Une élection présidentielle à haut risque pour le Brésil

le 16/10/2014 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs font le pari de l’élection d’Aécio Neves, seul, selon eux, capable de réaliser les réformes structurelles nécessaires.

A l’instar de l’Inde, le Brésil cherche son « Modi ». La première puissance économique d’Amérique latine doit élire son président le 26 octobre. La bataille électorale se joue entre la présidente sortante Dilma Rousseff, du Parti des travailleurs, et le candidat du Parti social-démocrate (centre-droit) Aécio Neves.

« Cette élection est cruciale pour le pays mais aussi pour les investisseurs, affirme Patrick Mange, stratégiste marchés émergents chez BNP Paribas IP. On le voit bien dans la volatilité des marchés. A chaque fois qu’il y a des sondages, les taux, les actions ou la devise brésilienne peuvent fluctuer à la hausse comme à la baisse. » La qualification de Neves – qui se présente comme un candidat pro-business et pro-marché – pour le second tour a été perçue très favorablement par les investisseurs Depuis l’annonce des résultats, l’indice Bovespa de la Bourse de Sao Paolo a regagné 5 % ; le taux à 10 ans des emprunts d’Etat en monnaie locale a reculé de 60 points de base à 11,5 %, tandis que le real s’est apprécié de 2,5 % face au dollar.

Récession

Les défis structurels que devra relever le prochain président sont à la hauteur de la détérioration de la situation économique. Le Brésil est tombé en récession au premier semestre. Les économistes attendent une croissance de seulement 0,3 % en 2014, voire une stagnation pour les plus pessimistes. « Nous avons révisé nos prévisions pour 2014 et 2015 », indique Alexandra Wentzinger, économiste chez BNP Paribas qui prévoit une croissance nulle en 2014 et de 1 % en 2015, loin de son potentiel.

Si la consommation privée continue de s’affaiblir, en raison de l’endettement élevé des ménages et du niveau des taux d’intérêt, l’investissement s’effondre. Le Brésil accuse un quatrième trimestre consécutif de baisse. L’investissement a chuté de 5,3 %. « Il ne représente que 17,7 % du PIB, alors qu’il devrait être de l’ordre de 25 % pour assurer un rythme de croissance suffisant pour le pays, souligne Patricia Krause, économiste Amérique latine chez Coface. Cette détérioration de l’investissement s’explique par le faible taux d’épargne, le déclin de la confiance des entrepreneurs, la hausse des taux d’intérêt et l’incertitude liée à l’élection présidentielle. » Autre point noir, en dépit du durcissement de la politique monétaire (taux directeurs à 11 %), l’inflation continue de progresser au-dessus de l’objectif de la Banque centrale du Brésil à 6,75 % en septembre.

Le pays souffre d’un double déficit, « budgétaire, qui continue de croître à cause de la situation économique, et courant », note Patrick Mange. Le premier, qui s’élevait à 3,3 % en 2013, pourrait atteindre 4 % cette année, en raison d’une forte progression des dépenses publiques. Le solde courant devrait rester déficitaire (-3,7 %). Cette détérioration des comptes extérieurs est devenue structurelle depuis 2009, en raison de la forte progression des importations. « Le faible taux de chômage et les hausses régulières de salaires réels, associés aux mesures de relance budgétaire, ont encouragé un modèle de croissance basé sur la consommation et les importations », selon Alexandra Wentzinger. Un modèle aujourd’hui à bout de souffle qui ne peut plus compter non plus sur le boom des matières premières.

« Les investisseurs ont besoin d’un choc de confiance, relève Maria-Laura Lanzeni, responsable risques souverains sur les marchés émergents chez Deutsche Bank Research. Pour cela, il faut que le prochain gouvernement assure une plus grande stabilité économique, s’engage sur un objectif budgétaire crédible, ouvre les secteurs au privé et que la banque centrale se fixe de réels objectifs d’inflation. » Ils attendent aussi du nouveau président une plus large ouverture du pays. « Le Brésil n’a jamais été un eldorado pour les investisseurs étrangers, avance Charles-Henry Chenut, associé fondateur du cabinet d’avocats Chenut Oliveira Santiago. Certes, comparé à d’autres marchés émergents, il offre une garantie démocratique, une attractivité économique dans des domaines d’activité variés, une sécurité juridique et une proximité culturelle. Mais le ticket d’entrée est très cher. » La raison : un système bureaucratique lourd. « Indépendamment du vainqueur, des ajustements seront nécessaires d’abord pour combattre l’inflation avec de nouvelles hausse de taux, ensuite pour stimuler la croissance à moyen terme avec une relance des investissements en infrastructures », indique Patricia Krause. « Le Brésil détient d’importantes réserves de change assurant aux politiques un bon amortisseur pour mettre en œuvre les réformes », estiment les stratégistes de Goldman Sachs AM. Fin septembre, elles s’élevaient à 375,5 milliards de dollars.

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