L'avis de... Nicolas Doisy, économiste à Amundi

« Le véritable enjeu est politique »

le 16/10/2014 L'AGEFI Hebdo

« Le véritable enjeu est politique »
Nicolas Doisy, économiste à Amundi
(DR)

Comment évolue le débat sur le marché du travail au sein du FOMC (Federal Open Market Committee) ?

En réalité, c’est un débat de dupes. On substitue au taux d’emploi et au taux de participation, qui montrent clairement que le marché du travail est mal en point, de nouveaux indicateurs moins éclairants et donc pertinents. C’est un compromis technique au sein de la Fed, un équilibre entre les doves, qui insistent sur la mauvaise santé du marché du travail, et les hawks, favorables à une hausse rapide des taux Fed funds. En tant que présidente de la Fed, Janet Yellen recherche le consensus et se tient à distance. Nous avons un débat de dupes semblable avec les Fed funds dots, ces prévisions de taux et d’inflation estimées par chaque membre du FOMC qui répliquent un modèle obsolète de normalisation économique d’avant-Lehman. Le véritable enjeu est politique. Il porte sur un conflit d’objectifs de la Fed, le plein emploi d’un côté, la stabilité des prix de l’autre. Satisfaire à l’un implique d’échouer sur l’autre. Avec un marché du travail qui s’européanise – chômage structurel, éviction –, réconcilier ces objectifs est impossible dans le contexte actuel.

Ces choix ne dépassent-ils pas le mandat de la Fed ?

Tout un jeu subtil s’est mis en place avec la Maison-Blanche, le Congrès et le corps politique en général, car derrière le débat « laisser filer l’inflation pour remettre sur pied le marché du travail », il y a le débat « rémunérer plus le capital ou rémunérer mieux le travail ». Dans le partage de la valeur ajoutée, la rémunération du travail est aujourd’hui à un plus bas historique. C’est évidemment la principale ligne de fracture entre républicains et démocrates.

Ce débat ne peut pas s’éterniser. Est-il dans l’impasse ?

Les marchés financiers sont en train de s’interroger sur la cohérence du discours et la crédibilité de la Fed et, ce faisant, de forcer une clarification. On pourrait y voir plus clair après les élections mid term de novembre.

A se centrer sur l’emploi, n’en oublie-t-on pas l’inflation ?

Dans ces discours, Janet Yellen parle de plus en plus de price level targeting, des prix en niveau et non plus en taux d’évolution, c’est-à-dire de taux d’inflation. Avec cet indicateur, il s’agit de retrouver un niveau des prix qui aurait effacé les années de crise et les importantes pressions déflationnistes de cette période. Ce qui, exprimé en taux, signifie d’aller plus haut que l’objectif de 2 % pendant quelque temps. Il s’agit d’arbitrer entre chômage et inflation, sachant qu’avec une inflation inférieure à 2 %, un lien fort existe entre chômage et salaires.

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