L'invité de L'Agefi... Martin Harvey, gérant obligataire chez Threadneedle Investments

La délicate course d’obstacles du nouveau gouvernement Valls

le 16/10/2014 L'AGEFI Hebdo

Nous devons être conscients des risques face aux perspectives de croissance décevantes et aux tensions politiques.

La délicate course d’obstacles du nouveau gouvernement Valls
Martin Harvey, gérant obligataire chez Threadneedle Investments
(DR)

La situation économique de la France reste moribonde. Sans croissance, le pays n’atteindra pas ses objectifs de déficit du budget de l’Union européenne l’an prochain, la courbe du chômage est loin d’être inversée et le nombre de demandeurs d’emploi continue d’augmenter (de près de 1 % en juillet). La nomination d’Emmanuel Macron pour succéder à Arnaud Montebourg au ministère de l’Economie semble plus favorable aux entreprises. Cependant, cet apparent changement de direction a causé de fortes divisions au sein du gouvernement et a ajouté une crise politique aux maux économiques dont souffrait déjà le pays.

Les derniers développements en France mettent en lumière les tensions politiques associées à une économie stagnante, alors que les ministres ont du mal à s’entendre sur le meilleur compromis entre la poursuite de la croissance et les mesures qui réduiraient les dépenses de l’Etat. Le rythme de l’assainissement budgétaire n’a pas été aussi agressif en France que dans d’autres pays ; en effet, les dépenses du gouvernement continuent de contribuer positivement à la croissance économique, c’est pourquoi de telles querelles politiques sont un subterfuge. Le poids de l’Etat dans l’économie est trop important, le niveau des dépenses publiques figure parmi les plus élevés au monde, atteignant 57 % du PIB. Le vrai problème pour l’économie française est un manque chronique de potentiel de croissance. Cela est accentué par le fait que les réformes nécessaires pour contrer la stagnation sont des mesures à la fois sur le long terme et impopulaires. Le soutien de la population n’est certainement pas quelque chose que le président de la République possède à ce stade.

Plus largement, la difficulté à assainir les comptes pourrait causer d’autres désaccords au niveau européen, et le fait que Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), soit favorable à une plus grande flexibilité financière pourrait mettre de l’huile sur le feu.

Dans sa déclaration de septembre, Monsieur Draghi avait dépassé une fois de plus les attentes du marché, soulignant à la fois son engagement à éviter la déflation et accentuant les préoccupations du marché quant aux perspectives d’inflation et aux problèmes économiques encore à résoudre en Europe. Après tout, la baisse des taux d’intérêt, le rachat d’ABS* et de covered bonds et les opérations de TLTRO** démontrent un engagement politique assez grand pour renforcer la confiance dans la capacité de la BCE à remplir son mandat. Cela marque le début de l’assouplissement quantitatif en Europe mais sans aller dans la voie plus traditionnelle des achats d’obligations souveraines.

Si la promesse de la BCE d’effectuer des achats d’ABS nous a rassurés, nous doutons davantage de l’efficacité des baisses des taux d’intérêt. En effet, cela fait maintenant longtemps que ces derniers sont bas en Europe, sans que l’économie ou l’inflation aient été stimulées. Il convient de s’assurer que le mécanisme de transmission permettant de diffuser la liquidité de la BCE à l’économie réelle est bien en place. Etant donné que certaines des mesures prises par la BCE avaient déjà été annoncées, nous n’anticipons pas d’incidence radicale. Mais tout cela ne résout pas les problèmes de la France et met en avant les réformes que doit effectuer le nouveau gouvernement de Manuel Valls.

Malgré les perspectives de croissance décevantes et les tensions politiques, le marché français des obligations d’Etat se maintient et les investisseurs semblent heureux d’accepter les risques structurels à long terme contre un peu plus de rendement par rapport aux Bunds allemands. Mis à part les retombées politiques et une nouvelle fracture dans le court terme, il est probable que le marché des obligations reste calme et que la « quête de rendement » des investisseurs se poursuive. Cependant, nous devons être conscients des risques que, compte tenu des problèmes actuels et de l’absence apparente d’une solution centriste et de reprise de l’économie, l’électorat français continue à osciller vers les extrêmes à droite comme à gauche. Cela risquerait de provoquer d’autres problèmes pour les institutions européennes. 

*Asset-backed securities.

**Targeted longer term refinancing operations.

L’électorat français continue à osciller vers les extrêmes à droite comme à gauche

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