs déjà bien couvertes par la gestion traditionnelle. Ce fut le cas l’an dernier sur les obligations convertibles avec le SPDR Thomson Reuters Global Convertible Bond Ucits ETF, même si les gérants actifs spécialisés se sont alors montrés critiques sur l’indice choisi qui, faute d’être couvert contre le risque devises, peut induire en erreur sur la performance de la classe d’actifs. On a aussi vu ces effets de « rattrapage » sur des ETF actions hauts dividendes, de croissance, etc. Puis sur des ETF obligataires.

Distribution tout-terrain

L’enveloppe ETF est innovante en soi. Elle permet aux gestions indicielles ou systématiques de toucher plus rapidement différents types d’investisseurs : « Elle facilite la distribution et la commercialisation des fonds, reconnaît Gaëtan Delculée, directeur vente institutionnelle ETF Pays francophones chez Lyxor. Les gérants actifs s’associant à des fournisseurs ETF l’ont d’ailleurs compris. » La cotation du fonds rend possible l’accès direct aux particuliers, et simplifie également le processus pour les institutionnels et les multigérants, qui n’ont généralement pas les mêmes obligations de « due diligence » pour un ETF que pour un fonds actif. Selon une étude SPDR auprès de 135 institutionnels, ces derniers ont recours, aujourd’hui, à davantage d’ETF pour leurs facilités d’utilisation (voir le graphique). « Ce format permet aussi, pour de petits institutionnels, d’investir de plus petits ‘tickets’ que via un fonds indiciel non coté sur des stratégies moins ‘core’ », note Antoine Lesné, responsable stratégie et recherche ETF EMEA chez SPDR.

Cette simplicité liée à la cotation a même conduit à lancer des ETF là où ils sont moins attendus : sur des stratégies multi-assets ou alternatives, sur des actifs réels non cotés dans l’immobilier ou les infrastructures, sur des stratégies obligataires actives avec Pimco, etc. « Les fournisseurs d’ETF proposent désormais, sous un format plus simple, des produits sophistiqués que les banques de financement et d’investissement (BFI) structuraient déjà auparavant directement sur demande des investisseurs, rappelle Thibaud de Cherisey, directeur développement ETF Europe chez PowerShares (Invesco). Avec une différence : dans une logique concurrentielle, nous avons une politique de gammes, qui nous amène à couvrir plus de thèmes. » Pour Ludovic Djebali, coresponsable de la région EMEA chez Source, « l’élargissement de l’offre à outrance sur des produits moins rentables risque cependant d’alourdir la structure de coûts sur l’ensemble d’une gamme ».

L’utilisation des ETF par les institutionnels est aussi en train de changer au vu des contraintes réglementaires et macroéconomiques. « On voit leur appétit croissant pour les ETF obligataires », rappelle Houda Ennebati, responsable ETF France chez DeAWM. Les multigérants en utilisent désormais pour la liquidité. « D’autant que le format permet de mettre en place des allocations obligataires plus fines, selon les maturités et les notations », ajoute Matthieu Guignard, responsable développement produit chez Amundi ETF. Les exigences de transparence sur les indices, renforcée depuis 2012 dans le cadre des ‘guidelines’ Esma* sur les fonds cotés, sont aussi un atout par rapport aux fonds non cotés. »

Les assureurs ont également compris l’intérêt des ETF obligataires : pour acheter le « beta » sur un marché qu’ils ne maîtrisent pas toujours comme les dettes émergentes, ou plus simplement ajuster au quotidien leurs portefeuilles liés aux contrats « euros ». « Ils doivent aussi faire évoluer leur ‘business model’ dans l’environnement de taux bas actuel, développe Benoit Sorel, directeur institutionnels d’iShares (BlackRock) en France. Ceux qui lancent des contrats ‘euro-croissance’ se trouvent confrontés à un problème de taille de portefeuilles obligataires, trop petits, problème auquel deux ou trois ETF obligataires bien ciblés (comptabilisant plus de 2.000 titres sous-jacents) peuvent répondre en apportant la diversification nécessaire et une sortie en titres (non en ‘cash’) une fois le portefeuille suffisamment grand. Ceux qui proposent de nouveaux contrats ‘unités de compte’ peuvent aussi vouloir réduire le coût de fonds ‘multi-assets’ via une allocation diversifiée en ETF », poursuit-il. IShares a lancé cette année le premier ETF obligataire à échéance en Europe (200 millions d’euros sur de la dette corporate US) à la demande d’un assureur confronté à un besoin d’adossement de passif particulier.

