L’Irlande prête à dérouler le tapis rouge à la finance européenne

le 11/09/2014 L'AGEFI Hebdo

La perspective d’un Brexit pourrait permettre à Dublin de renforcer ses positions dans les services financiers.

L’Irlande prête à dérouler le tapis rouge à la finance européenne
Siège de l’IFSC à Dublin.
(DR)

Un article récent du Financial Times a mis le feu aux poudres : face à la création d’une union bancaire et à l’éventualité d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne - UE - (Brexit), des banques américaines, Bank of America, Morgan Stanley et Citibank, envisageraient l’Irlande comme une option possible pour la délocalisation d’un certain nombre d’opérations européennes. Dublin présente l’avantage d’être dans la zone euro, ce qui permet d’ouvrir le marché européen pour tous les produits bénéficiant d’un passeport.

Cette éventualité a immédiatement suscité une vague de scepticisme parmi un certain nombre de BFI à Londres. « Le référendum, s’il est organisé, n’aura pas lieu avant quelques années et s’il se produisait, les banques se tourneraient vers le régulateur afin de prendre conseil avant d’entreprendre toute démarche », indique une source dans une grande banque d’investissement. Le Premier ministre David Cameron a promis d’organiser un référendum d’ici à 2017 sur une appartenance renégociée du Royaume-Uni dans l’UE s’il était réélu au cours des élections générales organisées en mai prochain. Reste que l’Irlande, et Dublin en particulier, n’est pas novice en matière de services financiers. En 1987, Dublin s’est doté de l’International Financial Services Center (IFSC), un centre financier, réplique en miniature de la City avec ses 32.700 salariés dans différents secteurs de la finance et principalement la gestion, l’assurance, la banque ou encore le leasing d’avions. Installé depuis 1965 en Irlande, Citi y emploie ainsi 2.200 personnes dans sa filiale irlandaise et continue d’étendre et de développer CitiBank Europe plc, sa banque réglementée en Irlande. Depuis 2005, la banque américaine a également créé un centre de recherche et de développement à Dublin de 200 personnes (Citi Innovation Lab), qui a fait des émules : Merrill Lynch, Fidelity, Crédit Agricole et Aon y ont tous développé des laboratoires de recherche depuis. Autre acteur majeur, State Street est entré en sol irlandais en 1996 et emploie plus de 2.000 personnes dans ses bureaux de Dublin, Drogheda, Kilkenny et Naas.

Des atouts

Pas de quoi néanmoins comparer Dublin avec la City, pourvoyeuse de 1,4 million d’emplois dans les services financiers et siège de quelque 250 banques étrangères. Il n’empêche : la place de Dublin présente des atouts : la langue anglaise, une main-d’œuvre très qualifiée, l’existence d’une infrastructure technologique haut de gamme, sans oublier un taux d’imposition attractif de 12,5 % pour les entreprises qui a incité nombre de sociétés étrangères, en particulier américaines, à pratiquer la « tax inversion » au cours de ces dernières années. « J’aime à penser que l’offre proposée par l’Irlande est indépendante des facteurs extérieurs », explique Pat Lardner, directeur général de l’IFIA, l’organisation de représentation des fonds en Irlande. Le pays a su faire preuve de beaucoup de résistance au cours des années de crise : « Il faut bien séparer l’activité des banques domestiques en Irlande, qui ont bénéficié d’un sauvetage de l’Etat, de celle des secteurs de la finance internationale, qui ont continué à faire preuve de dynamisme », poursuit le directeur général de l’IFIA. Dans l’industrie des fonds, les actifs Ucits domiciliés en Irlande sont passés de 518 milliards d’euros à 1.082 milliards entre 2008 et mars 2014. Une transformation des relations entre le Royaume-Uni et l’UE pourrait néanmoins apporter un coup de pouce supplémentaire : « Si le Royaume-Uni devait sortir de l’UE, cela pourrait aussi créer pour l’Irlande une opportunité de renforcer sa position dans le secteur des services financiers, relève Brian Dillon, avocat associé au sein du cabinet Dillon Eustace. Bien que les entreprises londoniennes ne puissent pas émigrer en masse en Irlande, cela pourrait néanmoins servir de domicile à certains secteurs d’activité. » L’avocat rappelle au passage que les liens entre l’Irlande et le reste de l’Angleterre restent très serrés : « 46.000 ressortissants irlandais occupent des postes à responsabilité dans des compagnies britanniques et, avec plus de 1.000 vols hebdomadaires entre les deux pays, les relations commerciales sont toujours très dynamiques. »

Signe des temps : le gouvernement irlandais a nommé en juillet Simon Harris, un nouveau ministre qui sera notamment responsable de l’International Financial Services Center à Dublin. Une première pour l’Irlande qui se positionne ainsi officiellement comme pôle d’attractivité pour les banques étrangères.

International Financial Services Center (IFSC) en chiffres
- Création : 1987
- Abrite 500 entreprises
- Banques étrangères : 58
- Salariés : 32.700
- Pèse 7,4 % du PIB irlandais
- Contribue pour 2,1 milliards d’euros aux recettes fiscales 
du Trésor
- Couvre 5 % des activités de services financiers transfrontalières
 

 

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