Les matières premières agricoles plongent

le 30/10/2014 L'AGEFI Hebdo

Malgré les tensions en mer Noire, les bonnes récoltes en grains et oléagineux ont fait chuter les prix, au plus bas depuis 2010.

Les matières premières agricoles plongent
(Bloomberg)

Suivre l’évolution des prix des matières premières agricoles donne le tournis. Après un début d’année tonitruant, qui leur avait permis d’effacer une partie de la chute enregistrée en 2013, les cours ont à nouveau dégringolé à partir du mois de mai. Une baisse généralisée à l’ensemble des produits (blé, maïs, soja, coton et sucre). L’indice S&P GSCI Agriculture cède 12 % depuis janvier. Après une deuxième année consécutive de baisse, les grains et les oléagineux reviennent à leurs niveaux de mi-2010. « A part quelques exceptions comme en France en juillet, l’hémisphère nord n’a connu – chose rare – aucun incident climatique, explique Michel Portier, directeur d’Agritel. Cela a permis de réaliser des récoltes record. »

Sur la première partie de l’année, les prix avaient bondi de près de 20 % en moyenne. « Ce mouvement était trompeur, affirme Sylvain Berthelet, analyste gérant matières premières chez SMA Gestion. Les prix ont probablement été dynamisés par les tensions géopolitiques en Ukraine et en Russie, deux importants exportateurs de produits agricoles. » Michel Portier estime la prime de risque appliquée par le marché à 5 %. Malgré la persistance du risque géopolitique, les prix ont basculé à mesure que les conditions climatiques se confirmaient et que les estimations de production augmentaient. La production devrait atteindre un niveau record de 715 millions de tonnes pour le blé, selon les analystes de Société Générale CIB. « Tous les produits ont bénéficié de ces conditions climatiques clémentes, que ce soit les céréales ou les oléagineux », poursuit Sylvain Berthelet, avec, à la clé, des baisses depuis mai de 39 % pour le blé, 50 % pour le soja ou 42 % pour le maïs. Là encore, la production mondiale de maïs atteint un niveau record, dynamisée notamment par les bonnes récoltes aux Etats-Unis, et frôle pour la première fois le milliard de tonnes.

Retrait d’acteurs

« Vu qu’une grande partie des prix est exprimée en dollars, l’appréciation du billet vert de 10 % par rapport à l’euro tire aussi les prix à la baisse », ajoute Sylvain Berthelet. De plus, le risque de déflation en zone euro et les craintes de ralentissement en Chine n’ont guère contribué à soutenir les cours. « Si la croissance chinoise passe sous le seuil des 7 %, il faudra trembler sur les matières premières agricoles », avertit Michel Portier, tout en rappelant que l’Empire du Milieu représente à lui seul 60 % des échanges de soja, notamment. D’aucuns estiment même que la fin du supercycle est arrivée, y compris pour les produits agricoles.

« Si les prix ont nettement corrigé, un certain nombre de contraintes pourraient désormais freiner la chute, nuance toutefois Sylvain Berthelet. D’abord, le prix des terres, qui a fortement augmenté ces dernières années. La baisse de ces prix, si elle a lieu, prendra du temps. Ensuite, la poursuite de la hausse des rendements nécessitera des investissements importants qu’il faudra financer. » Si, à court terme, les analystes de Société Générale anticipent un nouveau train de baisse des prix à mesure que la période de récoltes touchera à sa fin, ils anticipent ensuite un rebond compte tenu de la dynamique de demande, qui reste fondamentalement soutenue. La tendance reste favorable sur le long terme, alors que la population mondiale continue de croître, que les besoins alimentaires sont plus qualitatifs, que les subventions diminuent (notamment en Europe avec la réforme de la PAC – politique agricole commune) et que les normes environnementales sont plus strictes.

Enfin, le marché, très volatil, n’est pas à l’abri, à court terme, d’un accident climatique, véritable facteur de l’évolution de la production et donc des prix. Le phénomène El Niño est particulièrement suivi par l’ensemble des acteurs du secteur. Ce dernier, qui revient tous les 2 à 7 ans, peut provoquer des dérèglements climatiques plus ou moins importants et affecter les récoltes. Selon l’institut américain IRI (International Research Institute of Climate) de l’université de Columbia, la probabilité que le temps soit plus sec cet hiver est de 65 % à 70 %. Et ce phénomène semble déjà avoir eu des conséquences en Inde, avec une mousson moins intense, mais aussi au Brésil. « Les emblavements de soja ne sont que de 10 %, ce qui est faible comparé aux 20 % réalisés à la même époque l’an dernier », illustre Michel Portier. De quoi affecter à terme la récolte et stimuler les prix.

Sur le même sujet

A lire aussi