L’impact du QE sur les actions est en partie dans les cours

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Aux Etats-Unis et au Japon, une forte hausse des indices boursiers a accompagné la mise en œuvre des politiques monétaires non conventionnelles.

Les politiques d’assouplissement quantitatif (quantitative easing, QE) menées jusqu’à présent aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon ont été bénéfiques aux actifs risqués, tout particulièrement aux actions, grandes bénéficiaires des largesses des banques centrales et de la taille enflée de leurs bilans (voir les graphiques). Au point que la corrélation QE - marchés actions apparaît comme un objectif recherché et parfois avoué des banquiers centraux qui mettent en œuvre les politiques non conventionnelles. La Banque centrale européenne (BCE) s’apprête à son tour à se lancer dans une opération de QE. Produira-t-elle un impact sur les Bourses européennes aussi puissant que le QE3 de la Réserve fédérale sur l’indice S&P500, les Abenomics sur le Nikkei et dans une moindre mesure la Banque d’Angleterre sur le FTSE ? On ne voit pas pourquoi « les actions européennes seraient les seules à ne pas profiter de la fête monétaire et à tirer parti des injections de liquidités », selon les stratégistes de Natixis AM.

L’impact du QE a toutes les chances d’être aussi visible, et peut-être plus, sur les marchés obligataires privés, les dettes d’entreprise investment grade comme le high yield. « Les différents épisodes de la politique non conventionnelle de la Réserve fédérale aux Etats-Unis, les trois QE et les deux Twists, ont vu clairement croître les multiples boursiers de 10 à 12 fois, pour les porter à 14 fois post-QE, soit 45 % de hausse, dans un contexte général de revalorisation des actifs risqués, les actions comme les obligations », explique Romain Boscher, directeur des gestions actions d’Amundi.

Le lien serait plus subjectif que mécanique. « Il repose pour beaucoup sur des croyances. La première version du QE américain a débouché sur la flambée des cours du pétrole. Vu la tendance actuelle des prix des matières premières, la probabilité de revoir un tel mouvement avec le QE de la BCE, est infime », estime Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC.

Baisse de l’euro

Les canaux de transmission du QE aux marchés financiers sont connus : d’un côté par les flux et les injections de la banque centrale, les investisseurs évincés des actifs sans risque que sont censées être les obligations souveraines, se portent sur les actions ; de l’autre, les QE s’accompagnent d’une forte dépréciation du taux de change ; la baisse de la devise accroissant les profits des entreprises cotées. Le succès d’un QE implique qu’une ou plusieurs devises importantes « acceptent » de s’apprécier de manière substantielle. Dans le cas du Japon, l’impact est passé principalement par la forte baisse du yen avec un recul important des prix à l’exportation et donc un gonflement des marges bénéficiaires des entreprises : « Un impact similaire, corrigé des couvertures de change, pourrait bénéficier aux grandes entreprises de la zone euro », poursuit Christian Parisot. « L’effet profit peut être très substantiel car en Europe, les bénéfices sont encore 40 % en dessous de leur niveau de 2006-2007. Le problème est que l’euro n’est pas la seule devise à entrer dans le jeu des dévaluations compétitives. Les devises nord-européennes et asiatiques sont aussi de la partie », observe Romain Boscher.

Sur les marchés financiers, rien n’est écrit d’avance. L’année 2014 en est un bel exemple : le consensus de marché n’avait pas prévu la poursuite de la baisse des taux d’intérêt à long terme et encore moins l’effondrement des cours du pétrole. Plusieurs causes pourraient faire que l’histoire de l’idylle entre les QE et les marchés actions ne se répète pas en Europe. « Nous avons eu un exemple de QE verbal de la part de la BCE en 2012. Les multiples boursiers sont passés de 9 à 14, donnant le sentiment que cet effet a déjà eu lieu », souligne Romain Boscher, pour qui « si l’effet multiples a déjà eu lieu, l’effet sur les profits est encore à venir ». L’histoire pourrait donc ne pas se répéter, mais plutôt bégayer.

Le lien serait plus subjectif que mécanique

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