Dossier Marchés émergents

L’obligataire retrouve des couleurs auprès des investisseurs

le 15/05/2014 L'AGEFI Hebdo

Le marché redécouvre les mérites de cette classe d’actifs à la faveur de valorisations plus attractives.

L’obligataire retrouve des couleurs auprès des investisseurs
William De Vijlder, vice-président de BNP Paribas IP « Le concept de ‘Fragile Five’ n'existe plus vraiment, car l'Inde et l'Indonésie sont sorties du lot par le haut »
(DR)

L'alerte au cyclone s’est transformée en un gros orage sur la dette émergente. Tout juste un an après l’annonce de la fin prochaine du quantitative easing par la Réserve fédérale américaine, la situation des marchés de dette émergente semble se normaliser. Non sans que les investisseurs se soient fait des frayeurs. Les particuliers, notamment les clients des banques privées, sont massivement sortis des fonds l’an dernier, à hauteur de 14 milliards de dollars (12,2 milliards d’euros) au niveau mondial, d’après les statistiques EPFR Global-Bloomberg-JPMorgan. « Sur le marché, les flux sortants se poursuivent début 2014 à hauteur de 11,2 milliards de dollars [8 milliards d’euros, NDLR] sur quatre mois, dont 9,6 milliards de dollars [6,9 milliards d’euros] pour les ‘mutual funds’ et les ETF [exchange-traded funds], le solde étant représenté par les mandats, indique Brigitte Le Bris, directeur taux internationaux et devises de Natixis AM. Mais la tendance s’inverse avec des flux nets positifs depuis le mois d’avril. »

La classe d’actifs reprend des couleurs en termes de performance après une année 2013 décevante. « En hausse de 4,5 % sur les quatre premiers mois de l’année, la dette souveraine en dollars représentée par l’indice EMBI Global Diversified est l’une des classes d’actifs les plus performantes de ce début d’année », confirme Pierre-Yves Bareau, directeur de la gestion dette émergente de JPMorgan AM. Cette maison qui gère 35 milliards de dollars sur la dette émergente confirme l’intérêt renouvelé des investisseurs depuis peu pour cette classe d’actifs : elle affiche une collecte nette de 2 milliards de dollars sur les quatre premiers mois de l’année, après des flux nets positifs de 4,3 milliards de dollars en 2013.

Surplus de rendement

« Les valorisations ont baissé et sont désormais plus attractives. Le rendement de la dette souveraine en dollars atteint 5,5 %, et celui de la dette locale, 6,8 %, analyse Thomas Delabre, gérant dette émergente chez Amundi. Le ‘spread’ par rapport au taux à dix ans américain (2,6 %) est donc aujourd’hui plus attractif. » Car, dans un environnement de taux d’intérêt modérés dans les pays développés, les investisseurs continuent à apprécier le surplus de rendement procuré par la dette émergente. « Le marché redécouvre les mérites de la dette émergente dans un contexte d’amélioration des fondamentaux et de valorisations faibles, même si des problèmes structurels demeurent », constate William De Vijlder, vice-président de BNP Paribas IP.

Pourtant, des vents contraires continuent de souffler sur la classe d’actifs. « La principale menace vient des Etats-Unis. En cas de croissance très soutenue, la Réserve fédérale pourrait remonter ses taux d’intérêt plus tôt qu’anticipé par le marché », prévient William De Vijlder. Dans ce contexte, et après la dégringolade de nombreuses devises émergentes ces derniers mois, les sociétés de gestion privilégient la dette souveraine en dollars plutôt que la dette en devises. « Les devises émergentes ont atteint un niveau de ‘fair value’. Elles ne représentent ni un coût ni une opportunité dans leur grande majorité. Nous privilégions donc la dette souveraine en dollars. Par ailleurs, la dette d’Etat reste plus attractive que le crédit, car l’offre est plus rare et les ‘spreads’ plus attractifs » indique Pierre-Yves Bareau, chez JPMorgan AM.

Le raisonnement sur le change est analogue chez Natixis AM : « Les devises émergentes restent volatiles. Nous préférons la dette souveraine en dollars, mais nous investissons dans certaines devises en diversification », indique Brigitte Le Bris. Son équipe privilégie les pays affichant les spreads les plus élevés par rapport aux taux américains, comme certains pays d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine, au détriment des marchés asiatiques.

Chez Amundi, Thomas Delabre affiche une préférence pour la dette souveraine en dollars des « Fragile Five », les cinq pays émergents que sont l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Turquie : « Nous jouons la normalisation de leur prime de risque, qui a commencé depuis le début de l’année. Ces cinq pays ne présentent pas de risque systémique et leur valorisation est attractive. Le marché a eu des réactions exagérées, il faut en profiter. » Même biais positif en faveur de ces marchés chez BNP Paribas IP. « Le concept de ‘Fragile Five’ n’existe plus vraiment, car l’Inde et l’Indonésie sont sorties du lot par le haut. Ces deux pays figurent d’ailleurs parmi nos préférés pour la dette souveraine, aux côtés du Brésil, de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan », explique William De Vijlder. 

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