Retour gagnant des marchés actions de la zone euro

le 12/03/2015 L'AGEFI Hebdo

Euro, pétrole, taux et conjoncture : les places boursières se portent bien. Les opérateurs anticipent un écho dans les résultats des entreprises.

Retour gagnant des marchés actions de la zone euro
(Fotolia)

Les marchés actions de la zone euro n’avaient pas connu un tel début d’année depuis bien longtemps. L’indice EuroStoxx 50 bondit de 15 %, le CAC 40 progresse de 16,3 %, le DAX de 17,4 % et le FTSE Mib de la Bourse de Milan de 18,3 %. Ce rebond s’accompagne d’un afflux de souscriptions dans les fonds investis en actions européennes, signe du retour des investisseurs sur la classe d’actifs. Ces fonds ont enregistré pour la septième semaine consécutive, soit depuis l’annonce par la Banque centrale européenne (BCE) du programme de rachat de dette souveraine, la plus forte collecte parmi les fonds actions (4,3 milliards de dollars), selon le fournisseur de données EPFR.

La rapidité avec laquelle les marchés boursiers ont progressé depuis janvier inquiète certains opérateurs : ne faut-il pas craindre un nouveau faux départ pour la zone euro ? « Il semble que le marché soit sur de bons rails, rétorque Roland Kaloyan, stratégiste actions chez Société Générale CIB. Pour la première fois depuis trois ans, pendant lesquels l’Europe n’a produit que des mauvaises nouvelles, tous les facteurs sont en place pour permettre un retour de la confiance. » Si le lancement du quantitative easing de la BCE est en grande partie à l’origine de ce mouvement, une légère amélioration de la conjoncture européenne (lire page 17) et de meilleures publications pour les entreprises de la zone euro semblent avoir cimenté cette hausse. « Ces dernières ont publié au quatrième trimestre 2014 des chiffres d’affaires globalement supérieurs aux attentes, ce qui n’était pas arrivé depuis douze trimestres », indique Emmanuel Chapuis, gérant actions européennes chez Oddo AM. Les entreprises ayant publié leurs comptes ont affiché un chiffre d’affaires agrégé supérieur de 1,7 % par rapport aux prévisions des analystes. « C’est marginal mais important en termes de tendance », ajoute le gérant. Si l’inversion de tendance est encore peu visible pour les résultats, il y a tout de même une amélioration par rapport aux années précédentes. « Il y a autant de bonnes que de mauvaises surprises au niveau des bénéfices par action », observe Roland Kaloyan. Et si la progression des résultats est une nouvelle fois nettement inférieure aux prévisions de début d’année, contrairement à 2012 et 2013, où les bénéfices par action avaient finalement été dans le rouge, ils devraient progresser de 5 % en 2014.

Prudence

Les stratégistes actions d’ING IM anticipent des révisions en hausse des prévisions de bénéfices cette année. Le marché escompte une croissance de 9,5 % pour la zone euro et de 4,9 % pour l’Europe (anticipations revues à la baisse par les analystes pour tenir compte des résultats du secteur pétrolier). Tous les voyants sont en vert en Europe : taux historiquement bas réduisant les coûts de financement, recul de 20 % de l’euro par rapport au dollar favorisant les entreprises exportatrices, chute de moitié du cours du pétrole diminuant les coûts des entreprises et donnant du pouvoir d’achat aux consommateurs « Une stabilisation des cours du pétrole autour de 50 dollars le baril devrait entraîner un rehaussement d’environ 7 % des prévisions de bénéfices en Europe, tandis qu’un repli de 10 % de l’euro face au dollar devrait avoir un effet positif de 10 % », affirme Yves Maillot, directeur actions européennes chez Natixis AM.

A l’occasion de la présentation des résultats, les dirigeants d’entreprises ont préféré rester mesurés sur leurs perspectives de chiffre d’affaires et de résultats pour 2015. « Le discours est volontairement prudent car après plusieurs faux départs, ces derniers attendent que la reprise se matérialise plus nettement en zone euro », explique Roland Kaloyan. « Derrière cette communication, l’état d’esprit est tout de même plus optimiste », nuance Emmanuel Chapuis.

Signe majeur du changement d’humeur des investisseurs, un mouvement de rotation sectorielle s’est opéré ces dernières semaines, des valeurs défensives vers les cycliques. Les valeurs technologiques, de la consommation discrétionnaire ou des matériaux de construction ont surperformé le marché. « Les valeurs cycliques devraient continuer à faire mieux que le marché grâce à l’amélioration des données économiques, particulièrement en Europe, et parce qu’elles sont encore valorisées sur des niveaux de bas de cycle », selon ING IM.

Au-delà du momentum positif sur les résultats des entreprises, le risque politique en Europe (Grèce, élections en Grande-Bretagne et en Espagne) ainsi que la perspective d’un premier relèvement des taux aux Etats-Unis pourraient limiter ou mettre un terme à cette hausse discontinue des actions depuis janvier.

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