Un homme, une équipe

Philippe Zaouati porte l’ISR du nouveau gestionnaire Mirova

le 26/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Entièrement dédiée à l’investissement responsable, la filiale de NAM pousse sa démarche jusqu’à l’engagement actionnarial au service des autres.

Philippe Zaouati porte l’ISR  du nouveau gestionnaire Mirova
Gwenola Chambon, 43 ans, directeur infrastructures généralistes Anne-Laurence Roucher, 37 ans, directeur du développement et de la coordination Jens Peers, 40 ans, directeur gestions actions et taux et impact investing Raphaël Lance, 44 ans, directeur infrastructures énergies renouvelables Philippe Zaouati, 47 ans, directeur général de Mirova Jérôme Lelu, 46 ans, responsable de la conformité et du contrôle interne Hervé Guez, 40 ans, directeur recherche investissement responsable
(Pierre Chiquelin)

Tourné vers l’avenir. Un préalable à l’investissement durable tel que conçu par Mirova, la filiale socialement responsable de Natixis Asset Management (NAM). Une approche qui retient les grands thèmes économiques de demain, et qui fait paradoxalement écho à l’origine du monde : il y a des millions d’années alors que la Terre ne comptait qu’un seul continent, Pangée, un océan unique l’entourait, Mirova.

Cette structure, qui compte aujourd’hui 46 personnes, est menée par Philippe Zaouati, son directeur général. Un poste qu’il ne doit pas au hasard d’une carrière déjà bien remplie. « Lorsque j’intègre Natixis AM en juin 2007, en qualité de directeur du développement, je découvre une maison en avance sur le thème de l’ISR [investissement socialement responsable, NDLR], en termes de compétences, d’historique et d’expertises », retrace-t-il. Si sa mission consiste à pousser et faire connaître l’ensemble des expertises maison, Philippe Zaouati s’aperçoit rapidement que l’ISR est critiqué. « A l’époque, je rencontre des discours essentiellement manichéens et peu d’analyses raisonnées sur cette approche, se souvient-il. Cela m’a motivé. » Une pugnacité qui répond sans doute aussi au besoin de donner du sens à sa vie professionnelle, à une époque où le monde de la finance est balayé par une crise sans précédent. Sur son temps libre, il prend sa plume et écrit en 2009, « Investir ‘responsable’. En quête de nouvelles valeurs pour la finance ». Un plaidoyer en faveur de l’ISR.

Parallèlement, en 2012, il structure le concept « socialement responsable » au sein de NAM, sous la forme d’une marque tout d’abord : Mirova « pour garder de l’avance », précise Philippe Zaouati. Une démarche commerciale d’identification, notamment à l’international. La marque abrite alors la gestion actions et taux de NAM, à laquelle est adjointe l’offre infrastructures (Natixis Environnement et Infrastructure). Au 1er janvier 2014, la marque devient société de gestion à part entière. Avec une particularité forte : être « ISR » sur l’ensemble des expertises, aussi bien les gestions actions, taux, infrastructures que les fonds dits impact investing. A cette offre est ajoutée une nouvelle activité à destination d’investisseurs externes, l’engagement actionnarial. Une nouveauté dans le paysage français.

Huit enjeux ESG

Dénominateur commun de ces expertises,  « proposer aux investisseurs des solutions créatrices de valeurs dans la durée, qui retiennent des ‘business models’ innovants », souligne Philippe Zaouati. Si l’idée de retenir des thématiques d’investissement qui modifieront le monde de demain correspond à la demande des investisseurs, l’ISR ne pourra pas, selon lui, prendre de l’essor sans une véritable prise de conscience au plus haut niveau de l’Etat. Une conviction qui dicte ses activités de lobbying exercées en dehors de Mirova. Philippe Zaouati est, entre autres, président de la commission ISR de l’Association française de gestion (AFG), qui pousse l’idée d’un label ISR de place. Pour lui, l’épargne des investisseurs doit être orientée vers la transition écologique, avec pour passerelle un label élaboré avec les pouvoirs publics… et des attraits fiscaux.

