Les entreprises cherchent du rendement pour leur trésorerie

le 19/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Conséquence de taux très bas, elles s’emploient à rallonger les durées de leurs placements sans sacrifier la liquidité.

Les entreprises cherchent du rendement pour leur trésorerie
(Fotolia)

Il y a beau temps que les financiers d’entreprise ont renoncé à prendre des risques avec leur trésorerie, mais les taux actuels les amènent tout de même à s’écarter des placements les plus liquides. « La grande tendance depuis 2012 est le transfert du monétaire court terme vers le monétaire euro, car, disposant actuellement de réserves de cash importantes, les entreprises cherchent à allouer une part de leur trésorerie sur un horizon plus long afin d’optimiser le rendement. Ainsi elles se positionnent davantage sur du monétaire à 3, 6 ou 9 mois : c’est le grand changement depuis dix-huit mois », indique Julien Daire, responsable crédit et monétaire chez CPR AM, dont les encours des fonds monétaires dépassant 10 milliards sont détenus à 25 % par des entreprises non financières. D’une durée moyenne de 6 mois, le fonds CPR Moné Carry a ainsi vu son encours passer de 3,4 milliards d’euros fin 2013 à 4,2 milliards actuellement. De fait, les trois fonds monétaires de CPR sur-performent chacun de 0,20 % l’Eonia en 2014, sur 1, 3 et 6 mois.

Certes, les comptes à terme des banques continuent de présenter un fort attrait, bénéficiant de la recherche de liquidité des banques dans la perspective des ratios Bâle 3.  « Il y a encore des rendements attractifs sur les comptes à terme dont les conditions ont été fixées quand les banques avaient de forts besoins de liquidité, mais ce mouvement s’assèche progressivement, indique Clotilde Daignes, directeur des ventes auprès des personnes morales à La Banque Postale Asset Management.

L’évolution des placements est en outre limitée dans la mesure où, pour être conforme à l’IAS 7, le gros de la trésorerie excédentaire des corporates reste sur du monétaire court terme et du monétaire. « Notre fonds de trésorerie (l’OPCVM court Terme : LBPAM Trésorerie) affiche une collecte nette positive depuis le début de l’année de 565 millions d’euros, pour un encours total de 7,4 milliards d’euros, indique Clotilde Daignes. Souvent, il est utilisé comme solution d’attente par des ‘corporates’ qui profitent depuis le début d’année des bonnes conditions d’émission obligataire. » Les souscripteurs obtiennent avec  LBPAM Trésorerie l’Eonia capitalisé +0,07 % annualisé sur les quatre premiers mois de l’année, avec une grande sécurité et une liquidité quotidienne. Autre solution toujours très conservatrice, un fonds comme LBPAM Eonia 3-6 mois s’adresse à la trésorerie stable des entreprises pour un placement sur un horizon de 3 mois minimum. « La rémunération annualisée obtenue s’élève en fait de janvier à fin avril à 0,35 %, contre 0,20 % pour l’Eonia », annonce Clotilde Daignes.

Risques périphériques

Le surcroît de rendement est aussi recherché via des investissements sur des risques en cours d’amélioration. « Nous privilégions depuis plusieurs mois dans nos investissements les émetteurs périphériques, sur des titres gouvernementaux et, plus récemment, sur des titres bancaires, indique Julien Daire. La révision de la notation de l’Espagne par Standard & Poor’s va nous permettre de réinvestir sur des noms comme BBVA ou Santander Consumer Finance, de retour dans l’univers éligible des fonds monétaires. »

Au besoin, la recherche de rendement amène les entreprises à sortir des placements monétaires purs. « Les fonds obligataires courts de type trésorerie longue sont étudiées au cas par cas par les entreprises avec leur commissaire aux comptes », indique Gilles Guez, responsable des gestions chez BFT Gestion. On observe un certain nombre d’entreprises qui examinent ces solutions, certaines sautant même le pas, dans le cadre d’une prise de risque rigoureusement encadrée. » L’offre de placement de trésorerie à 6 mois de BFT Gestion n’atteint pas moins de 1,4 milliard d’euros, un encours notable car le mouvement reste progressif : la préoccupation des entreprises continue d’être très axée sur le risque, à commencer celui de liquidité.

« Nous surveillons de près notre passif afin de répondre aux éventuels risques de sorties. Nous sommes par exemple susceptibles de voir des rachats de la part des banques devant satisfaire à leur ratio de liquidité court terme (LCR) ou d’investisseurs en quête de rendement, indique Anne Charlotte Ducos, gérante monétaire chez CPR AM. Nous privilégions les produits cessibles en valeur jour, les ‘repo’ assortis de ‘calls’ (option de rachat) à 24 heures, ou encore les formats ‘puttable’. » Ces investissements permettent de dégager un rendement supérieur aux produits monétaires à 3 mois tout en offrant des options de sortie. Une autre façon de s’assurer de la liquidité de leurs placements consiste pour les entreprises à miser sur des gros véhicules. « Dans les fonds monétaires, la prime à la taille représente un élément majeur, la capacité d’absorber les entrées et les sorties  constituant un gage de sécurité pour les investisseurs », estime Gilles Guez. 

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