Santander AM et Pioneer Investments font le pari de la transat en double

le 07/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Avec 400 milliards d’euros d’actifs sous gestion, le nouvel équipage espère se donner les moyens de réussir son entrée dans le gotha.

Sept mois de réflexion. Après avoir dévoilé fin septembre 2014 l’ouverture de négociations exclusives visant à l’union de leurs activités de gestion d’actifs Pioneer Investments et Santander Asset Management, UniCredit et Santander, qui pensaient initialement finaliser les pourparlers sous deux mois, viennent de dévoiler les modalités du projet. Sans s’attarder encore sur la stratégie ou les objectifs du nouvel équipage.

Le délai consenti est sans doute dû au schéma retenu (voir l'organigramme), qui fait intervenir les deux fonds d’investissement Warburg Pincus et General Atlantic, conjointement détenteurs depuis 2013 de 50 % du capital de Santander AM. Selon l’accord préliminaire annoncé, ils détiendront désormais 50 %, aux côtés d’UniCredit, d’une holding, Pioneer Investments, qui détiendra elle-même 100 % des activités du gestionnaire d’actifs aux Etats-Unis, ainsi que deux tiers de celles en dehors de ce pays et dont Santander possédera le solde. La banque espagnole reste ainsi, comme elle le souhaitait, à l’écart des Etats-Unis en termes de gestion d’actifs. Pour autant, comme le souligne une porte-parole de Pioneer, « indépendamment de sa structure, le nouvel ensemble constituera un groupe mondial unifié avec une seule équipe dirigeante ». De fait, si le nom de Pioneer l’a emporté, le gestionnaire sera dirigé par l’actuel directeur général de Santander AM, Juan Alcaraz, l’actuel patron et responsable de la gestion de Pioneer conservant cette dernière fonction sur le périmètre élargi. Le schéma adopté devrait d’ailleurs évoluer d’ici quelques années à la faveur d’une sortie des deux fonds. Les nouveaux partenaires ne peuvent donc perdre un instant pour commencer à convaincre de leur capacité à intégrer la cour des grands.

Une délicate phase d’intégration

Le projet apparaît comme un mariage entre égaux, avec une valeur d’entreprise de 2,60 milliards d’euros pour Santander AM et de 2,75 milliards pour Pioneer Investments, et des actifs sous gestion voisins de 172 et 225 milliards (dominés par les portefeuilles obligataires et diversifiés). Soit 400 milliards d’actifs pro forma pour l’ensemble après une collecte nette ayant dépassé 25 milliards d’euros en 2014 et 43 milliards pour les deux exercices écoulés. Pour Alexandre Blondel, senior manager chez Equinox-Cognizant, il s’agit d’une «  belle marque de confiance des investisseurs pour ces deux acteurs qui n’en feront bientôt plus qu’un ». Signe encourageant, quand bien même la taille n’est jamais une garantie de succès durable. Surtout, « dans ce secteur où les composantes humaines et technologiques sont primordiales, la phase d’intégration reste toujours délicate », tempère Alexandre Blondel. Certes, dans un marché de la gestion d’actifs mondialisé dont Pioneer représentera moins de 1 %, le mariage « va faciliter la montée en puissance de deux acteurs historiquement captifs l’un et l’autre d’un réseau bancaire vers une clientèle institutionnelle à fort potentiel ». Et «  l’opération fournit assurément à ses participants des opportunités, en termes de revenus grâce au cross-selling (ventes croisées, NDLR) ou de coûts, par l’optimisation de la chaîne opérationnelle, par la mise en œuvre de plans d’adaptation réglementaire ou encore par le maillage des capacités de gestion et d’implantation de forces de vente aux spécificités locales ». Pour autant, selon Alexandre Blondel, le rapprochement dévoilé « ne bouleverse pas la donne d’un secteur fragmenté et très concurrentiel ». Et qui devrait rester actif en termes de rapprochements.

En France, pays dont Santander AM est absent, Pioneer Investments entend bien continuer de faire sa pelote. Il est toutefois « encore bien trop tôt, alors que nous venons tout juste de signer un accord préliminaire », comme le souligne Fabien Madar, directeur général de la succursale française du gestionnaire d’actifs, pour envisager les implications locales de la naissance du « nouveau » Pioneer. Alors que le groupe avait affiché il y a trois ans un objectif d’actifs sous gestion dans l’Hexagone de 2 milliards d’euros mi-2015, ce montant atteint aujourd’hui 4,8 milliards (répartis à parts égales entre clientèles institutionnelle et de distribution). Cela à la faveur d’une collecte nette record voisine de 1,2 milliard en 2013 puis de 200 millions l’an passé. Ce dernier chiffre « est déjà atteint à fin avril en 2015 », année pour laquelle le dirigeant vise « une collecte de 400 millions, qui pourrait être validée au cours des prochains mois grâce à la signature attendue prochainement de plusieurs mandats institutionnels ». Le futur Pioneer Investments, très présent en Europe et en Amérique latine, ne devrait pas manquer d’autres terrains de chasse prometteurs, notamment en Asie dont il est quasiment absent.

4,8 milliards d’euros, c’est le montant des actifs sous gestion de Pioneer Investments en France

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