Les statistiques chinoises mettent les économistes au défi

le 24/09/2015 L'AGEFI Hebdo

Changement de modèle de croissance et doutes sur la fiabilité des chiffres invitent à plus de transparence sur les données économiques.

La fiabilité des statistiques économiques chinoises est plus que jamais sur le gril. Le thème est tout sauf nouveau ; il existait bien avant l’intégration de l’économie chinoise au marché mondial et nombreux sont les économistes qui se gaussent du taux de croissance « administré » de 7 % décrété chaque année dans les hautes sphères. Mais à l’heure de l’adoption de certains standards statistiques du Fonds monétaire international (FMI), de la transition vers un modèle de croissance tourné vers la demande intérieure et le secteur des services, à l’heure aussi de turbulences sur les marchés financiers, la question de la fiabilité des données revient en force. Précision des chiffrages, méthodes de collecte… l’appareil statistique chinois est suspecté d’avoir au mieux des failles, au pire de manipuler l’information économique à des fins politiques.

Une chose est sûre, la bureaucratie chinoise a mis les moyens pour lire l’économie à travers les chiffres. Une kyrielle d’administrations locales et régionales collectent les données aux côtés de la Banque populaire de Chine (PBoC), des Douanes, du ministère des Finances, et du grand agrégateur qu’est le Bureau national de la statistique (BNS). En trente ans, le temps de passer d’une économie planifiée à une économie de marché, le personnel affecté à la collecte des données a curieusement connu une hyperinflation. Il est passé de 7.000 à bien plus de 100.000 aujourd’hui, ce qui fait de la comptabilité nationale chinoise l’une des plus riches en séries statistiques au monde. « Il faut savoir qu’officiellement, le porte-parole du BNS publie les statistiques sans autorisation politique préalable, indique Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC, auteur d’une note sur le sujet. Le problème admis par le BNS réside dans les fausses déclarations que délivrent nombre d’entreprises. » Certaines minorent leur activité pour diminuer le montant de leurs impôts ou des taxes douanières, d’autres parmi les entreprises d’Etat surestiment leur production pour obtenir un maximum de subventions. « L’intervalle de confiance des statistiques économiques est large, poursuit Christian Parisot. Les statistiques chinoises ne sont pas justes, mais elles ne sont ni totalement fausses, ni volontairement biaisées. Quand le BNS annonce une croissance du PIB de 7 %, il faut comprendre 5,5 % à 6 % en bas de fourchette du fait des incertitudes ; mais il n’y a pas de manipulations de la part du pouvoir politique. »

Ouvrir le compte de capital, élargir le rôle international du renminbi, nécessitent d’adopter les normes comptables et les standards statistiques internationaux, fait valoir Laetitia Baldeschi, économiste à CPR AM. Quelques curiosités subsistent comme la publication du PIB trimestriel en instantané et avec certitude. « Les chiffres du PIB sont publiés rapidement et sans révision, dès la fin de la première quinzaine du mois qui suit le trimestre », explique Laetitia Baldeschi. Une énigme quand on sait l’ampleur que peuvent prendre les révisions du PIB dans certains pays développés et le temps mis pour leur publication définitive, tout particulièrement aux Etats-Unis.

Tertiarisation

Pour les prévisionnistes du FMI, la qualité des chiffres chinois ne semble pas un problème. La croissance sera de 6,8 % cette année et diminuera à 6,3 % en 2016, selon les dernières attentes du Fonds. « Cela correspond à l’indicateur avancé Keqiang : à un indice facial de 1 % correspond une croissance de 6,8 %, précise Laetitia Baldeschi. Cet indicateur est bâti sur du crédit bancaire, de la production d’électricité ou du fret ferroviaire. Mis bout à bout, il indique un ralentissement de l’activité conforme à la modification des contributions à la croissance : la part de l’industrie ne cesse de diminuer au profit du secteur tertiaire. On a même vu en début d’année une augmentation sensible de la contribution des services financiers, à mettre en parallèle avec la hausse de la Bourse. »

Le modèle économique chinois bouge. Aujourd’hui, le commerce extérieur ne représente que 20 % du PIB dont la décomposition révèle 48 % de services pour 43 % d’industrie. Or les services sont plus difficilement appréhendables par les outils statistiques. « Changement de modèle de croissance, choc démographique, surcapacités industrielles, mise en place d’un système de protection sociale, la croissance en Chine va être durablement plus faible et surtout beaucoup plus volatile », note Christian Parisot. Le risque chinois ne va pas disparaître de sitôt.

Ouvrir le compte de capital nécessite d’adopter les standards statistiques internationaux.

A lire aussi