L'invité de L'Agefi... Charles Bouffier, directeur général délégué d’Egamo

Les défis de 2015

le 18/12/2014 L'AGEFI Hebdo

Les derniers paravents identifiés pour 2014, exogènes à l’économie réelle et parfois anxiogènes, sont tombés en l’espace de quelques jours.

Les défis de 2015
Charles Bouffier, directeur général délégué d’Egamo
(DR)

En zone euro, le résultat des AQR (asset quality review) a été publié comme prévu le 27 octobre et a permis de lever les dernières incertitudes concernant la capacité du système bancaire de la zone euro à accompagner une reprise économique que chacun souhaiterait plus vigoureuse. Alors que les conditions de la distribution du crédit commencent à manifester des signaux encourageants, la deuxième tranche de TLTRO (targeted longer-term refinancing operations) a été ouverte en décembre, permettant d’avancer sur le chemin du rétablissement d’un financement efficient de l’économie réelle. La Banque centrale européenne (BCE) a par ailleurs réaffirmé le 6 novembre son engagement, à l’unanimité de ses membres, à augmenter la taille de son bilan pour soutenir l’activité et le niveau de l’inflation dans les prochains mois, au besoin par de nouvelles mesures. Les rounds de négociations budgétaires en zone euro, ont finalement abouti à des compromis, tenant compte d’un environnement conjoncturel décevant, tout en maintenant inchangées les règles du Pacte de stabilité.Aux Etats-Unis, la Fed a officiellement annoncé la fin de son programme de quantitative easing, au terme d’une communication déployée méthodiquement depuis plusieurs mois. Celle-ci a permis d’accoutumer progressivement et avec succès les marchés à cette perspective de « retour à la vie réelle ». Alors que depuis l’été, l’ambivalence de certaines données macroéconomiques et les tensions géopolitiques avaient poussé les classes d’actifs de diversification dans une phase de correction parfois abrupte, le discours du FOMC, attendu, a rassuré les marchés et inauguré un rebond vif et généralisé, moins attendu, affectant même l’obligataire souverain core, y compris américain.

Au Japon, l’annonce de l’accroissement du quantitative easing de la Banque du Japon ainsi que les modifications d’allocation stratégique du Fonds de pension gouvernemental GPIF ont répandu mondialement une vague d’optimisme « synthétique », objectivement déconnectée de la réalité des données macroéconomiques immédiates.

L’exercice 2014 se terminerait donc sur le constat d’une absence de choc financier majeur. Les réalisations présentent cependant des différences, tant pour les points positifs que pour les points négatifs, par rapport au consensus des marchés et des grandes institutions internationales du début de l’année.

Ainsi, concernant d’abord la zone euro, la croissance et l’inflation seront beaucoup plus faibles que prévu par le Fonds monétaire international, la BCE et la Commission européenne. Concernant les émergents, en sens inverse, le risque systémique initialement esquissé s’est effacé au profit d’une situation mitigée, dominée par le ralentissement de la Chine, mais avec une situation globalement sous contrôle et avec, dans l’ensemble, des banques centrales crédibles. Les Etats-Unis ont finalement cheminé, avec des à-coups, plutôt vers le seuil bas des anticipations de croissance, mais en surprenant favorablement en matière de réduction du chômage.

Dans cette phase de transition et d’ajustement systémique dans laquelle se situe l’économie mondiale, consécutive à une crise d’ampleur historique, les prévisions macroéconomiques peuvent naturellement moins se fonder sur l’analyse du passé et doivent davantage intégrer ou supposer des modifications inédites du comportement des agents.

Le supplément d’incertitudes induit est une source de volatilité supplémentaire pour les marchés. L’humilité nécessaire à l’analyse rationnelle de ces données évolutives ressort renforcée, elle s’accompagne d’un effort de compréhension des nouveaux mécanismes économiques qui peu à peu se mettent en place, et de leurs conséquences financières. Les mécanismes de formation des prix revêtent en particulier une importance capitale, au même titre que les effets d’un chômage durablement élevé ou de la révolution des technologies de l’information.

Aussi près de la fin de l’année fiscale, il est peu vraisemblable que des mouvements de réallocation entre classes d’actifs soient initiés, les marchés vont plutôt s’acheminer vers la période de nettoyage de bilan, source de volatilité technique dans le cadre d’une liquidité erratique.

L’année 2015 en revanche traduira à nouveau sur les marchés la confrontation des points de vues avec, en toile de fond, les nouvelles forces qui façonnent peu à peu l’économie du XXIe siècle... et son Histoire.

L’exercice devrait se terminer sur le constat d’une absence de choc financier majeur

A lire aussi