Gestion indicielle

Les fonds indiciels classiques jouent la carte de la simplicité

le 05/11/2015 L'AGEFI Hebdo

Les ETF devraient prochainement dépasser les fonds indiciels ouverts en termes d’encours. Mais fonds et mandats conservent des atouts.

A peine quinze ans après leur lancement en Europe, les ETF (exchange-traded funds) sont en passe de dépasser les fonds indiciels classiques : d’après les statistiques de Morningstar, les fonds indiciels pèsent 465,2 milliards d’euros fin septembre, contre 438,6 milliards pour les ETP (exchange-traded products), composés à plus de 90 % d’ETF. Par ailleurs, les ETF ont collecté deux fois plus que les fonds indiciels depuis le début de l’année (voir le tableau). « D’ici quelques mois, les ETF pèseront plus que les fonds indiciels classiques. C’est le sens de l’histoire : aujourd’hui, l’innovation se concentre sur les ETF », analyse Hortense Bioy, directrice de la recherche en gestion passive pour Morningstar en Europe.

Mais les fonds ouverts ne sont pas l’unique alternative de gestion passive aux ETF, bien au contraire : ils servent avant tout de vitrine aux sociétés de gestion, qui commercialisent ensuite leur expertise via des mandats ou des fonds dédiés pour les grands investisseurs institutionnels. Les fonds ouverts ne sont donc que la partie émergée de l’iceberg. Et même si les projecteurs sont aujourd’hui braqués sur les ETF, ils conservent de nombreux atouts. « Les fonds indiciels ont l’avantage de la simplicité par rapport aux ETF », explique Hortense Bioy.

Ainsi, certains investisseurs institutionnels ne sont pas à l’aise avec le mécanisme de création/rachat de parts au sein des ETF, qui intervient en parallèle de la cotation en Bourse. Ils ont en revanche l’habitude d’utiliser des OPCVM classiques, indiciels ou non, au sein de leur allocation d’actifs. « La plupart des investisseurs institutionnels se positionne sur le moyen long terme. Ils n’ont pas forcément toujours besoin de la liquidité ‘intraday’ apportée par l’ETF, qui permet un usage très tactique », analyse Grégory Guerrand, investment specialist fonds indiciels et ETF chez Theam (groupe BNP Paribas).

La possibilité d’acheter et vendre un ETF en Bourse à tout moment de la séance est donc un atout pour ces produits sur le papier, mais peu utilisé dans la pratique. « Les deux tiers des ordres passés sur nos ETF SPDR en France sont exécutés hors Bourse à la valeur liquidative », constate Olivier Paquier, responsable SPDR ETF chez SSGA.

Autrement dit, ces clients achètent et vendent des ETF comme des fonds classiques, même s’il leur faut néanmoins passer par un broker. « Le choix entre un fonds indiciel et un ETF pour une même exposition peut se faire en fonction des contraintes de liquidité de l’investisseur, sachant que les frais entre les deux véhicules seront différents, ajoute Emmanuel Monet, directeur commercial France et Luxembourg chez Amundi ETF, Indexing & Smart Beta. Les ETF comportent en effet des frais de transaction prélevés par le ‘broker’, y compris lorsque le client souscrit à la valeur liquidative. »

Tarification adaptée

Autre argument en faveur des fonds indiciels, ils permettent aux sociétés de gestion de mettre en place une tarification adaptée par cible de clientèle. Ainsi, la part destinée au grand public est plus chargée en frais de gestion que celle réservée aux investisseurs institutionnels sous condition de souscription minimale. A l’inverse, l’ETF n’a qu’une part, donc une seule structure de frais. « Les clients institutionnels investissant pour le long terme peuvent préférer dans certains cas un fonds indiciel à un ETF, toutes choses égales par ailleurs, car il se peut qu’ils y trouvent une solution moins coûteuse en termes de frais de gestion », confirme Grégory Guerrand chez Theam.

L’argument prix est d’ailleurs essentiel dans le cadre des grands appels d’offres internationaux sur la gestion indicielle. Les sociétés de gestion proposent ainsi des mandats ou des fonds indiciels à prix très serrés, ce qui ne pourrait se faire dans le cadre d’un ETF standardisé. Par ailleurs, « le mandat permet d’intégrer des contraintes spécifiques à une gestion indicielle, explique Emmanuel Monet. Il peut s’agir d’exclure une région (MSCI World ex-Europe) ou un secteur, d’ajouter un filtre ISR (investissement socialement responsable) ou une contrainte de risque, etc. ».

Même positionnement fort sur les mandats chez SSGA : « Notre gamme de fonds indiciels couvre 36 indices de gestion classique. Mais nous gérons des mandats sur une large palette d’indice couverts ni par les fonds, ni par les ETF, et pouvant s’adapter à toutes les stratégies comme le ‘smart beta’ », complète Frédéric Jamet, directeur des investissements de SSGA. Le développement de la gestion passive passe donc certes par les ETF mais surtout par les mandats et les fonds dédiés.

« On observe une concentration des fonds indiciels ouverts : les gammes sont resserrées autour de produits pesant parfois plusieurs milliards d’euros, décrypte Frédéric Jamet. A l’inverse, l’univers des ETF présente une granularité beaucoup plus fine et couvre un très grand nombre d’indices. » Le développement des deux expertises est un atout pour les sociétés de gestion. « Ce n’est pas nécessairement le type de produits (ETF, fonds ou mandat) qui compte mais l’expertise de l’équipe sur les indices », ajoute Emmanuel Monet.

A lire aussi