L'avis de... Neil Williams, économiste en chef d'Hermes Fund Managers

« Des sujets d’inquiétude demeurent »

le 22/05/2014 L'AGEFI Hebdo

« Des sujets d’inquiétude demeurent »
Neil Williams, économiste en chef d’Hermes Fund Managers
(DR)

A quelles conditions la reprise économique pourra être considérée comme équilibrée ?

Les premiers pas vers une normalisation de la situation économique au Royaume-Uni se produiront début 2015, date à laquelle on devrait assister à une première remontée des taux d’intérêt. Cette décision de la Banque d’Angleterre devrait permettre de tempérer une relance économique essentiellement orchestrée par une reprise de la consommation même s’il est vrai que depuis un an, un certain nombre d’indicateurs tendent à montrer le début d’un lent rééquilibrage de l’économie. Partant d’un niveau faible, l’investissement des entreprises reprend de la vigueur, stimulé par le rebond de la consommation plus que par la faiblesse des taux d’intérêt. Des sujets d’inquiétude demeurent. En dépit de la dépréciation de 25 % de la livre sterling au cours de la crise, les exportations sont un point faible. Mais il est possible qu’une révision a posteriori des chiffres enregistrés durant la récession, comme il est fréquent de le faire de ce côté-ci de la Manche, finisse par montrer que le niveau des exportations n’était pas aussi bas que cela.

Faut-il s’inquiéter de l'emballement du marché immobilier, notamment à Londres ?

Le secteur immobilier semble connaître tous les quinze ans des cycles d’expansion et de ralentissement, et si cette tendance se confirme, nous devrions connaître un nouvel épisode de ralentissement dès l’an prochain. Les dispositifs mis en place par la Banque d’Angleterre et le gouvernement, à l’image du Funding for Lending ou encore du Help to Buy, ont bien fonctionné, ce qui contribue à expliquer la nature de la reprise actuelle.  Bien plus que la forte augmentation des prix de l’immobilier que l’on constate actuellement, notre inquiétude est plutôt de savoir comment les ménages parviendront à financer leur dette lors de la remontée des taux d’intérêt.

Quelle est la trajectoire attendue pour la remontée des taux d'intérêt ?

En théorie, les taux britanniques devraient atteindre 4 % pour une normalisation totale, ce qui est  au-dessus du mantra du gouverneur Mark Carney qui suppose de ne pas dépasser les 3 %. S’il entend garder ce cap, le gouverneur va donc devoir vendre des actifs pour réduire l’écart : selon nos estimations, une érosion de la politique d’assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) à hauteur de 107 milliards de livres sera nécessaire pour plafonner les taux à 3 % et il faudra aussi compter sur la vente de gilts de la part de la banque sur les marchés financiers à travers un resserrement quantitatif (quantitative tightening). Nous pensons que ce resserrement n'aura pas lieu avant la fin de 2016. 

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