Oddo & Cie croit en sa bonne étoile allemande

le 16/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Le groupe a choisi de franchir le Rhin pour mettre résolument le cap à l’international.

Oddo & Cie croit en sa bonne étoile allemande
Le siège parisien d’Oddo & Cie.
(Bloomberg)

Philippe Oddo n’a pas encore l’accent allemand. Cela ne saurait tarder. Le groupe Oddo & Cie, dont il est l’associé gérant, vient en effet en quelques mois seulement d’acquérir la double nationalité. Le groupe de services financiers a dévoilé deux acquisitions stratégiques outre-Rhin : en octobre, celle (finalisée en janvier) de la banque d’investissement Seydler auprès du britannique Close Brothers et, le 7 avril, celle du gestionnaire d’actifs Meriten Investment Management auprès de l’américain BNY Mellon. Il s’agit des toutes premières opérations de croissance externe à l’international pour Oddo & Cie, coutumier du fait dans l’Hexagone.

Déjà, Philippe Oddo souligne que l’Allemagne représente avec ces deux cibles un quart du groupe tant en termes d’effectifs que d’activité. Le mouvement reflète assurément une stratégie volontariste de croissance pour un groupe de 1.000 collaborateurs (hors 110 personnes pour Seydler et 180 pour Meriten) et affichant au titre de 2014 un produit net bancaire (PNB) de 315 millions d’euros. Il était jusqu’ici, et depuis 2012, présent en Allemagne par le biais d’un bureau de commercialisation de fonds Oddo Asset Management à Francfort (pour 200 à 300 millions d’euros d’encours). En gestion d’actifs particulièrement, cet appétit permet d’ores et déjà à Oddo & Cie de changer de dimension, les actifs sous gestion passant grâce à Meriten de 16 à 40 milliards d’euros (à fin février).

 Oddo & Cie n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Son patron avait bien récemment prévenu que l’acquisition de Close Brothers Seydler, rebaptisée Oddo Seydler, ne faisait qu’« initi[er] la première étape du développement à l’international du groupe par croissance externe ». Philippe Oddo reste à l’affût d’opportunités d’autres opérations. Il vise en tout état de cause la constitution outre-Rhin d’un groupe aussi diversifié qu’il peut l’être en France. « Il n’est donc pas impossible que le groupe s’intéresse à une activité de banque privée », fait savoir le dirigeant, selon lequel « aucune discussion n’est actuellement en cours ». Pas avant la finalisation attendue début juillet prochain du rachat de la cible basée à Düsseldorf et renommée Oddo Meriten Asset Management. Mais si Oddo & Cie a engagé la manœuvre internationale en Allemagne, son dirigeant ne ferme pas la porte à une incursion dans d’autres pays européens. Signe d’intérêt pour le marché allemand, Oddo & Cie a d’ailleurs emporté la mise sur Meriten au détriment du suisse Vontobel, qui s’était risqué fin mars à déclarer qu’il envisageait des discussions avec BNY Mellon.

Un prometteur Mittelstand

Pour l’heure, Philippe Oddo entend bien travailler à un « rééquilibrage de rentabilité » entre les deux côtés du Rhin. En gestion d’actifs, les fonds ouverts, plus rémunérateurs, représentent aujourd’hui 5 % des actifs sous gestion en Allemagne, contre près des deux tiers en France. Et alors que les produits de taux correspondent à deux tiers des actifs de Meriten, les actions constituent près de la moitié de ceux d’Oddo AM (hors stratégies d’allocation pour 14 % et 24 % des actifs respectivement, et 11 % d’obligations convertibles pour Oddo AM). De quoi se targuer d’une forte complémentarité de deux entités en termes d’expertises de gestion et de clientèle. Pro forma à fin février, le nouvel ensemble, troisième plus important acteur indépendant de la gestion d’actifs en zone euro selon Oddo & Cie, derrière Edmond de Rothschild et Carmignac, comptera 37 % de ses actifs issus de clients français pour 55 % d’allemands. Oddo & Cie ne manquera pas de mettre en œuvre les synergies naturelles existant entre les différents métiers et les deux pays, notamment en banque d’investissement au regard des atouts de chaque entité auprès des entreprises de taille modeste ou intermédiaire, ou familiales, qui composent en Allemagne le puissant Mittelstand.

Gage d’intégration au sein du nouveau groupe franco-allemand, il sera proposé aux collaborateurs clés de Meriten, comme cela a été le cas pour ceux de Seydler, d’intégrer le capital d’Oddo & Cie. Ce capital est aujourd’hui détenu à 60 % par la famille Oddo et à 30 % par 56 % des collaborateurs. Ayant de longue date fait vœu de quitter le navire, Allianz (5 % du capital contre une part de 27 % acquise par AGF en 1988) pourrait offrir une porte d’entrée aux nouveaux actionnaires.

Au sein du récent rapport de présentation du groupe, publié avant l’annonce du rachat de Meriten et déjà intitulé « Création d’une dynamique franco-allemande », Philippe Oddo assurait déjà « aborder 2015 avec ambition ». Cela à l’issue d’une « bonne année » 2014 sur fond d’une conjoncture financière ayant « globalement [créé] une dynamique plutôt favorable pour nos activités de gestion de capitaux et d’intermédiation ». L’an dernier, le PNB a progressé de 5,6 % et le résultat brut d’exploitation de 21,5 % à 83,5 millions.

16 à 40 milliards d’euros, c’est le montant des actifs sous gestion d’Oddo AM avec Meriten
Le troisième plus important acteur indépendant de la gestion d’actifs en zone euro

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