Places financières

Paris au péril de la TTFE

le 02/07/2015 L'AGEFI Hebdo

La mise en application du projet des Onze couperait net l’élan retrouvé par la capitale. Une catastrophe en puissance.

Paris au péril de la TTFE
La Défense.
(Fotolia)

Le 14 juillet, le destin de la Place de Paris pourrait être scellé... les professionnels sont déjà sur les barricades. C’est à cette date que les onze pays européens qui se sont engagés dans la mise en place d’une taxe sur les transactions financières (TTFE), sous forme de coopération renforcée, devraient rendre leur copie, notamment sur les modalités techniques. La France est sous pression pour faire aboutir ce projet vieux de quatre ans déjà. Elle accueille la COP21 en décembre, à l’occasion de laquelle les associations environnementales font du lobbying pour que le produit de la TTFE soit affecté à la lutte contre le réchauffement climatique et les pandémies.

Lors de l’Ecofin du 18 juin, les Onze se sont entendus sur les grands principes, c’est-à-dire « une taxe qui porte très largement sur les transactions financières, qu’il s’agisse des actions ou des produits dérivés et qui soit à un taux faible pour que cela ne provoque pas des mouvements qui seraient des mouvements dommageables à l’ensemble de la vie économique », a déclaré le ministre des Finances français Michel Sapin au lendemain de la rencontre. C’est justement ce que craignent le plus les professionnels (lire aussi l’entretien). Selon un proche de la Commission, parties sur 23 modèles, les discussions tourneraient aujourd’hui autour de deux, dont l’un incluant le trading à haute fréquence. Pour la Place de Paris, une TTFE serait une catastrophe. D’autant plus malvenue que l’alignement des planètes semblait enfin plus favorable à l’écosystème parisien.

Embellie

Depuis que Michel Sapin a élevé la finance au rang d’« amie du gouvernement » le 6 juillet 2014, lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, distinguant la « bonne » finance de la « mauvaise », le baromètre est au beau fixe. Les associations professionnelles elles-mêmes sont plus optimistes : « Le gouvernement a mis clairement l’accent sur la nécessité de développer l’investissement en capital. Les messages sont positifs, c’est nouveau », reconnaissait Dominique Gaillard de l’Association française des investisseurs pour la croissance – Afic (L’Agefi Hebdo du 25 juin 2015). Et l’Association française de la gestion financière (AFG) de titrer « Après la pluie, le beau temps ? » l’éditorial de son rapport d’activité 2014-2015, saluant « les petits signes montrant que les pouvoirs publics ont compris l’importance de l’épargne longue à risque et l’utilité de la gestion financière ». Le message « probusiness » « des ministres Macron et Fabius et leurs ‘roadshows’ à l’étranger pour renforcer l’attractivité de la France [ont] clairement fonctionné », relève un professionnel de la place. « Les acteurs économiques et politiques ont compris que l’attractivité n’est pas innée. Il faut la construire et la défendre, remarque Nicolas Beaudouin, associé KPMG, directeur du développement Paris & Centre. Des projets comme le Grand Paris ou la candidature aux JO sont fondamentaux pour créer un véritable dynamisme. » Sans oublier une place financière forte : « C’est indispensable pour attirer les investisseurs : il faut pouvoir faire vivre localement les projets économiques. »

Les initiatives pour accompagner le changement de modèle de financement de l’économie vers la désintermédiation se sont multipliées depuis deux ans : pêle-mêle, lancement du fonds Novi en janvier 2015, dans la lignée des fonds Nova et Novo ; réglementation du financement participatif ; contrats Eurocroissance et VieGénération ; modification des règles d’investissement de l’Erafp (Régime de retraite additionnelle de la Fonction publique), puis des mutuelles d’assurance ; lancement des contrats standardisés destinés à accélérer le développement des marché des Euro PP (Euro Private Placement) ; projet de titrisation de crédits aux PME et ETI avec Bpifrance ; solutions de titrisation des créances commerciales ou fiscales (L’Agefi Hebdo du 25 juin)… sans compter les dispositions de la loi Macron, dont la création de la société de libre partenariat est saluée par les gérants du capital-investissement.

Le secteur financier a même retrouvé un certain dynamisme, illustré par le retour de certaines banques d’investissement et de financement étrangères comme ANZ, RBC ou Mediobanca, surfant sur la reprise des marchés et des fusions-acquisitions. Quant au nombre de sociétés de gestion de portefeuille, avec 48 créations brutes en 2014, il a continué à croître et atteint désormais 634 unités. Paris garde sa troisième place dans ce secteur en Europe, avec une part de marché de 16,3 %, derrière le Royaume-Uni (20,8 %) et l’Allemagne (18,4 %). Et si la capitale a encore reculé dans le classement Global Financial Centres Index (GFCI), publié par le cabinet Z/Yen de Londres, il conserve un « strong momentum » selon le Xinhua·Dow Jones  International Financial Centers Development Index – 2014, qui le place de nouveau à la 7e position (voir le tableau).

Quant à l’attractivité de la capitale économique, c’est carrément un bond qui a été opéré, selon le Global Cities Investment Monitor 2015, réalisé par Paris Ile-de-France Capital Economique avec KPMG. Ce classement mesure le nombre d’investissements internationaux Greenfield (créateurs d’investissements et de richesse, hors transactions financières et investissements immobiliers) dans les 25 premières métropoles mondiales. La Place de Paris est passée de la 10e place en 2013 à la 7e en 2014 et la 3e en 2015. « C’est spectaculaire, avec une augmentation de 42 % des investissements sur la dernière année, se réjouit Chiara Corazza, directeur général de Paris-Ile-de-France Capitale Economique. La capitale a bénéficié d’un retour de confiance envers la zone euro avec l’action de la Banque centrale européenne, d’une nouvelle perception de la France et de l’attractivité du projet du Grand Paris », sans oublier les retombées de la croissance économique américaine. Paris Ile-de-France a accueilli 31 nouveaux quartiers généraux et 5 centres de recherche, « le résultat de la ‘magic tax’, le crédit d’impôt recherche », note Chiara Corazza.

Enfin, autre point positif pour la Place, le développement du secteur des fintech. « On ne mesure pas encore la force d’attraction que représente le foisonnement de start-up. C’est tout un écosystème qui est particulièrement attractif pour les investisseurs étrangers », indique Chiara Corazza, même si le poids des start-up de la finance en France reste loin de celui atteint aux Etats-Unis et à Londres.

Nuages

Le changement d’humeur de la Place, fruit de nouvelles initiatives, mais aussi de marchés haussiers et des signes de reprise de croissance en zone euro, ne doit pas faire oublier que celle-ci reste en souffrance. L’avenir d’Euronext n’est pas tranché, entre cible ou acteur de la consolidation européenne à venir, tandis qu'un nouveau capitaine n’a pas encore été déniché pour remplacer Dominique Cerutti. L’analyse financière, déjà éprouvée, devrait subir un nouveau coup avec MIF 2, tandis que le modèle bancaire français est remis en question par le projet européen de séparation des structures bancaires. Et peu de professionnels voient dans un possible « Brexit » une réelle opportunité pour Paris. La TTFE serait donc le coup de grâce « dont la place ne [se] remettrait pas », selon l’AFG.

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