Zone euro, une hirondelle ne fait pas le printemps

le 19/02/2015 L'AGEFI Hebdo

Cours du pétrole, taux d’intérêt et taux de change ont une moindre influence sur la conjoncture que par le passé.

Zone euro, une hirondelle ne fait pas le printemps
Parmi les arguments ne plaidant pas pour l’amélioration de la conjoncture européenne, le ralentissement de la croissance mondiale et des flux commerciaux.
(Bloomberg)

L’économie européenne est-elle en train de sortir d’hibernation ? Ou joue-t-elle un remake de 2014, avec des promesses de rebond apparues en début d’année et vite étouffées aux premiers jours du printemps ? Quelques faits marquants et épars comme la hausse des ventes de logements en Espagne l’an dernier, des chefs d’entreprise français qui prévoient d’augmenter leurs investissements, quelques indicateurs avancés qui frétillent ou encore la Commission européenne relevant ses prévisions de croissance du PIB pour la zone euro de 1,1 % à 1,3 % pour cette année et de 1,7 % à 1,9 % en 2016 ont de quoi faire croire que, cette fois, c’est la bonne. Ou faire naître de faux espoirs. « Il existe quelques signes visibles d’amélioration, mais pas de changement de fond à l’horizon. Tout juste peut-on assurer que le risque d’une rechute éventuelle de la conjoncture économique s’éloigne », résume Jean-Louis Mourier, économiste à Aurel BGC.

Les arguments « positifs » favorables à l’amélioration de la conjoncture européenne sont essentiellement la chute de moitié des cours du pétrole au second semestre 2014, délivrant du pouvoir d’achat aux ménages européens, la dépréciation de l’euro contre le dollar et en taux de change effectif, favorables aux entreprises exportatrices, des taux d’intérêt extrêmement bas au point de devenir indolores et de ne plus être un écueil aux projets d’investissement des entreprises. S’ajoutent le surcroît de souplesse des « nouvelles » règles budgétaires accordées par Bruxelles aux Etats membres, des conditions d’octroi de crédit moins strictes de la part des banques, selon l’enquête de la Banque centrale européenne (Bank lending survey) et le regain de confiance suscité par le programme d’achats de titres souverains (QE) de 60 milliards d’euros chaque mois que va lancer la banque centrale. Dans ses prévisions de janvier, la Commission européenne attend du QE un petit impact positif sur la croissance, via un affaiblissement supplémentaire de l’euro.

Un avant et un après

Les arguments de sens contraire ne manquent pas : le ralentissement de la croissance mondiale et des flux commerciaux, les risques politiques liés aux échéances électorales à venir en Espagne et au Royaume-Uni entre autres. Sans oublier l’effet d’un éventuel Grexit qui affecterait plus les marchés financiers et la psychologie des acteurs qu’il n’aurait d’impact réel (l’économie grecque représente 1,4 % du PIB de l’Union européenne).

Dans la balance, les « plus » l’emportent sur les « moins ». Pourtant, les impacts prévus sur la conjoncture des « points positifs » sont loin d’être acquis. Le monde économique d’aujourd’hui ne ressemble pas à celui « d’avant-crise » ; les interactions sont devenues difficiles à saisir et ne jouent plus comme précédemment. « Avant le début de la crise des ‘subprime’, il était admis qu’une baisse de 10 % du taux de change effectif de l’euro se traduisait par un point de croissance supplémentaire du PIB de la zone euro. La dépréciation actuelle de 10 % depuis mai 2014 devrait se traduire par un supplément de PIB de 1 point », explique Jean-Louis Mourier. Or, ajoute l’économiste, les différentes estimations des instituts de conjoncture ou d’institutions internationales sont inférieures : « L’OCDE estime que si le rythme de dépréciation de l’euro se maintient jusqu’à la fin de l’année prochaine, l’impact sur l’activité sera de 0,2 point en 2015 et de 0,4 point en 2016. » Pourquoi ? On n’observe pas à court terme d’impact sur les échanges en volume et le comportement des entreprises en matière d’investissement ne s’en trouve pas modifié. Sans oublier que les deux tiers des exportations des pays membres de la zone se font avec la zone euro elle-même.

Le raisonnement vaut aussi pour la baisse des prix du brut. L’intensité en pétrole des économies européennes est une des plus faibles du G20, elle a diminué de 25 % ces dix dernières années, relève la Commission européenne. Résultat, les bénéfices attendus d’une baisse des cours sont bien moindres qu’il y a dix ans et plus. « Dans l’environnement actuel, l’impact positif à court terme de la baisse des cours du pétrole est susceptible d’être faible », précise la Commission. Quant aux taux d’intérêt très bas auxquels les entreprises ont accès, leur impact sur la demande de crédit est quasi inexistant, et ce d’autant plus que les banques doivent se conformer aux nouvelles exigences du régulateur et réduisent certains modes de financement de l’économie.

Les deux tiers des exportations des pays membres de la zone se font avec la zone euro elle-même

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