L’avis de… Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Epargne

« La stratégie marketing des assureurs doit être mise à plat »

le 04/12/2014 L'AGEFI Hebdo

« La stratégie marketing des assureurs doit être mise à plat »

Que vous inspirent les déclarations de Christian Noyer à l’adresse des assureurs vie ?

Il est parfaitement dans son rôle de gouverneur de la Banque de France et de président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. La situation n’est pas simple compte tenu du contexte de taux, rendant complexe pour un assureur vie l’obtention de rendements suffisants. En outre, il faut également anticiper une probable remontée des taux qui viendrait abaisser la valeur des obligations détenues. Les compagnies pourraient se trouver en difficulté pour continuer à garantir le capital de leurs souscripteurs. A cela s’ajoute en filigrane, quelques semaines avant les annonces des rendements 2014, une mise en garde contre une tentation de se servir trop largement dans les provisions pour participation aux excédents (PPE) qui permettent de lisser les rendements des fonds euros.

Les assureurs sont-ils donc tentés de pousser des produits dont le risque est porté par les seuls assurés (unités de compte) ?

En moyenne en 2013, les fonds en euros ont rapporté 2,6 %, les unités de compte ont surperformé de plus de 8 %. C’est un argument indéniable mis en avant par les compagnies, mais qui ne séduit que marginalement les épargnants, très attachés à la garantie en capital. Ainsi, seulement 14 % de la collecte 2013 ont été affectés à des unités de compte. Néanmoins, avec l’avènement de nouveaux produits, l’industrie doit se repenser. Deux produits de création récente doivent trouver leur place : Vie Génération et Euro Croissance. Le premier me laisse sceptique quant à son développement commercial, en raison notamment de sa composante en unités de compte très spécifique. Quant à Euro Croissance, qui garantit le capital à la seule condition que le souscripteur reste investi au moins huit ans, il dispose d’un réel potentiel de croissance et doit trouver sa place aux côtés du fonds euros.

Dans ces conditions, quel est l’avenir du traditionnel fonds en euros ?

Le niveau particulièrement bas de l’inflation en fait un placement toujours attrayant. Avec un rendement moyen net d’inflation de 2,1 % l’an dernier et aux alentours de 2 % attendus cette année, l’assurance vie en euros fait toujours figure de placement rémunérateur. Il est certain que compte tenu des coûts de lancement notamment informatiques d’un produit et du conservatisme des épargnants, un nouveau contrat comme l’Euro Croissance a besoin de temps pour s’installer. Face à la mutation du marché de l’épargne, c’est donc toute une stratégie marketing que les assureurs doivent mettre à plat.

A lire aussi