Gestion institutionnelle

Le fonds de pension japonais se redéploie à l'international

le 12/03/2015 L'AGEFI Hebdo

Le Government Pension Investment Fund (GPIF) se déleste des emprunts d’Etat domestiques et fait la part belle aux actions.

La nouvelle allocation d’actifs du Government Pension Investment Fund (GPIF), le fonds de pension japonais qui gère 137.000 milliards de yens (1.140 milliards de dollars), doit être effective en avril. A cette date, la part des titres souverains japonais du premier fonds de pension au monde ne devrait plus représenter que 35 % de son portefeuille, à comparer à 60 % en octobre 2014, au profit de titres étrangers et d’actions domestiques. La part des actions japonaises, par exemple, devra s’élever à 25 %, contre 12 % précédemment.

Une grande partie de la réallocation est d’ores et déjà réalisée. Fin décembre 2014, les emprunts d’Etat japonais ne correspondaient déjà plus qu’à 43,13 % du portefeuille du GPIF tandis que l’obligataire étranger, les actions étrangères et les actions japonaises en constituaient respectivement 13,14 %, 19,64 % et 19,80 %.

La Banque du Japon en contrepoids

L’anticipation de ce mouvement par les investisseurs explique-t-elle une partie de l’appréciation du Nikkei 225, de 7,7 % (au 2 mars 2015) depuis le 1er janvier et de près de 26 % en un an ? Il est vrai qu’il y a eu de « la spéculation avant l’annonce officielle de la nouvelle allocation du GPIF. Or, comme en pratique, cette transformation s’effectue progressivement, les effets globaux sur les volumes et les prix s’étaleront sur une longue période », commente Paul Chesson, responsable des actions japonaises chez Invesco Perpetual. Le gérant d’actifs estime que peu de gains « peuvent être gagnés en prenant des positions marquées avant l’introduction formelle des nouvelles pondérations ».

Tomohisa Fujiki, responsable stratégie de taux d’intérêt Japon chez BNP Paribas, observe quant à lui que « les statistiques actuelles suggèrent que les ventes de JGB (Japanese Government Bonds) et les achats d’actions venant des fonds de pension sont de bonne taille, une tendance probablement causée par la modification de l’allocation d’actifs du GPIF ».

« Jusqu’à la mi-janvier, les cessions agressives de titres souverains japonais de la part de fonds de pension ont dans l’ensemble été absorbées par d’autres acheteurs, dont les courtiers (’dealers’). Ces ventes importantes de titres d’Etat japonais sont d’ailleurs, sans doute, à l’origine de la tension obligataire notable qui a suivi l’émission de JGB à 20 ans le 22 janvier », précise Tomohisa Fujiki. Le jour de cette opération, le rendement du 20 ans a grimpé à 1,07 %, celui du 30 ans est monté à 1,29 %, et celui de l’emprunt de référence, le JGB à 10 ans, s’est établi à 0,32 %, contre encore 0,25 % la veille de l’émission. Il demeure toutefois en deçà de 0,46 %, son niveau du 31 octobre 2014, date de l’annonce officielle de la nouvelle allocation du GPIF, en même temps que celle du renforcement massif du programme d’achats d’actifs de la Banque du Japon (BoJ).

La décision de la banque centrale, concomitante à celle du GPIF, n’est guère anodine. La décision de l’autorité monétaire d’accélérer le rythme de ses propres achats d’obligations d’Etat japonaises, est « destinée à minimiser l’effet sur les marchés obligataires du changement de stratégie du fonds de pension domestique, qui menait auparavant une stratégie d’investissement ultra-conservatrice en donnant la part du lion aux actifs gérés passivement dans des fonds d’obligations », analyse Kwok Chern-Yeh, responsable de la gestion d’actifs Japon chez Aberdeen Asset Management.

L’intervention de la BoJ fournit une source de stabilité à court et à moyen terme. Ses acquisitions de titres souverains sont « si importantes qu’elles devraient continuer à produire une pression baissières sur les rendements des JGB », confirme Tomohisa Fujiki. En tout, la banque centrale va aider à absorber la vente de 30.000 milliards de yens d’obligations d’Etat.

Comment expliquer un tel bouleversement de la stratégie d’allocation du GPIF ? La nécessité de « délivrer un retour sur investissements plus élevé à long terme, afin de répondre à ses obligations de versements pour la retraite », expose Paul Chesson. Tandis que la cible d’inflation de 2 % de la BoJ « semble pour le moment échapper à la banque centrale, le fonds de pension national doit planifier pour répondre au dilemme d’une population croissante de retraités faisant face à une main-d’œuvre sur le déclin », résume Kwok Chern-Yeh. « Les perspectives des systèmes de retraite japonais sont basées sur des hypothèses macroéconomiques trop optimistes », confirme également Tomohisa Fujiki.

La modification radicale de l’allocation d’actifs du GPIF ne doit pas masquer le véritable problème de la société japonaise : l’inévitable réforme du système des retraites.

Le véritable problème de la société japonaise : l’inévitable réforme du système des retraites

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