L'avis de... Jean-François Perrin, stratégiste Inflation à Crédit Agricole CIB

« La tendance longue est celle de la ‘lowflation’ »

le 02/07/2015 L'AGEFI Hebdo

« La tendance longue est celle de la ‘lowflation’ »
(DR)

Comment voyez-vous évoluer les indices d’inflation en zone euro ?

Nos prévisions d’inflation headline (indice global) en zone euro sont de 0,3 % cette année en moyenne annuelle et de 1,3 % pour 2016. L’inflation sous-jacente, hors éléments volatils dont les prix du pétrole, devrait péniblement se situer à la fin de l’année 2016 entre 1 % et 1,2 %.

Pourquoi des projections si faibles pour l’inflation à long terme ?

L’explication principale se trouve dans le lien taux de chômage-salaires. La Banque centrale européenne (BCE) elle-même table sur un taux de chômage de 10 % de la population active courant 2017, contre 11 % actuellement. A un tel niveau, il ne faut pas anticiper de pressions salariales et donc de pressions sur les prix. A titre de comparaison, juste avant la crise économique de 2008, le taux de chômage dans la zone euro se situait à 7 % et l’inflation sous-jacente était d’environ 1,8 %. Nous étions alors en haut de cycle. Comment, avec le chômage actuel en zone euro, pourrait-on retrouver un taux d’inflation de 2 % ? La référence usuelle à un objectif de hausse des prix de 2 % ou proche de 2 % de la BCE apparaît donc dépassée. Les conditions actuelles ne sont plus les mêmes qu’au cours de la décennie précédente. Le marché l’a d’ailleurs entériné et n’achète pas les prévisions de la BCE. Les swaps d’inflation, les breakevens ou les dérivés décrivent certes des anticipations d’inflation en hausse depuis fin avril, mais le marché reste pessimiste et en deçà des prévisions de la banque centrale.

Ni déflation, ni reflation… Où sommes-nous ?

Dans la lowflation. La déflation se définit comme une inflation négative auto-entretenue et sur longue période. En début d’année, le core inflation est descendu à 0,6 % sans entrer en territoire négatif. Le risque de déflation a une probabilité très faible. Tout comme le risque d’une inflation à 2 % ou 3 % sur plusieurs années. Il faudrait pour cela que les cours du pétrole retrouvent les niveaux de 2008 dans cinq ans, autour de 150 dollars le baril. Ce qui ne manquerait pas de relancer l’investissement et les technologies dans le secteur pétrolier avec, in fine, un effet de baisse des cours. La tendance longue est celle de la lowflation tant que le chômage restera à un niveau élevé dans la zone euro.

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