La parole à...Richard Bruyère, managing partner d'Indefi

L'attrait du marché allemand de l'architecture ouverte

le 18/12/2014 L'AGEFI Hebdo

L'attrait du marché allemand de l'architecture ouverte
Richard Bruyère, managing partner d'Indefi
(DR)

Pour les sociétés de gestion pour compte de tiers, l’Allemagne fait partie des plus grands marchés concurrentiels d’Europe. Il apparaît particulièrement attrayant pour les sociétés de gestion à même de saisir les dynamiques concurrentielles en cours et de s’adapter aux spécificités locales fortes.

Une tradition établie

Les origines de l’architecture ouverte en Allemagne remontent au début de la dernière décennie. A l’instar d’autres pays en Europe (dont la France), celle-ci a bénéficié de l’essor du modèle de multigestion dans les grands groupes, mais également d’expériences de gestion conseillée à grande échelle au sein des réseaux bancaires (Citibank dès 2000, Commerzbank en 2001).

Après une phase de croissance ininterrompue jusqu’en 2008, le marché de la distribution de fonds a connu une période d’atonie. Les encours en architecture ouverte s’établissent aujourd’hui à 215 milliards d’euros (1). Tout semble désormais indiquer que le marché allemand entre dans une nouvelle phase, avec la reprise progressive des performances des marchés financiers et la levée partielle des hypothèques réglementaires.

De nouvelles dynamiques à l’œuvre

L’Allemagne est un marché de « fund sellers ». Ces derniers représentent près des deux tiers des encours en architecture ouverte, au contraire de la France par exemple, où les « fund buyers » sont dominants dans des proportions inversées. Cette caractéristique explique en grande partie l’impact déterminant des changements réglementaires (et notamment la directive MIF II et la question des rétrocessions) sur les évolutions du marché pour les sociétés de gestion.

A cet égard, on constate un relatif essoufflement des moteurs « historiques » de l’architecture ouverte (banques privées, réseaux bancaires et  conseillers en gestion de patrimoine indépendants) au profit de segments de distribution en forte croissance, tels que :

„les gérants de portefeuilles indépendants (2), qui bénéficient d’un afflux de clients fortunés quittant les banques traditionnelles ;

„les compagnies d’assurances, qui cherchent à promouvoir activement des solutions de placements en format unités de compte ;

„les plates-formes de distribution en ligne, de type execution-only, qui offrent des espaces transactionnels adaptés à l’investisseur final allemand.

Ces derniers sont les « nouveaux piliers de l’architecture ouverte ».

Vers une polarisation accrue des opportunités

Ces dynamiques clients s’accompagnent d’une polarisation accrue de la demande des distributeurs.

D’une part, ces derniers ont de plus en plus fréquemment recours à des fonds multiclasses d’actifs (les Vermögensverwaltungsfonds). Ce phénomène se vérifie au sein de tous les segments et tend à restreindre l’architecture ouverte à des produits de niche fortement différenciés. Cette migration de la demande alimente l’essor du segment des produits en marque blanche, qui n’est pas sans rappeler les spécificités du marché de la délégation de gestion institutionnelle, aujourd’hui presque intégralement intermédiée par le modèle du Spezialfonds hébergé par les Master KVG.

D’autre part, les produits à coûts réduits (ETF – exchange-traded funds – et/ou fonds indiciels) devraient accroître leur part du marché. Ils sont de plus en plus fréquemment utilisés par les allocataires d’actifs et représentent d’ores et déjà 25% des encours en architecture ouverte des fonds de fonds. De manière plus structurelle, leur poids devrait s’accroître dans le marché de la distribution retail, avec la migration des encours vers la sphère execution-only.

A l’instar des autres marchés européens, c’est bien ce double mouvement d’institutionnalisation du segment « wholesale », d’une part, et d'orientation accrue vers le grand public, d’autre part, qui nous semble former la matrice de la stratégie de développement des sociétés de gestion présentes dans le segment de la distribution externe pour les années à venir. Dans cette perspective, l’Allemagne fait figure de marché incontournable en Europe de par sa taille et la progression continue des encours (tirée par la croissance économique et le vieillissement de la population), à condition pour les sociétés de gestion d’être en mesure de s’adapter aux évolutions de la demande et aux « spécificités » locales, toujours très prononcées dans ce pays.

(1) Hors délégations de gestion au titre de partenariats stratégiques entre le distributeur et la société de gestion.

(2) ‘Registered investment advisors’ (RIA).

Les encours s’établissent aujourd’hui à 215 milliards d’euros

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