La dépréciation de l’euro doit s’accentuer pour être efficace

le 15/01/2015 L'AGEFI Hebdo

S’il a accéléré son repli face au dollar, la baisse du taux de change effectif reste limitée. Sa dévalorisation doit se poursuivre pour avoir un réel effet sur l’économie.

C’est l’un des faits marquants de ce début 2015. L’euro a accentué son repli, atteignant un plus bas de 9 ans, à 1,1754 dollar. Un mouvement amplifié par la faiblesse de la liquidité. Certains spécialistes des changes, à l’instar de Nordine Naam chez Natixis, ont même déjà ajusté leurs prévisions : « Compte tenu des incertitudes monétaires et politiques plus importantes qu’initialement prévu, nous avons revu nos prévisions sur la parité euro-dollar avec un point bas à 1,12 dollar en juin 2015 et un niveau de 1,15 dollar en fin d’année. »

Les derniers indicateurs publiés en zone euro ont conforté les opérateurs dans leurs paris d’une baisse de l’euro face au dollar, sur fond de retour du risque politique en Grèce. Si les données d’activité témoignent de la fragilité de l’économie européenne, l’attention du marché se porte surtout sur l’évolution des prix et sur le risque de déflation. Pour la première fois depuis 2009, l’inflation est devenue négative en rythme annuel en décembre (-0,2 %). Une baisse des prix essentiellement due à celle des cours du pétrole. Cette tendance devrait perdurer encore plusieurs mois, selon les économistes, compte tenu du déséquilibre persistant entre une offre abondante de brut (de l’Opep mais aussi des Etats-Unis et de la Russie) et une demande plus faible (en raison notamment du ralentissement de la croissance chinoise). Le plus inquiétant est la chute des anticipations d’inflation depuis l’été à désormais près de 1,5 % selon le swap d’inflation à 5 ans. Pour éviter la spirale déflationniste, la Banque centrale européenne (BCE) devrait lancer un programme de rachat d’actifs large, incluant les dettes souveraines. De plus en plus d’opérateurs tablent sur une annonce dès la prochaine réunion le 22 janvier. Avec pour conséquence une pression encore plus marquée sur l’euro.

Fuite des investisseurs

Ce d’autant qu’à l’inverse, aux Etats-Unis, les derniers chiffres confirment la reprise de l’économie, avec en ligne de mire une normalisation de la politique monétaire. Cette divergence économique et de politique monétaire explique en grande partie l’appréciation du dollar face à la monnaie unique. La baisse des cours du pétrole (libellés en dollars) entraînant également une appréciation de la devise américaine. Autre catalyseur de la baisse : la fuite des investisseurs face à l’euro et notamment des banques centrales qui ont nettement réduit la part de la monnaie unique dans leurs réserves au cours du troisième trimestre 2014, la BCE ayant ramené ses taux directeurs près de zéro. Selon les dernières données publiées par le Fonds monétaire international (FMI), les banques centrales se sont délestées de 100 milliards d’euros entre juillet et octobre dernier. Elles ont mis un terme à un mouvement d’augmentation de l’euro dans leurs réserves qui revient à 22,6 %, son plus bas niveau depuis 2002. Le dollar reste la devise de référence avec 62,3 % des réserves.

La dépréciation de l’euro doit permettre à l’économie européenne d’éviter la déflation. Cette baisse de l’euro est aussi vue comme une bouffée d’oxygène pour les entreprises exportatrices. Selon Amundi, une baisse de la devise de 10 % accroît de 10 % les bénéfices des entreprises européennes. Attention, car il s’agit d’une baisse du taux de change effectif réel et non pas de la parité euro-dollar. « Le taux effectif n’a pas autant corrigé que l’euro-dollar… face à la prudence, voire l’action des autres banques centrales », indique Nordine Naam. Il n’a baissé que de 7 % (15 % face au dollar). Ce taux effectif tient compte de la part de chaque devise dans les échanges commerciaux de la région avec le reste du monde. Or comme le rappellent les économistes de Candriam, il est peu probable que les pays asiatiques acceptent de voir leur monnaie s’apprécier fortement. Il en va de même pour d’autres pays comme la Suède. Ce qui explique la moindre baisse de l’euro en taux de change effectif. « La BCE souhaite clairement une devise plus faible pour stimuler l’inflation. Mais de nombreux pays, représentant environ 40 % des échanges de la zone, ne veulent pas voir leur monnaie s’apprécier contre l’euro ou se déprécier face au dollar. Cela signifie que si la zone euro vise une dépréciation de 15 % de son taux de change effectif (la même que le dollar pendant les ‘quantitative easings’ américains), l’euro devra baisser de 33 % face au dollar », expliquent les stratégistes sur les changes de HSBC. L’euro devrait donc revenir sous la parité. En octobre dernier, les stratégistes de Deutsche Bank avaient évoqué un cours de 0,95 dollar à l’horizon 2017.

La divergence économique et de politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique soutient l’appréciation du dollar contre l’euro.

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