La survalorisation guette le marché actions américain

le 19/02/2015 L'AGEFI Hebdo

Les perspectives bénéficiaires des entreprises sont revues en baisse. La hausse attendue des taux d’intérêt de la Réserve fédérale suscite des inquiétudes.

Depuis le début de l’année, le marché actions américain patine. L’indice S&P 500 s’est adjugé un gain limité de 1,6 % et les flux sur les fonds investis dans la classe d’actifs sont orientés à la baisse, selon EPFR. Faut-il y voir une inversion de tendance sur un marché dont les cours ont triplé depuis les niveaux les plus bas de 2009 ?

Les avis sont partagés. Pour certains analystes, les niveaux atteints se justifient : « Les actions américaines ne sont pas surévaluées si l’on considère la rentabilité des fonds propres, le coût du capital ainsi que les facteurs structurels qui soutiennent les bénéfices aux Etats-Unis », affirment les analystes de Fidelity WI. De quoi expliquer aussi les écarts de valorisation avec d’autres marchés comme celui la zone euro. « Aux cours actuels, nous n’attendons pas une forte expansion du ratio cours sur bénéfice (PER), mais les entreprises américaines devraient continuer de bénéficier d’un environnement économique favorable avec le retour de la croissance, un marché de l’emploi restauré, ce qui stimule la consommation des ménages, et des entreprises continuant d’investir », précise Christophe Nagy, gérant chez Comgest. Sans oublier l’effet positif, dans un premier temps, du raffermissement du dollar qui a dynamisé les flux l’an dernier.

« Nous n’anticipons pas une baisse du marché cette année mais il risque d’être plus volatil », reconnaît toutefois Christophe Nagy. En effet, le rebond de Wall Street au cours des trois dernières années a été en partie réalisé par une expansion des multiples anticipant une accélération supplémentaire des bénéfices. Le PER (price earning ratio) pour 2015, de 18, se situe au-dessus de la moyenne de 16,4 sur 30 ans, selon Fidelity WI. Or la trajectoire bénéficiaire des entreprises américaines est aujourd’hui moins soutenue. Pour la première fois depuis la crise boursière de 2008, les analystes ont revu plus fortement leurs perspectives bénéficiaires pour les sociétés américaines que pour les entreprises européennes ou des pays émergents. Le consensus table désormais sur une progression du résultat par action de seulement 6 % en 2015, contre 12 % en novembre dernier. « Ces révisions proviennent en grande partie du secteur énergétique en raison de la chute du prix du baril de pétrole et pour 2 points de l’effet dollar sur les comptes des entreprises exportatrices », précise Christophe Nagy. Cette tendance baissière est d’autant plus inquiétante que les marges bénéficiaires des entreprises américaines (surtout dans la technologie ou la santé) atteignent des niveaux record. La prévision bénéficiaire repose pour moitié sur la croissance des chiffres d’affaires des entreprises. « Il suffirait d’une légère déception sur le front macroéconomique pour entraîner la première correction de plus de 10 % des Bourses américaines depuis novembre 2011 », estime Pierre Sabatier chez PrimeView. Sans compter que l’un des principaux soutiens du marché, les rachats d’actions, pourrait faiblir. En 2014, un quart de la croissance des bénéfices par action était liée à ces programmes. « Nous anticipons une réduction de ces rachats car les niveaux élevés de valorisation justifient moins ce type d’opération », indique Stéphanie Sutton, spécialiste actions américaines chez Fidelity WI. Pour 2015, la moitié de la croissance attendue provient de ces programmes de rachats.

Vers une pause du S&P 500

L’autre écueil que va rencontrer le marché se trouve du côté de la Réserve fédérale. Quel impact la hausse des taux d’intérêt, attendue tôt ou tard, aura-t-elle sur le marché actions américain ? Si, globalement, le marché a bien résisté au cours des périodes passées de hausses des taux, les secteurs à gros dividende ou ceux considérés comme défensifs devraient en pâtir. « En cas de hausse des taux, les investisseurs pourraient prendre leurs bénéfices sur les actions à dividende élevé avec de fortes valorisations », estime Moudry El Khodr, gérant d’un fonds actions américaines haut dividende chez ING IM. C’est le cas des foncières dont certaines ont vu leur valorisation multipliée par 10 depuis la crise, les investisseurs cherchant à tout prix du rendement. Le gérant d’ING IM a calculé pour une de ces valeurs un risque de perte de 20 % à 30 % en cas de hausse du taux à 10 ans américain à 2,5 % et 3 %. « Pour les secteurs des Reits (‘real estate investment trust’, NDLR), de l’agroalimentaire ou des ‘utilities’, il est difficile de justifier leurs valorisations », explique Moudry El Khodr pour qui les défensives continuent d’être pleinement valorisées par rapport à leurs moyennes historiques. Plusieurs conditions sont remplies pour que la hausse régulière de l’indice S&P 500 depuis six ans s’essouffle en 2015.

Les rachats d’actions pourraient s’amoindrir en 2015

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