Entretien avec... Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan AM

« Nous n’avons pas revu fondamentalement notre allocation »

le 27/08/2015 L'AGEFI Hebdo

« Nous n’avons pas revu fondamentalement notre allocation »
Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan AM
(DR)

Le récent changement de politique de la Chine vous a-t-il amenés à revoir votre allocation ?

Non, nous n’avons pas revu fondamentalement notre allocation. Nous considérons que la réaction du marché, suite à la décision de la PBoC (Banque populaire de Chine) de modifier le calcul de la parité du yuan, est exagérée. Nous continuons de surpondérer les actions. C’est la seule classe d’actifs offrant un couple risque/rendement attractif. Les valorisations sont soutenues par des fondamentaux solides. Dans les thématiques d’investissement, la Chine reste un de nos marchés préférés en actions et en dette. Nous n’avons pas d’inquiétude majeure sur la croissance chinoise même si elle est peu brillante. Et si la PBoC se lançait dans une guerre des changes, ce qui n’est pas notre scénario, la Réserve fédérale américaine temporiserait son processus de normalisation de la politique monétaire, ce qui serait une bonne nouvelle.

Qu’en est-il des marchés de taux à la veille d’une probable hausse des taux américains ?

Ils risquent de pâtir de ce mouvement. Nous sommes globalement prudents sur les obligations souveraines des marchés développés. Elles sont chères et offrent donc peu de rendement. Le problème est que le peu d’argent à gagner risque d’être rapidement perdu en cas de vente massive, comme cela a été le cas sur les marchés euro en mai dernier. Aux Etats-Unis, nous jouons un aplatissement de la courbe dans la perspective de la hausse des taux court terme. Nous jouons surtout des produits à spread offrant un portage intéressant, comme le high yield européen et même américain malgré le secteur énergétique, ainsi que les obligations convertibles ou les titres de financières.

Les actifs des pays émergents sont particulièrement fragilisés par cette situation. Quel est votre positionnement ?

Nous sommes sous-pondérés sur les actions émergentes depuis de nombreux mois. Ces pays sont les principales victimes du ralentissement chinois. Le momentum conjoncturel est clairement négatif. Il n’y a qu’à regarder les indices PMI qui sont en grande majorité sous les 50, signalant une contraction de l’activité. Cette mauvaise conjoncture, alimentée notamment par la chute du prix des matières premières, a un impact négatif sur la capacité bénéficiaire des entreprises. De plus, la dépréciation marquée des devises rend encore plus compliqué de jouer ces marchés pour des investisseurs internationaux. En revanche, nous sommes « neutre » sur les dettes qui devraient profiter des réformes structurelles actuellement engagées par de nombreux pays, comme la Chine, bien sûr, mais aussi l’Inde et le Mexique, et devraient améliorer leur qualité de crédit.

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