Entretien avec... Marc-Antoine Collard, chef économiste chez Rothschild et Cie Gestion

« Le risque de Grexit a fortement augmenté »

le 02/07/2015 L'AGEFI Hebdo

« Le risque de Grexit a fortement augmenté »
(DR)

Quelle évolution de l’économie grecque anticipez-vous ?

Quel que soit le scénario à l’issu du référendum, la situation sera compliquée. La Grèce risque de s’enfoncer plus avant en récession. Cette période d’incertitude va peser sur un secteur essentiel pour le pays : le tourisme. Sans compter qu’aucun entrepreneur grec ne veut aujourd’hui prendre de décision d’investissement au risque de devoir rembourser des dettes en euros dans une autre monnaie. Un autre coup dur pour l’activité est la mise en place des contrôles de capitaux. Enfin, le programme proposé par les créanciers de la Grèce est récessif à court terme puisqu’il repose sur des hausses de taxes et des baisses de dépenses pour atteindre un excédent primaire de 1 %.

Et pour la zone euro ?

Le risque est beaucoup moindre. Les banques européennes sont aujourd’hui moins exposées aux créances grecques et les exportations vers la Grèce des autres pays, à quelques exceptions, sont faibles. Cela dit, le risque n’est pas nul. La reprise nécessite le relais de l’investissement pour se consolider. Or la situation grecque pourrait peser sur la confiance des entrepreneurs et ces derniers reporter des décisions d’investissement. De même, la confiance des ménages pourrait pâtir de la correction des marchés financiers et de ce climat d’incertitude. Enfin, la hausse des taux périphériques serait dommageable, même si nous sommes bien loin de la situation de 2011-2012 en termes de tension sur les taux.

La Grèce risque-t-elle une sortie de la zone euro ?

En cas de vote défavorable au plan d’aide de Bruxelles, nous ne voyons pas comment la Grèce pourrait rester dans la zone euro, à moins que les institutions décident d’accepter ce qu’elles ont jusqu’ici refusé. La Banque centrale européenne (BCE) arrêterait alors son soutien, les banques grecques n’auraient plus de liquidités en euros et le gouvernement devrait émettre une nouvelle monnaie. En cas de vote favorable, la situation pourrait paradoxalement ne pas être foncièrement différente. Etant donné les délais liés à la tenue d’élections anticipées, la Grèce sera en défaut face au Fonds monétaire international et à la BCE. Cette dernière pourrait alors imposer une décote au « collateral » apporté en garantie par les banques grecques à son programme de liquidité d’urgence (ELA). Les banques se trouveraient rapidement à court de liquidités et le gouvernement en serait réduit à payer ses fonctionnaires et les retraites en émettant des IOU. Ces titres de créances pourraient ensuite servir de monnaie d’échange dans les transactions quotidiennes avec une décote traduisant une dévaluation de cette nouvelle monnaie.

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