Gestion alternative

Les heureux élus de la Sicav Emergence ont encore besoin d'elle

le 16/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Les gestionnaires sélectionnés au sein du compartiment Performance absolue saluent le gain de visibilité auprès des investisseurs.

La ligne d’arrivée, si elle existe, est encore loin. Il n’empêche. Le fonds de place Emergence, né début 2012 de la volonté d’accompagner l’éclosion de nouveaux champions français de la gestion d’actifs, tient pour l’instant promesse. Même si, comme le souligne son président Alain Leclair, « un à trois ans d’incubation constitue une période courte pour préjuger du potentiel à terme des incubés ». L'heure est à un point d’étape au sein du compartiment Performance absolue, composé de cinq gestionnaires (Eiffel Investment Group, Bernheim, Dreyfus & Co, KeyQuant, Rcube Asset Management et BlueHive Capital) ayant signé entre mai 2012 et mai 2014 un accord de partenariat passant par l’octroi pour chacun d’un capital d’amorçage ou seed money de 30 millions d’euros. Quelque130 candidats s’étaient présentés au guichet. Les lauréats ne regrettent pas les six longs mois de la procédure de sélection.

PDG d’Eiffel, Fabrice Dumonteil reconnaît « avoir eu la chance d’être le premier investissement d’Emergence à un stade encore précoce de notre développement ». Il note un « coup de pouce » non quantifiable en termes d’actifs sous gestion. Ces derniers ont, depuis l’incubation, triplé sur la stratégie concernée (150 millions d’euros), tandis que les actifs totaux faisaient plus que doubler à plus de 500 millions. Certes, le fonds dans lequel est investi Emergence affiche depuis son lancement fin 2011 une performance annualisée de 12 %. Si Emergence a « assis la crédibilité » d’Eiffel, Fabrice Dumonteil observe que le troisième anniversaire du fonds représente une date charnière pour que les consultants commencent à s’y intéresser de plus près. « Il est fort probable de ce fait que le montant de nos actifs sous gestion progresse de manière significative au cours des prochains trimestres », lance le dirigeant. Ce dernier n’en regrette pas moins que l’engagement d’Emergence soit prévu pour une durée initiale de trois ans : « Cela passe très vite, et conserver un peu plus longtemps ce bel investisseur serait un atout. »

Le montant des actifs sous gestion de KeyQuant a, lui, doublé à 140 millions d’euros depuis l’arrivée d’Emergence au printemps 2013. Cofondateurs de la société, Robert Baguenault de Viéville et Raphaël Gelrubin relèvent que le fonds de place a renforcé la visibilité de la société et permis le lancement du fonds Ucits inspiré de la stratégie originelle de suivi de tendances. Le soutien d’Emergence a autorisé la survie du fonds pendant une période très délicate pour la stratégie déployée, avant que la performance ne redevienne positive mi-2014. « Nous avons recruté un commercial Europe il y a six mois », précise Raphaël Gelrubin, qui indique « désormais concentrer davantage » ses efforts sur la région (40 % des actifs, dont 15 % pour la France, le solde provenant des Etats-Unis), avec le soutien du label Emergence. KeyQuant ne manque pas d’ambition, avec en ligne de mire un triplement des encours d’ici un an, selon Robert Baguenault de Viéville, pour qui l’« effet boule de neige partant des investisseurs déjà intéressés promet d’être fructueux ».

Un accompagnement actif

Cofondateur et responsable de la gestion de Rcube, Cyril Castelli se félicite d’une visibilité accrue «  au-delà de nos espérances » et du soutien crucial apporté par Emergence au lancement début 2014 du fonds Ucits Global Macro de la société. « Nous disposions d’offres concurrentes d’incubation en provenance de Londres », confie le dirigeant, qui a privilégié l’option Emergence « du fait de notre connaissance de New Alpha AM et pour le soutien d’une structure native d’Europe continentale, région où nous souhaitons développer en priorité notre clientèle ». La collecte n’a pourtant pas suivi, « en raison, explique Cyril Castelli, d’une performance décevante, et hors quelques millions issus de banques privées suisses sur le fonds Ucits ». L’objectif d’une performance annualisée de 10 % reste « parfaitement réalisable, et nous visons une amélioration dès cette année après une performance négative de -6 % en 2014 ». Le responsable, qui annonce pour le 1er mai le lancement d’un nouveau produit, purement quantitatif, se prévaut d’« un important réseau de 250 investisseurs potentiels », dont plusieurs n’attendraient qu’une performance louable pour rejoindre l’aventure. Le réseau est entretenu par l’envoi d’un document explicatif de chaque décision de gestion, soit à un rythme quasiment hebdomadaire. Cyril Castelli salue l’accompagnement d’Emergence, qui « nous a énormément aidés, sur la base notamment de points de gestion bimensuels ou de points commerciaux ».

Président du gérant délégataire d’Emergence, New Alpha AM, Antoine Rolland envisage, comme pour entretenir l’émulation, «  que parmi les cinq élus au sein du compartiment, deux au moins seront à l’avenir des grands noms de la gestion alternative en France, qui vont pérenniser leur activité. Pour les autres, il est encore tôt pour juger, mais le taux de réussite de deux acteurs sur cinq constitue déjà un succès ».

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