Partant du principe que les enjeux de développement durable structurent l’économie et sont porteurs à la fois de risques et d’opportunités, le pôle de recherche (12 personnes), placé sous la houlette de Hervé Guez, a établi huit enjeux ESG « que nous avons identifiés comme les grands thèmes d’investissement de demain : lutte contre le changement climatique, maîtrise des pollutions, préservation des ressources, protection de la biodiversité, libertés fondamentales, droit à la santé, droit au développement et gouvernance responsable ». Les travaux de recherche menés par des analystes dédiés au suivi d’une thématique, sont mis à disposition de

l’ensemble des équipes de Mirova. Sur la base de ces grands enjeux ont été établis les grands thèmes d’investissement repris par la gestion actions emmenée directement par Jens Peers, directeur gestion actions et taux : l’énergie, la mobilité, l’habitat et les villes, les ressources naturelles, la consommation, la santé, les technologies de l’information et de la communication. « Nous avons souhaité nous différencier radicalement de l’approche ‘best in class’, particulièrement répandue en France, en retenant non pas les entreprises mieux disantes dans tous les secteurs, mais celles qui, en absolu, sont les meilleures au regard des grands enjeux de développement durable », précise-t-il.

Jens Peers s’emploie à piloter avec l’aide de sept gérants une gamme de cinq fonds actions ISR (2,7 milliards d’euros à fin mars 2014) – trois OPCVM thématiques, un fonds immobilier et un autre low carbone -– ainsi qu’une gamme de véhicules dits impact investing qui ambitionnent de retenir les entreprises ayant un fort impact social, notamment au niveau de l’emploi. Quant à l’offre de taux (977 millions d’euros en mars 2014), gérée par Marc Briand, « elle devrait être prochainement enrichie par l’expertise d’un gérant anglais, spécialiste des ‘green bonds’ (émissions vertes) », souligne Jens Peers.

Développement du territoire

Outre une gestion cotée, Mirova dispose d’une offre historique héritée de NAM de fonds infrastructures. Entré dans le giron du gérant en 2009 pour lancer un fonds tourné vers les projets qui soutiennent les enjeux de développement durable, Raphaël Lance, directeur infrastructures et énergies renouvelables, a dû constituer une grille de lecture ESG à la fois appliquée à ce fonds et aux projets déjà en portefeuille, ou à venir, dans l’autre véhicule non « investissement durable ». « Durant une année nous avons travaillé, avec le pôle recherche, à la rédaction de cette grille appliquée aux transports, au secteur hospitalier, aux logements, à l’énergie… (pollution sonore, émissions de gaz à effet de serre, protection de la biodiversité…), énumère Raphaël Lance. En outre, la philosophie de cette équipe est de ne retenir que des projets à construire. « Car nous voulons participer au développement de notre territoire », justifie-t-il. Raphaël Lance indique réfléchir à un groupe de travail réunissant investisseurs et grands constructeurs pour identifier les meilleures pratiques.

D’ailleurs, dans son approche tout entière, Mirova se veut proactive. Le nouveau gestionnaire a ainsi créé en janvier une « plate-forme » d’engagement actionnarial, autrement dit un service « à destination non seulement des entités du groupe, mais également de gérants tiers et de grands investisseurs », précise Raphaël Lance, en charge de cette action avec Zineb Bennani, responsable de l’activité gouvernance et engagement. L’idée : Mirova rassemble une dizaine de grands institutionnels investis dans les mêmes entreprises qu’elle, afin d’entrer en contact et surtout d’aider les corporates à améliorer leurs pratiques RSE. Une démarche menée collectivement, unique en France. « Nous abordons les ‘boards’ avec humilité », souligne Raphaël Lance. Pas question d’être dans une posture punitive.

Son parcours

Philippe Zaouati, 47 ans, diplômé de l’Ensae et de l’Institut des actuaires français.

1989-1992 : gérant quantitatif, BIP Gestion

1995-1998 : ingénieur financier, CDC Asset Management

1995-1998 : responsable développement produits, Sogecap

1998-2000 : responsable développement produits, CAAM

2000-2007 : directeur général de CAAM Luxembourg

2006-2007 : responsable marketing et communication, CAAM

2007–2013 : directeur général délégué de Natixis Asset Management

2014 : directeur général de Mirova

Proposer aux investisseurs des solutions créatrices de valeurs dans la durée, qui retiennent des ‘business models’ innovants 
Philippe Zaouati
Pierre Chiquelin

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