Gestion institutionnelle

Les « solutions d’investissement », nouvelle frontière des gérants

le 12/03/2015 L'AGEFI Hebdo

Elles se développent fortement grâce à des expertises croisées, constituant une offre intégrée, adaptée à chaque investisseur.

Les « solutions d’investissement », nouvelle frontière des gérants
Sofiène Haj Taïeb, directeur général de La Française Global Investment Solutions
(DR)

Les gérants emploient les grands moyens pour convaincre les investisseurs et multiplient les offres de «  solutions d’investissement ». Certes, la notion ne recouvre pas une réalité toujours bien définie. « Souvent, elle traduit plutôt un habillage marketing ou fait référence à une prestation de gestion de type fonds flexibles ou multi-assets, indique Richard Bruyère, associé d’Indefi. Selon nous, il s’agirait idéalement d’une offre associant à la fois une prestation de gestion, sur mesure, mais aussi une prestation de services, l’allocation se calant sur l’analyse du passif de l’investisseur, et l’offre intégrant un service de 'reporting', des couvertures de risques, selon une pratique plutôt présente dans des marchés de fonds de pension. »

De fait, les offres récentes s’efforcent d’apporter une réponse globale et bien adaptée aux problématiques propres du client. « Le pôle Solutions d’investissement travaille sur les plus gros mandats y compris en gestion alternative, avec l’objectif de base de répondre au mieux aux exigences de l’investisseur, résume par exemple Andrew Mac Caffery, global head of alternatives. En fonction de ses besoins (liquidité, maturité, diversification…) et de la structure de son passif, nous créons un cadre d’exposition combinant divers outils. Chaque investisseur se voit proposer une solution ad hoc. »

L’offre ne se cantonne pas uniquement à des montages au cas par cas. « Solution d’investissement ne veut pas forcément dire fonds dédié, certaines idées pouvant être mutualisées, estime Guillaume Lasserre, directeur de la gestion performance absolue et solutions chez Lyxor Asset Management. Parfois, la notion recouvre aussi une délégation de tout un pan de sa gestion par l’investisseur, notamment quand sa gouvernance ne lui permet pas de réagir rapidement aux mouvements de marché. » Le plus souvent, il s’agit d’apporter une réponse globale aux problématiques de l’investisseur et de prendre en compte la structure de son passif, notamment quand l’offre s’adresse à des investisseurs ayant à servir des revenus, comme les caisses de retraite ou les assureurs.

Les nouvelles régulations, un moteur

Les nouvelles régulations sont le moteur du développement de ces offres globales. « Elles assignent des contraintes spécifiques à chaque type d’acteur, explique Guillaume Lasserre. Les solutions d’investissement sur mesure que nous proposons à nos clients pour répondre aux contraintes réglementaires Bâle 3 et Solvabilité 2 sont pour nous un axe de développement. » L’investisseur trouve avec ces offres une bonne formule pour éviter en partie la complexe adaptation aux nouvelles règles. « Depuis la crise et l’accumulation des réglementations, les investisseurs doivent cerner davantage leurs risques, indique Andrew Mac Caffery. Les offres de type 'multi-assets' ou 'investment solutions', plus globales, représentent un élément de simplicité qu’ils apprécient. La croissance de nos encours gérés en 'solutions d’investissement' devrait être forte dans les deux à trois prochaines années, nous visons une proportion de 10 à 15 % de nos actifs sous gestion, soit un doublement des encours actuels. » Les offres aux assureurs sont particulièrement sophistiquées et ciblées, compte-tenu de leurs contraintes de liquidité, de transparence et de leurs obligations en management des risques. Un dialogue avec les gérants, dans le cadre de la mise au point des solutions d’investissement, permet la prise en compte de tous ces éléments.

Objectif numéro un des investisseurs, réduire leur consommation en capital. « Les fonds de couverture liés à des investissements en actions représentent une bonne partie des demandes actuelles », illustre Sofiène Haj Taïeb, directeur général de La Française Global Investment Solutions, structure créée en 2012 et comprenant des solutions dédiées (2,1 milliards d’euros sous gestion) et un pôle de gestion alternative (400 millions d’euros). Le client institutionnel qui réduit ainsi son coût en capital trouve aussi là un acteur qui va gérer à sa place le swap, les appels de marge, un avantage d’autant plus grand que pour réduire les coûts, la couverture doit être dynamique. « Dans un fonds actions couvert, nous captons 80 % de la performance à la hausse pour une couverture cible de 80 % du capital et une consommation en fonds propres prudentiels réduite de moitié », précise Sofiène Haj Taïeb.

La recherche de rendement au moment où certains taux d’intérêt sont passés en territoire négatif représente une autre explication de l’essor des investment solutions. « Nous avons mis au point une stratégie de gestion active pour traiter cette problématique, avec des investissements sur les obligations souveraines européennes assortis d’une allocation tactique permettant d’exploiter les opportunités de marché. Le tout accompagné d’une surveillance stricte des risques et d’une stratégie de couverture sur la hausse des taux », confie Guillaume Lasserre. La baisse des taux ne concerne pas seulement les obligations, elle a un impact sur l’ensemble des allocations, renforçant l’attrait de l’investment solution. « Un nombre croissant d’investisseurs attendent de nous une construction du portefeuille actions prenant en compte leurs autres investissements, une vision d’ensemble de leur portefeuille. Le niveau actuel des taux d’intérêt représente notamment une variable nouvelle très importante, avec des risques d’impact sur les actifs en cas de remontée des taux, explique Alexei Jourovski, responsable Actions chez Unigestion. Dans ce cas, la solution d’investissement proposée passera par un fonds dédié, pour adapter l’allocation actions en fonction de l’ensemble des actifs. »

En pratique, les offres se caractérisent par l’intégration des techniques et le recours aux instruments de marché. « Nous croisons plusieurs expertises, notamment l’investissement en actions, à la base de notre savoir-faire avec la compréhension de Solvabilité 2. En outre, nous utilisons des instruments dérivés, des stratégies de couvertures, etc., poursuit Alexei Jourovski, au sujet du pôle Solutions d’Investissement rattaché à l’activité actions et créé fin 2014, la société de gestion ayant mis en place une telle structure au sein de chacune de ses équipes d’investissement. Quatre professionnels de l’investissement explorent des solutions nouvelles à partir des facteurs de risques nouveaux et réglementaires. »

La sophistication des offres n'est pas évidente pour la gestion, plutôt familière de fonds mutualisés. « Souvent, les solutions dédiées aux investisseurs institutionnels sont proposées par les banques de marché. Cela peut parfois poser un problème d’alignement d’intérêts entre l’investisseur et la banque », remarque Sofiène Haj Taïeb. Son équipe offre l’expertise de professionnels issus de cet univers mais logés au sein d’une structure de gestion indépendante. « Ces spécialistes des marchés ont l’habitude de travailler pour le compte propre de la banque et non pas avec des contraintes de la gestion : gestion de la NAV ('net asset value') ou du passif du fonds. La coexistence des deux compétences, gestion et banque de marché, apporte beaucoup de valeur », précise cet ex-banquier de marché.

Objectif numéro un des investisseurs, réduire leur consommation en capital

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