Outre-Manche, les gérants guettent la retraite

le 05/02/2015 L'AGEFI Hebdo

L’offre de produits se multiplie autour d’un marché qui s’annonce fructueux. Six milliards de livres pourraient être retirés des fonds de retraite à partir d’avril.

Outre-Manche, les gérants guettent la retraite
(Fotolia)

Pour les gérants, l’annonce de la réforme des retraites en mars 2014 a fait l’effet d’un coup de tonnerre. A compter d’avril prochain, les retraités britanniques pourront, dès l’âge de 55 ans, retirer en cash des actifs de leurs fonds de retraite à cotisations définies « quand ils le veulent et comme ils le veulent ». Une partie sera taxée à hauteur du taux marginal d’imposition, après un abattement fiscal de 25 %. Les adeptes de la réforme ont immédiatement pointé du doigt la liberté nouvelle conférée aux salariés qui, jusqu’alors, étaient contraints d’acheter des annuités lors de leur départ à la retraite. Intéressante pour les clients, cette réforme ouvre surtout des opportunités commerciales pour les gérants, susceptibles d’offrir des produits au-delà de la traditionnelle période d’accumulation. Le marché serait fructueux : selon le cabinet Hymans Robertson, les retraités pourraient retirer quelque 6 milliards de livres en cash : « Cette réforme représente une véritable évolution pour les fonds à contributions définies au Royaume-Uni, estime Miles O’Connor, responsable institutionnel paneuropéen chez Schroders. Alors qu’auparavant, la responsabilité des entreprises s’arrêtait dès lors que les salariés partaient à la retraite, ce point de transition n’existera plus et cela va contraindre les plates-formes des fonds à adapter leurs infrastructure et leurs modèles de services dans un monde où l’épargne risque de se prolonger bien après l’âge de la retraite. » Chez Fidelity, qui dispose outre-Manche d’une division spécialisée dans les retraites d’entreprise, la réflexion est déjà en marche sur les adaptations à apporter au niveau technique : « Nous avons la chance de ne posséder que deux systèmes, l’un pour les retraites d’entreprise et l’autre pour les retraites individuelles, lesquelles rassemblent l’ensemble de nos produits, explique Richard Parkin, responsable des retraites chez Fidelity. Les aménagements sont en cours et seront prêts pour la date de mise en place de la réforme. »

« gagnant-gagnant »

Ce nouveau paysage change aussi la donne entre les différents acteurs du secteur : « Avant l’annonce de la réforme, les assureurs-vie transformaient les cotisations des salariés en rentes, rappelle Tony Stenning, directeur du retail au Royaume-Uni chez Blackrock. Dans ce nouvel environnement, les assureurs et les gestionnaires de fortune, avec lesquels nous travaillons, auront aussi la possibilité de distribuer nos produits, ce qui est susceptible de créer une situation ‘win-win’. » Aberdeen, qui s’apprête aussi à lancer une gamme de fonds à destination des retraités, n’exclut pas une évolution stratégique : « Aberdeen est devenu un acteur majeur dans le secteur des fonds de retraites à contributions définies depuis l’acquisition de Swip, indique Dominic Delaforce, responsable des fonds de pension au Royaume-Uni chez Aberdeen AM. Nous supposons qu’à terme, le marché des pensions à contributions définies finira par éclipser celui des retraites à prestations définies et nous nous positionnons pour tirer parti de cette tendance. Cependant, nos clients dans les fonds à prestations définies demeureront une partie importante de nos activités pendant encore longtemps. »

Nombre d’acteurs n’ont pas attendu avril pour lancer de nouveaux produits, à l’image de Schroders, BlackRock et Threadneedle, qui a lancé un fonds multiclasse d’actifs dont l’objectif est de faire croître le capital investi avec une volatilité plus faible que celle d’un fonds actions, tout en générant un rendement régulier. « En raison de l’allongement de la durée de la vie, l’achat dans un produit de taux fixe ou investi dans une classe d’actifs unique pourrait ne plus suffire à assurer un revenu confortable dans les trente années suivant le départ à la retraite, explique Toby Nangle, responsable de l’allocation multi-actifs chez Threadneedle. D’où l’importance d’une gestion active diversifiée reposant sur l’investissement dans une vaste gamme d’actifs, générateur de rendement. »

Autre interrogation, la nature du conseil gratuit aux futurs retraités. Le gouvernement britannique a en effet indiqué que les salariés pourront bénéficier d’un bilan (guidance) sur les différentes options disponibles au moment de leurs retraites auprès de deux entités publiques : « Pour les retraités, c’est une décision financière importante, admet Dominic Delaforce. Mais nous sommes inquiets à l’idée que seuls les épargnants les plus aisés puissent s’offrir les services de conseillers financiers indépendants. » Pour de nombreux gérants, la seule guidance ne suffira pas à garantir une décision informée. « Certains clients ne comprennent pas à l’heure actuelle comment fonctionne la taxe qui sera prélevée, et nous voulons nous assurer qu’ils aient bien un échange avec nous avant de procéder à toute décision d’investissement, explique Richard Parkin. Un client doit débourser quelque 2.500 livres pour bénéficier d’un conseil complet en matière d’options pour les retraites. Mais il est fort probable qu’un futur retraité n’aura besoin que d’une partie de ces conseils. D’où la nécessité de réfléchir à une tarification variable. » Une réflexion qui risque de perdurer bien après la mise en place de la réforme. 

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