Ces solutions de « transition » ont déjà servi à des BFI souhaitant liquider des poches obligataires, ou à des sociétés de gestion en attente de remplacer un gérant. Là encore dans un format coté parce que les fournisseurs d’ETF sont plus réactifs sur de tels lancements, et que les investisseurs ne voient pas d’inconvénient majeur à une cotation. « Sur des stratégies de niche, il est primordial de s’assurer de la liquidité du sous-jacent afin de garantir des niveaux de 'spreads' optimaux », nuance Gaëtan Delculée, en référence à la capacité des « market makers » à se couvrir pour assurer la liquidité « intraday ».

Facteurs et thématiques

Au-delà des usages, l’innovation « produit » s’avère limitée, en Europe, aux stratégies basées sur les facteurs de risques, dites « smart beta ». « Notamment sur les thématiques ‘faible volatilité’ et ‘dividendes/rachats d’actions’ », précise Thibaud de Cherisey. « Ces nouvelles stratégies sont plus explicites sur les facteurs de risques et, en cela, s’accordent mieux avec les contraintes des ETF », note Felix Goltz, directeur de la recherche Scientific Beta à l’Edhec-Risk Institute. Certains insistent sur le potentiel des approches multifacteurs. Mais la collecte auprès des investisseurs institutionnels ne décollera probablement que lorsqu’ils auront terminé l’analyse pour identifier les biais de leurs portefeuilles actuels.

En attendant, aidés par le poids du retail aux Etats-Unis, les plus gros succès sur les ETF actions concernent des indices géographiques par capitalisation. Ils se sont étendus aux marchés émergents, plutôt par grandes régions que par pays, ce qui a abouti au fort développement des ETF couverts du risque de change depuis trois ans. Certains pays comme l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande ou le Pérou restent délicats pour la gestion active en raison du faible nombre d’entreprises cotées ou accessibles en direct (taxes, quotas, etc.) : « Acheter un marché via un ETF est alors le plus simple moyen de jouer sa croissance », rappelle Houda Ennebati.

Les mêmes logiques s’appliquent aux stratégies sectorielles, selon l’étude SPDR qui insiste sur les secteurs porteurs : technologies, santé, services financiers... Les approches tactiques ou par « styles » impliquant des rotations sectorielles, « l’achat d’ETF permet d’ajouter des nuances à un portefeuille, tout en évitant le risque idiosyncratique lié à une seule action », explique Antoine Lesné. « Nous voyons aussi une demande d’ETF sur des ‘sous-secteurs’ », constate Thibaud de Cherisey, en évoquant l’eau, les biotechs, l’aérospatial, etc. Des secteurs prometteurs où il n’est pas rare de voir des ETF en avance sur les gérants traditionnels, comme en 2014 sur la robotique (avec le Robo-Stox Global Robotics and Automation GO Ucits d’ETF Securities), ou la cybersécurité, qui a permis au PureFunds ISE Cyber Security ETF de collecter 800 millions de dollars en six mois aux Etats-Unis. Alors que le marché européen est plus institutionnel, donc pas forcément assez mûr pour de tels ETF, les thèmes big data, crypto-monnaies, intelligence artificielle, cleantechs, révolution génomique ou immunothérapies cancéreuses ont également animé les lancements cette année outre-Atlantique. Et même si iShares propose un ETF sur les technologies de rupture, les grands fournisseurs restent moins présents sur ces logiques proches du capital-risque. Ou bien ils s’associent à des sociétés spécialisées reconverties en fournisseurs d’indices en espérant participer à la prochaine grande révolution technologique.

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