L'invitée de... Léa Dunand Chatellet, gérante ISR chez Sycomore AM

Plaidoyer pour un ISR de conviction et performant !

le 15/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Par construction, ces fonds bénéficient d’une amélioration du couple rendement-risque, favorable à la performance de ces produits.

Plaidoyer pour un ISR de conviction et performant !
Léa Dunand Chatellet, gérante ISR chez Sycomore AM
(DR)

Soulignons en préambule que l’ISR, investissement socialement responsable, est un investissement financier avant tout. Pour un investisseur, particulier ou institutionnel, choisir un produit étiqueté ISR revient à choisir un produit financier dont la gestion et les caractéristiques seront différentes d’un produit traditionnel mais dont l’objectif final reste la valorisation d’un actif. Alors même que ces produits remplissent toutes les conditions pour satisfaire aux attentes des épargnants, ils souffrent encore d’une faible cote de popularité. Méconnaissance ou incompréhension ? Expliquons concrètement en quoi un produit ISR est différent d’un produit financier classique : charge au lecteur de se forger ensuite sa propre opinion.

Depuis l’été 2007, les crises financières puis économiques ont été les catalyseurs d’une augmentation de l’aversion au risque. Crise de confiance et remise en question du système financier ont conduit à la plus grande prudence des investisseurs. De surcroît, le comportement des émetteurs a été pointé du doigt. L’opinion publique affirme ouvertement son envie de voir des acteurs économiques plus responsables. Changement de paradigme ou effet de mode ? Il semble à présent que des bouleversements profonds soient amorcés. Dans ce contexte, les produits ISR offrent une réponse adéquate aux attentes des épargnants : réconcilier investissement et responsabilité. Au sein même des détracteurs de l’ISR, la rentabilité des produits ISR est une question récurrente mais ce n’est pas la seule. La qualité des fonds ISR est également de plus en plus remise en cause. A la question de la qualité, nous pouvons répondre par la transparence. Toujours mise en avant par les gestionnaires ISR, la transparence de ces fonds reste partielle et très variable d’un acteur à l’autre. Pourtant, les différents fonds ISR présentent des processus d’investissement spécifiques, avec des contraintes de gestion fortes. Il est indispensable d’en rendre compte régulièrement et publiquement : la composition des fonds et les objectifs poursuivis doivent être publiés. Rapidement, l’harmonisation des indicateurs suivis et des reportings seront des éléments de crédibilité indispensables pour les investisseurs.

Toujours pour répondre à la question de la qualité, la discipline de gestion des fonds ISR doit être irréprochable. Centrée autour d’une analyse ESG (environnement, social et gouvernance) qui se doit d’être réalisée en interne, elle suppose trois éléments essentiels : une sélection forte des valeurs, un suivi permanent des controverses et un dialogue continu avec les émetteurs. Schématiquement, les indicateurs ESG permettent de qualifier le niveau de responsabilité d’un émetteur face à ses enjeux de développement durable, tandis que le suivi des controverses prolonge cette analyse. Les controverses représentent la réalité. Il ne s’agit plus d’une dimension prospective mais d’un révélateur faisant apparaître les clivages entre déclarations et actes. Enfin, les échanges avec les émetteurs sont indispensables comme base de dialogue, mais aussi pour connaître la réalité du terrain. Comment mieux évaluer le climat social d’une entreprise, sa culture ou encore la qualité de ses installations, sinon en allant directement visiter ses sites ?

Enfin, n’oublions pas que, dans leur gestion quotidienne, les fonds ISR s’appuient sur un univers d’investissement prédéterminé. Cet univers dit « éligible » s’interprète à première vue comme une contrainte, un frein à la performance. Faux. Depuis une dizaine d’années, les enjeux de développement durable se matérialisent de plus en plus. L’analyse des événements critiques témoigne de la prise en compte de ces enjeux par la communauté financière au sens large (accidents industriels, crises sociales, fraudes, corruption…). Les indicateurs ESG sont des indicateurs avancés, par conséquent les valeurs éligibles aux fonds ISR sont des valeurs de qualité, propices à la performance. Souvent remise en question et dénoncée, la performance financière de l’ISR est donc une tautologie. Par construction, les fonds ISR bénéficient d’une amélioration du couple rendement-risque, favorable à la performance de ces produits.

Les valeurs éligibles aux fonds ISR sont des valeurs de qualité

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