Gestion indicielle

L’offre « smart beta » révolutionne les pratiques des gérants passifs

le 05/11/2015 L'AGEFI Hebdo

Plus qu’une simple innovation pour une industrie éprise de marketing, ces indices entraînent une modification de son « business model ».

Minimum volatilité, minimum variance, équipondération, multifacteurs… les investisseurs sont désormais confrontés à une autre facette de la gestion indicielle. Les très en vogue indices « smart beta » proposent de retravailler la pondération ou l’allocation d’un indice afin de… surperformer le marché. Des fonds indiciels ou des ETF (exchange-traded funds) qui battent le marché ? Le concept est pour le moins contre-intuitif et rejoint ni plus ni moins la mission assignée aux gérants actifs. Jusqu’à peu, la gestion passive représentait dans tous les esprits la moyenne des marchés. Aucun risque de réputation ne planait au-dessus de la tête des gérants indiciels, leur seul objectif étant de répliquer au plus juste l’indice sous-jacent. « Nous étions jugés sur la qualité de la ‘tracking difference’, la ‘tracking error’ et la liquidité de nos fonds », glisse Gaëtan Delculée, directeur de la vente institutionnelle ETF dans les pays francophones chez Lyxor. Vendre un ETF S&P 500, MSCI World ou CAC 40, « revenait à commercialiser un indice connu et reconnu, soit une marque, en quelque sorte », compare Noël Amenc, professeur à l’Edhec-Risk Institute et directeur général d’ERI Scientific Beta. Or en se logeant à la lisière de la gestion dite active, l’offre smart beta a poussé les maisons de gestion à revoir leur mode de commercialisation et à se doter de nouvelles technologies. « Il s’agit d’une allocation réalisée par une approche du risque, résume Emmanuel Monet, directeur commercial France et Luxembourg chez Amundi ETF, Indexing & Smart Beta. Ces ETF reprennent, au travers d’un indice, une technique ou une philosophie de gestion qui répond aux limites de la capipondération des ‘benchmarks’ traditionnels. »

Effort de décryptage

La première étape dans la création d’un produit, qu’il s’agisse d’un ETF ou d’un OPCVM non coté, consiste à sélectionner l’indice smart beta qui sera répliqué. « La maison de gestion devient ainsi le conseil de l’investisseur en défendant une théorie d’investissement au détriment d’une autre », met en lumière Noël Amenc. Or avant d’élire le promoteur d’indices qui sera proposé aux clients, les maisons de gestion doivent les examiner de près. « Nous avons passé beaucoup de temps en amont avec les fournisseurs d’indices pour, finalement, sélectionner MSCI sur le ‘smart beta’ », souligne Benoit Sorel, directeur Institutionnels chez iShares en France. D’autres se sont dotés d’experts en interne pour réaliser leurs propres indices. C’est notamment le cas de grandes maisons comme Goldman Sachs, JPMorgan mais aussi d’acteurs de moindre envergure comme Lyxor. Une équipe de quatre chercheurs emmenée par Thierry Roncalli, responsable de la Recherche, a été spécialement recrutée. A coup de modèles mathématiques, ces chercheurs définissent des stratégies conduites par des objectifs, comme minimiser les risques, maximiser la diversification au risque… et se penchent sur une nouvelle génération de smart beta : les indices de facteurs de risque qui isolent les moteurs de performances (facteurs) que l’on retrouve en gestion active, comme le faible risque (titres à faible volatilité), la valeur (titres sous-évalués), ou encore le momentum (titres ayant une dynamique positive du cours de Bourse).

Vendre des produits smart beta suppose donc de s’en donner les moyens. « Les modes de commercialisation ont dû aussi changer », relève Noël Amenc. Alors qu’il suffisait aux acteurs de l’indiciel de mettre en avant leur taille qui permettait d’optimiser les coûts, « la relation commerciale est désormais très proche de celle observée dans la gestion active, poursuit-il, avec une mise en avant de l’expertise et de la performance ». Pour preuve, en rendez-vous, les forces commerciales sont désormais accompagnées d’un spécialiste produit. Sorte de super commercial, le product specialist (L’Agefi Hebdo du 29 octobre) est un pont entre le vendeur et le gérant. Dans la même veine, iShares a scellé un partenariat avec MSCI. « Depuis 2012, année de lancement de notre offre Minimum Volatility, les équipes de MSCI sont à nos côtés dans l’explication des méthodologies auprès des institutionnels », illustre Benoit Sorel. Ne renonçant devant aucune innovation, certains promoteurs d’ETF ont même lancé des produits multifactoriels qui compilent tout ou partie des fameux « facteurs », type momentum, value, etc. Mais pour commercialiser cette allocation, il faut au préalable connaître les biais du portefeuille de son client. Une information parfois ignorée par l’investisseur lui-même. Les gestionnaires ont ainsi mis en place des outils d’analyse de ces grandes masses pour en déterminer les biais. IShares a ainsi recruté une équipe de consultants dénommée iPAS (Portfolios Analysis and Solutions) qui passe au peigne fin ces portefeuilles tandis que Lyxor a créé une plate-forme qui analyse la pondération de différents facteurs de risque d’un portefeuille. Promettre une surperformance a donc un prix pour ces promoteurs de fonds indiciels. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Complexe à mettre en place, ce segment de la gestion passive compte, à septembre, 98 fonds en Europe contre un total d’exchange-traded products qui excède 2.300 produits.

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