Rencontre avec... Barbara Novick, vice chairman de BlackRock

« La désignation n’est pas un outil approprié dans la gestion d’actifs »

le 04/06/2015 L'AGEFI Hebdo

« La désignation n’est pas un outil approprié dans la gestion d’actifs »
Barbara Novick, vice chairman de BlackRock
(DR)

Blackrock vient de publier sa réponse à la consultation du Financial Stability Board* (FSB). Vous protestez contre son approche qui consiste à désigner des SIFI. Pourquoi ?

Nous estimons que la désignation n’est pas un outil approprié dans la gestion d’actifs. Les régulateurs devraient d’abord examiner les risques qu’ils souhaitent prévenir, et alors seulement identifier les mesures de prévention. Désigner des sociétés risquées, définies comme telles de par leur taille, et devant être davantage contrôlées, relève du modèle de la réglementation bancaire. Nous ne pensons pas que cela soit la bonne approche en asset management.

Que se passerait-il si une société de gestion était désignée SIFI ?

De l’arbitrage réglementaire : les investisseurs pourraient transférer leurs fonds chez un autre asset manager et ainsi déplacer le risque. L’autre approche, qui consiste à réguler les produits ou les pratiques, est beaucoup plus efficace. Les régulateurs devraient examiner l’ensemble des véhicules d’investissements, tels que les mutual funds, les hedge funds, etc., et les pratiques, comme le prêt-emprunt de titres, dans tout l’écosystème qui inclut les propriétaires d’actifs et les gérants.

Vous estimez que les canaux de transmission évoqués par le FSB ne sont pas applicables à l’asset management. Mais qu’en est-il du risque de retraits massifs ?

Une régulation globale des produits a du sens. En ce qui concerne les retraits par exemple, le régulateur pourrait développer une boîte à outils, incluant des « gates », des « swing prices » (déjà en place dans certains cas). Mais il faut avoir à l’esprit que cette crainte de retraits massifs des produits obligataires fait fi du contexte et des contraintes des investisseurs. Les investisseurs institutionnels ne changent pas souvent leur allocation, puisqu’ils auraient à réinvestir ces fonds, ce qui a un coût.

Qu’en est-il du levier ?

C’est un critère important à suivre. Chaque régulateur a sa propre définition du levier. Il faut une harmonisation globale de la définition. La meilleure est probablement celle inscrite dans la directive AIFM. AIFM regarde les engagements, c’est-à-dire les positions en dérivés, et les couvertures. Nous estimons que c’est une définition exacte de l’exposition économique.

Les ETP (exchange-traded products) sont aussi un souci…

Nous réclamons depuis des années une meilleure classification des ETP. Il y a de nombreux produits, très différents. Mais les plus risqués ne sont pas les plus grands. Nous avons besoin de créer un label et revoir la structure de certains ETP (à effet de levier, inversés...).

Propos recueillis par Marion Leblanc-Wohrer

*Second consultative document on assessment methodologies for NBNI G-SIFIs.

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