Un nouveau départ pour les banques espagnoles

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Après cinq ans de réformes du système financier, des défis restent à surmonter : renouer avec la rentabilité et rouvrir le robinet du crédit.

Un nouveau départ pour les banques espagnoles
Les tours inclinées Kio à Madrid. A gauche, le siège de Bankia, consortium de caisses d’épargne.
(Bloomberg)

Exposition excessive des banques et des caisses d’épargne aux actifs immobiliers, forte dépendance aux financements extérieurs et manque de gestion efficace étaient les symptômes dont souffrait le système financier espagnol en 2008.

Soumis à des réformes drastiques, le secteur offre désormais un panorama différent. Le nombre de caisses d’épargne est passé de 45 à 12 via des regroupements forcés, et les banques se sont mises au régime : réduction du nombre de succursales, des effectifs, nettoyage des actifs toxiques et gros efforts de recapitalisation. Trois ans après le sauvetage européen de 40 milliards d’euros, le système financier espagnol est considéré comme assaini. Assainissement ne signifie pas pour autant solidité. Dans son second rapport d’évaluation après le sauvetage du secteur financier, la Commission européenne estimait en décembre que des troubles sur les marchés financiers pourraient de nouveau fragiliser sérieusement le secteur.

Tous les économistes espagnols ne partagent pas cet avis. « Les banques espagnoles ont bien résisté en octobre dernier aux ‘stress tests’. Elles sont désormais assainies, solvables et ont réussi à passer les tests avec une bonne note », indique Joaquin Maudos, économiste à l’Institut valencien de recherches économiques. Pour lui, quatre risques majeurs pourraient pourtant menacer l’équilibre retrouvé : le risque macroéconomique avec « un taux de chômage encore très élevé », un scénario de taux d’intérêt faibles réduisant les marges des banques, les risques politiques et le risque lié aux exigences de la régulation. L’économiste parle de « tsunami régulateur » : « Avec l’entrée en vigueur de Bâle III, on leur demande de plus en plus de capital et de meilleure qualité », souligne-t-il.

Capter les dépôts

Si les banques ibériques ont bien résisté à l’épreuve des stress tests de l’EBA (Association bancaire européenne), leur préoccupation essentielle en 2015 sera leur rentabilité. Elles essaient de « capter des dépôts pour ne pas dépendre des financements sur les marchés internationaux. Désormais, tout le financement vif est alimenté par les dépôts des particuliers, ce qui leur a permis d’être plus stables », remarque Juan Ignacio Sanz, économiste à l’Esade Business School. Pour lui, « c’est le principal changement opéré par les banques espagnoles depuis la crise ».

De son côté, Rodrigo Garcia de la Cruz, économiste à l’Institut d’études boursières, estime que rentabiliser le secteur nécessite de « réduire encore plus les dépenses, mais surtout que les crédits retrouvent leur rythme de croisière en raison des bonnes prévisions macroéconomiques pour 2015 et 2016 ». Quelques signes ténus d’une amélioration sont apparus avec un début de reprise du crédit à la consommation (+3,4 % entre octobre et novembre dernier) et des prêts aux entreprises (+0,3 %). « La reprise est lente, notamment pour les crédits inférieurs à 1 million d’euros. Les grandes entreprises, elles, arrivent à se financer sur les marchés financiers », commente Joaquin Maudos. Pour Rodrigo Garcia de la Cruz, l’octroi de crédits dépendra « de la solvabilité de la demande ». Si l’économie espagnole est sortie de la récession, elle est loin d’avoir réglé tous ses problèmes.

« Le désendettement est en progrès mais les niveaux élevés de dettes privée, publique et extérieure présentent un risque pour la croissance et un défi à relever pour le secteur financier », pointe la Commission européenne dans son dernier rapport. Selon diverses estimations, la dette totale espagnole, publique et privée, représente 300 % du PIB. Pour Joaquin Maudos, il est important que le désendettement ne se fasse pas brusquement, sinon les entreprises cesseront d’investir dans le tissu économique. Rodrigo Garcia de la Cruz estime que si la dette privée s’est réduite, il n’en va pas de même pour la dette publique. Joaquin Maudos plaide pour une réduction du poids de cette dernière dans les bilans bancaires. Jusqu’ici, investir dans les bonos (obligations d’Etat) était le filon idéal des banques pour se renflouer. « Les titres de dette publique leur rapportait entre 4 % et 5 % d’intérêts et la Banque centrale européenne (BCE) les finançait à des taux bien inférieurs », rappelle Rodrigo Garcia de la Cruz.

Malgré un taux de créances douteuses encore important (environ 13 %), les banques désormais recapitalisées ont réussi à renforcer leur « talon d’Achille » en réduisant « le volume de crédits aux promoteurs, qui a baissé de 52 % en 2009 », précise Rodrigo Garcia de la Cruz. Un processus mené à bien via la Sareb, la bad bank espagnole (pour les banques sauvées par l’Etat), ou via la vente de portefeuilles à des fonds d’investissement ou encore via des crédits aux particuliers prêts à acheter ces immeubles.

Sur le même sujet

A lire aussi