Places financières

Shanghai et Hong Kong, main dans la main

le 02/07/2015 L'AGEFI Hebdo

Les croissances des centres financiers chinois sont étroitement liées les unes aux autres.

Shanghai et Hong Kong, main dans la main
Le quartier des affaires de Hong Kong.
(Edwige Murguet)

La construction « du Shanghai-Hong Kong Stock Connect (lancé le 17 novembre 2014) est la preuve de la confiance de Shanghai envers Hong Kong », a affirmé le chef de l’exécutif de Hong Kong, Leung Chun-ying, le 22 juin dernier, à l’occasion de la célébration des quinze ans de cotation du Hong Kong Exchanges and Clearing Limited (HKEx). Devenu le plus grand opérateur mondial de marchés en termes de capitalisation, l’acquéreur du London Metal Exchange (LME) en 2012 gère notamment la Bourse de Hong Kong, dont la capitalisation a dépassé fin mai 2015 les 4.000 milliards de dollars US (31.549 milliards de dollars HK). Elle s’approche désormais des 5.000 milliards de dollars.

La connexion directe de Shanghai avec Hong Kong, bientôt suivie de celle avec Shenzhen, correspond à la volonté des autorités chinoises d’exploiter tous les atouts du concept « un pays deux systèmes ». L’un de leurs objectifs est de permettre aux entreprises continentales de financer leurs projets d’investissement autrement qu’en passant par le secteur bancaire. « Le développement de marchés d’actions efficients est une nécessité. Les ménages chinois peuvent y placer leur épargne, à l’heure où les dépôts bancaires sont faiblement rémunérés et où le marché de l’immobilier est en train de subir une correction », expose Aidan Yao, économiste senior Asie émergente d’Axa Investment Managers Asia.

Un pont entre la Chine et le monde

L’un des objectifs long terme de la connexion avec Hong Kong est d’améliorer la structure de la Bourse de Shanghai. Elle est de plus en plus opulente, avec 8.903 milliards de dollars US de capitalisation, mais elle demeure dominée à 85 % par les investisseurs du « retail ». A l’opposé, les volumes d’échanges de la Bourse du « port au parfum » sont réalisés à 70 % par des institutionnels. Grâce au « Stock Connect », l’arrivée de davantage d’acteurs de ce type à Shanghai, plus enclins à acquérir des titres dans une optique de long terme, pourrait « aider à atténuer les mouvements spéculatifs. Leur présence devrait donner plus de poids aux valeurs fondamentales des entreprises », commente Aidan Yao.

Cet apport de liquidités est le bienvenu en période de multiplication des introductions en Bourse. Au seul mois de mai, presque 19 milliards de renminbi (3,1 milliards de dollars US) ont été levés à Shanghai et à Shenzhen. Les places boursières du pays s’apprêtent en outre à accueillir les sociétés chinoises en train de quitter New York (au moins 12 depuis le début de l’année), en quête d’une valorisation plus attrayante dans leur pays d’origine.

Certaines choisiront Shenzhen, d’autres Shanghai ou Hong Kong, qui bénéficie « de la procédure de cotation la plus transparente et la plus libérale », relève Aidan Yao. La réglementation de Hong Kong est considérée comme un atout par les investisseurs étrangers, qui représentent près de la moitié de ses volumes d’échanges. Rien de surprenant à ce que Hong Kong ait obtenu une très bonne notation lors de l’évaluation de l’évolution de ses règles financières dans l’étude AsianInvestor de Clifford Chance, publiée en juin, réalisée auprès de l’industrie des fonds d’investissement asiatiques. Un tiers des répondants indiquent considérer Hong Kong comme la région idéale pour domicilier leurs fonds, 22 % préférant Singapour, 22 % choisissant l’Europe via le Luxembourg ou Dublin, et 2 % les Etats-Unis.

Autant d’éléments qui confortent la vision de Charles Li, chief executive du HKEx, de « relier la Chine avec le monde ». Rappelant que Hong Kong est le premier centre mondial de renminbi « offshore », il précise : « Nous voulons construire un écosystème robuste autour du renminbi, et, à terme, devenir le premier centre de gestion de fortune chinois offshore ». Entrée dans une nouvelle ère, la Chine continentale « a besoin de déployer sa richesse nationale sur les marchés mondiaux, tout en la diversifiant. Il s’agit de la prochaine grande occasion de développement de Hong Kong », insiste Charles Li.

C’est ainsi que chaque place financière chinoise jouera un rôle particulier dans le développement de l’économie du pays. « Shanghai abrite surtout des grandes sociétés, des entreprises d’Etat (SOE, ‘state-owned enterprise’), des secteurs traditionnels. Shenzhen se spécialise dans les technologies, les valeurs de croissance, les petites et moyennes entreprises. La Bourse de Hong Kong est plus diversifiée, avec les secteurs de l’immobilier, de l’industrie... », décrit l’économiste d’Axa IM. « Il y a largement la place pour que trois importants centres financiers coexistent en Chine », renchérit Aidan Yao.

La superficie de l’Empire du Milieu avec 1,35 milliard d’habitants est de 9.596.560 km², comparée aux 5.907.135 km² et 601 millions d’habitants de l’Europe, où plusieurs places financières cohabitent.

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