L'avis de... Michel Martinez, chef économiste zone euro de Société Générale CIB

« Il ne faut plus se fier aux anciens modèles macroéconomiques »

le 19/02/2015 L'AGEFI Hebdo

« Il ne faut plus se fier aux anciens modèles macroéconomiques »
Michel Martinez, chef économiste zone euro de Société Générale CIB
(DR)

Baisses des taux d’intérêt, chute des cours du pétrole, dépréciation de l’euro… Peut-on miser sur un véritable sursaut de la croissance économique en zone euro ?

Il faut en attendre un coup de pouce, mais rien de sensationnel et surtout pas une baisse du chômage en zone euro. Sur la base d’une croissance potentielle d’environ 1 %, l’impact des facteurs que vous citez est estimé entre 0,5 et 0,7 point de PIB par an sur deux à trois ans, soit une vitesse de croisière d’un peu plus de 1,5 % en rythme annuel avec un plein effet en 2016. Les effets multiplicateurs existent, mais ils sont plus faibles qu’auparavant. Il ne faut plus se fier aux anciens modèles macroéconomiques qui prévalaient avant la crise de 2007-2008. Ils surestiment dans le contexte actuel les impacts économiques réels que l’on peut attendre, par exemple de la dépréciation de l’euro. Outsourcing et mondialisation des années 2000 ont fortement réduit la part de la valeur ajoutée produite en zone euro. De ce fait, la dépréciation de la monnaie européenne produit un impact plus faible sur l’activité économique qu’auparavant. Pour sa part, la baisse des taux d’intérêt est bien réelle, mais pour elle aussi, l’impact à en attendre sera moindre que dans le monde précédant la crise. Le désendettement du secteur privé a réduit singulièrement la demande de crédit et, de leur côté, les établissements bancaires réduisent la taille de leurs bilans pour pouvoir respecter les nouveaux ratios de capital et de liquidité demandés par le régulateur.

Alors, seule la baisse des cours du pétrole peut avoir une résonance immédiate et complète sur la conjoncture ?

La facture pétrolière va diminuer d’une vingtaine de milliards d’euros pour un pays comme la France, soit un effet cumulé sur deux à trois ans entre deux tiers et 1 point de PIB. Il serait naïf d’en attendre un effet mécanique de rétrocession intégrale au pouvoir d’achat des ménages. Les marges des entreprises vont en capter une partie ou encore, conséquence indirecte, les pays producteurs de pétrole vont réduire leurs importations en provenance des pays développés. L’un dans l’autre, les consommateurs européens devraient bénéficier de la moitié de la manne, soit 0,5 point de PIB sur deux à trois ans. Pas de quoi pavoiser.

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