L'invité de L'Agefi... Andreas Utermann, codirigeant et global CIO d'Allianz Global Investors

« La gestion active est morte, vive la gestion active ! »

le 08/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Une nouvelle approche est nécessaire, fondée sur une offre de systèmes sophistiqués en matière de conseil en allocation et de gestion du risque.

« La gestion active est morte, vive la gestion active ! »
Andreas Utermann, codirigeant et global CIO d'Allianz Global Investors
(DR)

Certains spécialistes de l’industrie de l’asset management prédisent aujourd’hui la fin des sociétés de gestion active. Pourquoi ? Car après avoir généré des performances exceptionnelles pendant 30 ans, elles n’ont globalement pas réussi à surperformer leurs indices de référence depuis 2009. Les défenseurs de la gestion passive en profitent pour remettre en cause l’existence même de l’approche active.

En réalité, dans le contexte actuel de faiblesse des taux d’intérêt et de quête de surcroît de rendement des investisseurs, la gestion active est plus importante que jamais ! Les conditions des marchés financiers ont fondamentalement changé. Par le passé, les investisseurs pouvaient obtenir des performances à long terme élevées en misant sur la  progression naturelle des marchés, c’est-à-dire le beta. La surperformance (ou alpha) était en quelque sorte la cerise sur le gâteau. Aujourd’hui, en période de répression financière, c’est l’inverse : l’alpha est devenu la principale source de rendement et le beta vient s’y ajouter.

Ce nouvel environnement de marché implique un changement d’approche de la gestion active. Celle-ci doit plus que jamais se concentrer sur l’alpha. Cela signifie donc que la gestion de portefeuille doit être encore plus « active ». Comment ? En augmentant l’« active share » qui représente la somme des écarts entre les pondérations d’un portefeuille et celles de son indice de référence.

Pour les fonds d’actions classiques, il existe deux moyens d’accroître cette « active share ». Le premier consiste à opérer une sélection de valeurs restreinte. Le portefeuille étant plus concentré, cela engendre des divergences relativement importantes entre les pondérations du portefeuille et celles de l’indice de référence. Cette stratégie vise à générer une surperformance élevée. La seconde stratégie, inverse, consiste à opérer une sélection de valeurs très diversifiée. L’« active share » élevée résulte ici de la somme de nombreuses petites différences de pondération entre le portefeuille et l’indice de référence qui ne deviennent vraiment significatives qu’une fois agrégées. Cette stratégie n’a donc pas pour but d’obtenir l’alpha le plus élevé possible, mais d’enregistrer une surperformance stable.

En dehors de ces stratégies sur les fonds actions traditionnels, il existe d’autres stratégies actives prometteuses. On peut d’abord évoquer les stratégies non contraintes, qui n’ont souvent pas d’indices de référence, qui ne sont pas limitées en termes de taille, de secteurs ou de régions et qui permettent aux gérants de prendre des positions acheteuses, mais aussi vendeuses. Même si elles ne peuvent totalement s’affranchir des évolutions de marché, elles cherchent à générer de l’alpha.

Enfin, il est également possible d’obtenir un surcroît de performance en élargissant son univers d’investissement et en ayant recours à des investissements alternatifs. Englobant notamment les stratégies à « rendement absolu » et de hedge fund, ainsi que l’investissement dans les segments illiquides comme les infrastructures, l’immobilier ou les prêts aux entreprises, ces placements alternatifs apportent un potentiel de rendement intéressant et offrent une corrélation avec les catégories d’actifs plus traditionnelles faible ou nulle.

Je suis convaincu que nous allons assister à une différenciation accrue au sein du secteur de la gestion d’actifs au cours des prochaines années. Dans les classes d’actifs phares, les stratégies de gestion active classiques vont continuer de perdre du terrain au profit des stratégies passives. Les adeptes de la gestion active vont donc devoir se concentrer sur les stratégies décrites ci-dessus en offrant des systèmes sophistiqués en matière de conseil en allocation et de gestion du risque. Les gérants actifs ne deviendront pas des acteurs de niche pour autant ! Au contraire, le marché potentiel pour ce type de gestion est gigantesque. Les gérants qui sauront opérer cette transformation regagneront la confiance des investisseurs car ils seront en mesure de générer les performances que ces derniers exigent. Ils ne courent pas à leur perte, mais incarneront plutôt cette expression : « La gestion active est morte, vive la gestion active ! »

Se concentrer plus que jamais sur l’alpha

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