Entretien avec... Nathalie Janson, professeur d’économie à la Rouen Business School et à Sciences Po Paris

« Le dollar reste la seule monnaie dominante »

le 19/02/2015 L'AGEFI Hebdo

« Le dollar reste la seule monnaie dominante »
Nathalie Janson, professeur d’économie à la Rouen Business School et à Sciences Po Paris
(DR)

Comment analysez-vous la récente dépréciation de l’euro ?

La baisse de l’euro face au dollar est mue par deux facteurs. Elle est d’abord une conséquence de la divergence des politiques monétaires menées des deux côtés de l’Atlantique en réponse à l’écart de croissance entre les deux régions. Mais cette dépréciation est plus fondamentale. L’euro reste une monnaie en cours de construction. Ce n’est pas encore une monnaie internationale contrairement au dollar qui est la devise dominante sur les marchés financiers et dans les échanges internationaux. De sorte que lorsqu’on analyse les évolutions du billet vert, il faut toujours nuancer ses variations car c’est une monnaie toujours demandée.

Cela veut-il dire que le dollar est la seule monnaie dominante ?

Oui. Pour l’heure, elle n’est pas concurrencée par d’autres. Prenez l’euro. Les banques centrales du Moyen-Orient ou d’Asie ont certes augmenté la part de l’euro dans leurs réserves. Mais ce n’est pas un phénomène de fond, qui s’est d’ailleurs inversé ces derniers mois. De son côté, le renminbi est encore loin de devenir une monnaie de référence. Et ce n’est pas parce qu’elle est de plus en plus utilisée dans les échanges qu’elle va le devenir. Avant tout, il faut convaincre que c’est une devise attractive. Le dollar est la monnaie dominante sur les marchés financiers car il n’y a pas de marché aussi liquide et profond. Dans la zone euro, par exemple, nous n’avons pas les mêmes canaux de financement. Cela passe en grande partie par les banques. Le financement de marché reste limité. Reste le franc suisse. Son statut de monnaie refuge tient en grande partie au secret bancaire. Mais cela évolue.

La situation actuelle de taux négatifs dans un certain nombre de pays est-elle inédite ?

Oui. Nous avons eu des périodes de déflation mais les taux d’intérêt n’étaient pas forcément négatifs sur des périodes longues car dans l’ancien système basé sur l’étalon or, c’était le niveau prix général des prix qui s’ajustait à la baisse. Le système monétaire actuel repose sur la monnaie papier qui est manipulée par les banques centrales. Cela explique pourquoi nous sommes en déflation malgré le gonflement de la base monétaire. L’inflation est transférée essentiellement aux actifs financiers. Le problème est qu’en faisant cela, on construit une reprise aux pieds d’argile. La monnaie n’est pas neutre sur l’économie. Quand les taux sont trop manipulés, les entreprises sont amenées à prendre des décisions d’investissement qu’elles n’auraient pas prises avec des taux non manipulés. Le réveil risque d’être difficile quand on sortira de ces politiques monétaires très accommodantes. Dès que les taux remonteront, on verra que les projets ne sont pas rentables.

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