Emploi américain, la Fed sort son stéthoscope

le 16/10/2014 L'AGEFI Hebdo

Le marché du travail reste délabré malgré la rapide diminution du taux de chômage.

Emploi américain, la Fed sort son stéthoscope
File de demandeurs d’emploi aux Etats-Unis en 2012. Beaucoup se sont depuis découragés.
(Bloomberg)

Plus que jamais, l’emploi est aujourd’hui la clé pour comprendre où en est l’économie américaine dans sa sortie de crise. Il est devenu l’indicateur majeur pour anticiper la politique monétaire de la Réserve fédérale et prévoir la première hausse des taux Fed funds. Après les classiques taux de participation, taux de chômage et taux d’emploi utilisés jusqu’à présent, les économistes et la Fed elle-même ont creusé le sujet plus en profondeur. Ils ont désormais recours à des indicateurs, dont un tout neuf, répondant à divers sigles comme NAIRU, JOLT, LMCI (voir le lexique).

Si ces indicateurs soulignent une amélioration du marché du travail, cette dernière reste beaucoup plus timide que la baisse du taux de chômage pourrait le suggérer. En franchissant un nouveau palier à la baisse en septembre (5,9 % de la population active contre 7,2 % en septembre 2013), « le taux de chômage se rapproche de l’estimation du NAIRU de la Fed, de 5,2 % à 5,4 %, explique Paul Mortimer-Lee, chef économiste Amérique du Nord de BNP Paribas CIB. Etant donné que le taux de chômage recule de 0,1 point de pourcentage par mois, le NAIRU pourrait être atteint début 2015 ». Or une fois passé sous le NAIRU, le taux de chômage est censé commencer à alimenter l’inflation, nécessitant une hausse des taux directeurs, elle-même étant censée mettre deux ans à produire des effets. La Fed ne devra pas être « behind the curve », ajoute l’économiste, c’est-à-dire réagir avec retard.

Adopter ce scénario tel quel serait aller vite en besogne. Un seuil du chômage à 6,5 % avait constitué précédemment une limite fixée par la Fed pour commencer à resserrer sa politique monétaire. Il n’en a rien été et les autorités monétaires ont décidé de recourir à d’autres indicateurs que le taux de chômage pour se faire une idée plus précise de l’état du marché du travail. Les données anti-NAIRU ne manquent pas : le taux de participation reste très en deçà des standards d’avant-crise, la hausse du dollar est synonyme de déflation importée.

JOLTS

Joseph Lavorgna, chef économiste Etats-Unis de Deutsche Bank, estime que la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, a besoin de voir les rapports JOLTS* compilés par le BLS (Bureau of Labor Statistics) continuer de s’améliorer pour faire prendre un tournant à la politique monétaire. Ce qui pourrait prendre du temps. Indicateurs retardés, les JOLTS sont faits de plusieurs statistiques : le taux d’embauche qui se situe bien en dessous de sa moyenne d’avant-crise, un taux de licenciement qui, après avoir été très élevé, touche ses plus bas historiques et enfin un taux de démission toujours faible au regard de sa moyenne de long terme. « Il manque plusieurs dixièmes de hausses aux embauches et aux départs volontaires pour conclure à un retour à la normale du marché du travail », prévient l’économiste de Deutsche Bank.

Le LMC index est-il devenu l’indicateur avancé des autorités monétaires ? se demande pour sa part Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC. L’indice que vient de créer la Fed est fabriqué à partir de 19 indicateurs d’emploi, parmi lesquels le taux de chômage dilué avec des enquêtes (JOLT, Conference Board), du ressenti des ménages et de froides données chiffrées. « Cet indicateur ne fournit aucune statistique supplémentaire. Il sera seulement moins volatil qu’un simple taux de chômage et il devrait donner une meilleure photographie du marché du travail », explique Christian Parisot. La banque de réserve de Kansas City a encore plus gros dans sa besace avec « un LMCI de 24 composantes », précise Michael Carey, chef économiste Etats-Unis de Crédit Agricole CIB.

C’est sans ambiguïté que le LMCI indique que le reflux du taux de chômage surestime l’amélioration du marché du travail. Si l’emploi se redresse, c’est avec une extrême lenteur et les stigmates de la crise sont loin d’être effacés. « Une différence significative entre la reprise actuelle et le passé est le haut niveau atteint par l’emploi à temps partiel subi et le chômage de longue durée », estime Michael Carey. « Les emplois créés restent précaires et mal rémunérés et sont souvent à temps partiel », observe Christian Parisot, pour qui toutefois « le sens de l’histoire est écrit : il est temps de sortir de la politique de taux zéro ». Les incertitudes entourant les mesures larges de l’emploi vont se dissiper petit à petit, avance Michael Carey : « La première hausse des taux d’intérêt de la Fed devrait avoir lieu l’été prochain. »

NAIRU, JOLTS et LMCI

NAIRU : non-accelerating inflation rate of unemployment.

JOLTS : job opening and labor turnover survey.

LMCI : labor market conditions index (un concentré de 19 indicateurs du marché du travail que vient de créer la Fed).

 

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