L'invité de L'Agefi... Charles Bouffier, directeur général délégué et directeur de la gestion chez Egamo

Les investisseurs institutionnels sont au pied du mur

le 19/02/2015 L'AGEFI Hebdo

Le QE crée une situation de confort et de visibilité sans précédent pour les agents économiques, ce qui met sous pression la gestion assurantielle.

Les investisseurs institutionnels sont au pied du mur
Charles Bouffier, directeur général délégué et directeur de la gestion chez Egamo

Le quantitative easing (QE) est une décision logique, mais néanmoins historique pour la zone euro. L’efficacité du QE sera évaluée sur les plans techniques mais aussi psychologiques : le programme de rachat de dettes souveraines en zone euro va démarrer alors que le QE de la Fed est arrivé à extinction, pour ce qui concerne les flux, fin octobre 2014. Notre QE intervient donc à un moment et dans une situation très différente de celle des Etats-Unis : les taux d’intérêt à long terme dans notre zone sont déjà à des niveaux historiquement bas, tant dans les pays core que dans les pays périphériques, notre reprise économique est déjà amorcée (avec des disparités fortes entre pays néanmoins) et les excédents de la balance courante de notre zone ont atteint 241 milliards d’euros à fin novembre 2014 sur douze mois. Cependant, sous l’effet de l’effondrement des prix de l’énergie, l’inflation constatée est déjà passée en territoire négatif. Par ailleurs, le financement de l’économie en zone euro est majoritairement bancaire, alors qu’il est davantage lié aux marchés aux Etats-Unis. S’il est probable que les banques européennes soient enclines à vendre les obligations d’Etat qu’elles détiennent à la Banque centrale européenne (BCE), engrangeant ainsi de confortables plus-values, l’inconnue demeure sur l’impact concret des dernières mesures en matière de distribution de crédit, alimentant l’économie réelle. Ce point devra donc être surveillé avec attention dans les prochains mois.

En revanche, les indéniables efforts de la BCE pour contribuer à améliorer la situation économique de la zone, aussi loin que les limites de son mandat le lui permettent, constitue a minima un facteur psychologique décisif d’encouragement et de confort pour tous les agents économiques. Au demeurant, jamais les taux d’emprunt pour financer un projet, pour les entreprises ou pour les ménages, n’ont été aussi bas et surtout, jamais la visibilité sur ces taux n’a été aussi forte.

A court terme, le QE met la pression sur les investisseurs institutionnels et les gestions assurantielles. Même si les rendements sur l’obligataire souverain et le crédit étaient déjà très bas avant l’officialisation du lancement du QE, la baisse des rendements s’est accélérée encore depuis le 22 janvier, sans même que la modification du paysage politique en Grèce et les négociations en zone euro afférentes viennent le moins du monde perturber cette tendance. Il faut désormais investir sur des échéances supérieures à 5 ans pour ne pas avoir un rendement négatif sur des obligations de l’Etat français et supérieures à 6 ans pour l’Etat allemand, une obligation de l’Etat espagnol à 10 ans est désormais assortie d’un rendement de 1,40 %, sur la base des conditions de marché récentes. Concernant les obligations d’entreprises émises en euros, l’indice représentatif du gisement Barclays Corporates traduisait au 2 février un rendement courant implicite de 0,93 %, toutes notations et maturités confondues.

Dans ces conditions, la problématique de réinvestissement des tombées dans la poche obligataire de portage des mandats assurantiels devient encore plus aiguë. Il en résulte la nécessité d’extraire davantage de performance dans le cadre des poches de diversification, les objectifs de rendement comptables, dépendants des besoins de chaque institution, demeurant inchangés, voire même se renforçant pour 2015, ainsi que l’environnement réglementaire Solvabilité 2, très pénalisant pour les classes d’actifs risqués, donc contraignant leur taille.

A court terme, la contrepartie des conditions de confort créées pour les agents économiques par la BCE est donc la pression, dans une certaine mesure même « la mise au pied du mur » des investisseurs institutionnels et des gestions assurantielles. A moyen terme en revanche, « l’échelle pour franchir ce mur » existe bel et bien, tant il est vrai que l’amélioration des conditions économiques globales en zone euro est conforme à l’intérêt collectif. Cette amélioration que chacun espère se traduira de manière bénéfique dans l’exercice opérationnel du métier de chaque institution. Elle produira, in fine, une remontée de l’inflation et/ou, en accompagnement ou en anticipation de la fin inexorable du QE, le moment venu, une remontée des taux d’intérêt, desserrant ainsi l’étau qui presse pour l’heure la gestion des réserves financières.

L’amélioration des conditions économiques en zone euro est conforme à l’intérêt collectif

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