L’Ecosse face au risque de son indépendance

le 24/07/2014 L'AGEFI Hebdo

La question de la monnaie et des recettes pétrolières de la mer du Nord sont au cœur des débats. Le « non » est donné gagnant le 18 septembre.

L’Ecosse face au risque de son indépendance
Chantier naval de Rosyth, sur la côte est de l’Ecosse.
(Bloomberg)

Prévu le 18 septembre, le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse se rapproche à grands pas. Si les derniers sondages ont accentué la victoire du « non », avec 45 % – comparé à 34 % pour le « oui » – à la mi-juillet, un certain nombre d’événements pourraient rééquilibrer le vote : « Il y a une grande incertitude concernant les jeunes électeurs de 16-17 ans qui votent pour la première fois », explique un économiste londonien. L’organisation d’événements sportifs (les Jeux du Commonwealth, à Glasgow) ou à caractère patriotique durant l’été, et en particulier les célébrations des 700 ans de l’écrasante victoire écossaise de Bannockburn sur les troupes anglaises, pourraient aussi avoir une influence.

En attendant l’issue du référendum, les analyses vont bon train sur les forces et les faiblesses d’une éventuelle Ecosse indépendante. Des statistiques récentes montrent que le PIB du pays avait retrouvé son niveau précédent la crise financière : « L’Ecosse est un pays riche dont le PIB par habitant, équivalent à 40.000 dollars si l’on exclut les recettes de la production de pétrole en mer du Nord, est comparable à celui du Royaume-Uni », confirme Frank Gill, directeur senior en charge des notations de pays européens chez S&P. « C’est aussi un pays ouvert dont les exportations représentent 45 % de l’économie, un pourcentage bien plus important que pour des pays comme la France ou l’Italie. »

Si le « non » l’emporte, l’Ecosse bénéficierait d’un transfert de pouvoirs, qui se traduirait par un transfert du contrôle et de la distribution des dépenses ainsi que d’une maîtrise de sa politique budgétaire. En revanche, une victoire du « oui » s’accompagnerait d’un certain nombre d’incertitudes : outre les questions sur le partage de la dette et des recettes énergétiques de la mer du Nord, la question monétaire fait débat. Rejetée à la fois par la Banque d’Angleterre et le gouvernement conservateur de David Cameron, l’hypothèse d’une union avec la livre sterling, qui a les faveurs du Scottish National Party (SNP) au pouvoir, semble avoir du plomb dans l’aile. Reste la possibilité d’une union avec l’euro ou encore la création d’une monnaie ex nihilo : « Si nous étions amenés à voter une Ecosse indépendante, l’évaluation du risque concernant l’adhésion de l’Ecosse à une union monétaire serait la même qu’elle se fasse en utilisant la livre sterling ou l’euro, explique Frank Gill. En revanche, la décision  par l’Ecosse de créer une nouvelle monnaie flottante serait considérée comme plus risquée, et susceptible de créer une prime de risque. »

Défaillances

Battre sa monnaie entraînerait la création d’une banque centrale, libre de gérer sa politique monétaire et d’être prêteur en dernier ressort pour les banques domestiques. Les agences de notation craignent que cette nouvelle banque centrale n’ait pas les ressources suffisantes pour supporter les défaillances d’un secteur bancaire dont les actifs représentent 12,5 fois le PIB écossais. A côté de l’inquiétude manifeste des milieux d’affaires, LBG (Llyods Banking Group) et RBS (Royal Bank of Scotland) restent discrètes sur leurs intentions. Pour les observateurs, une délocalisation de leurs opérations au sud de la frontière serait plus cohérente. Elle s’inscrirait dans le respect de la directive européenne sur la supervision prudentielle (95/26/EC) selon laquelle les banques sont contraintes d’aligner leur siège dans le pays où elles disposent du plus grand nombre d’activités. Si l’option du déménagement était retenue, cette période transitoire pourrait s’accompagner d’une évasion des dépôts, selon une note d’UBS évoquant une comparaison avec ce qui s’était produit lors de la scission entre la République tchèque et la Slovaquie en 1993, « les déposants retirant leur argent de la région géographique des banques qu’ils perçoivent comme la partie plus faible d’une union monétaire en fragmentation », indique la note.

Pour le reste du Royaume-Uni, les conséquences d’un « oui » à l’indépendance ne seraient pas non plus négligeables : « La crainte d’un Royaume-Uni perdant quelque 8 % de son PIB (130 milliards de livres), la contribution des actifs bancaires en Ecosse, le risque d’un envol des capitaux et l’incertitude sur les Gilts [emprunts d’Etat du Royaume-Uni, NDLR] pourraient secouer la livre », explique Neil Williams, économiste au sein de Hermes. Si la livre pourrait se déprécier de 7 % à 10 %, les économistes anticipent aussi la possibilité du recul de la date de la première hausse du taux directeur de la Banque d’Angleterre (BoE) après mai 2015. Autant dire que l’issue du référendum est attendue avec appréhension.  

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