L'avis de... Stephen Briggs, stratégiste senior métaux chez BNP Paribas

« Le cuivre a été affecté par les nouvelles capacités de production »

le 30/10/2014 L'AGEFI Hebdo

« Le cuivre a été affecté par les nouvelles capacités de production »
Stephen Briggs, stratégiste senior métaux chez BNP Paribas
(DR)

Les prix des métaux industriels sont-ils le reflet du ralentissement de la croissance mondiale ?

En moyenne, les prix des métaux industriels ont plutôt bien résisté depuis le début de l’année. Mais il ne s’agit que d’une moyenne qui ne reflète guère des divergences marquées entre produits. Le cuivre a fortement reculé, mais le zinc et le nickel ont nettement progressé. On peut retenir un élément commun à ces variations : les évolutions du côté de l’offre alors que la demande reste modérée. Le cuivre, dont les fluctuations sont très suivies par les opérateurs car elles donnent une tendance à l’ensemble du marché, a été affecté par l’arrivée de nouvelles capacités de production sur le marché depuis fin 2013 (progression moyenne de 5 % en 2014 et 2015). A l’inverse, le nickel, qui était sur une pente descendante, du fait d’un surplus de capacités, a bénéficié de la décision de l’Indonésie de ne plus exporter le minerai de nickel, notamment vers la Chine qui possède d’importantes capacités de raffinage. Vu que la Chine ne peut substituer entièrement le minerai indonésien, le marché, en anticipation d’une baisse de production future, a poussé les cours à la hausse.

Dans ce contexte, quelles évolutions de prix anticipez-vous à court et moyen terme ?

Le ralentissement de la croissance, particulièrement en Chine, et les craintes géopolitiques sont deux risques majeurs dans notre scénario. Nous prévoyons tout de même une croissance de la demande pour les métaux de base dans leur ensemble comprise entre 4 % et 5 % en moyenne cette année et en 2015. Mais la demande est à risque à partir du moment où la croissance mondiale passe sous les 3 %. La divergence des prix entre les métaux devrait persister en raison des contraintes liées à l’offre. Ce sera le cas pour le cuivre pour lequel nous anticipons une poursuite de la baisse. A l’inverse, le prix du zinc devrait s’apprécier à moyen terme car d’ici à deux ans, plusieurs importantes mines verront leurs filons s’épuiser, ce qui réduira l’offre disponible. En outre, à moins que l’Indonésie ne relâche ses contraintes d’exportation, le nickel devrait reprendre sa tendance haussière.

Qu’en est-il des métaux précieux ?

Des vents contraires soufflent contre l’or. Le retour progressif vers une politique monétaire normalisée aux Etats-Unis devrait entraîner un effritement du métal jaune. Par ailleurs, avec la hausse du dollar, le métal précieux perd son rôle de valeur refuge, en cas notamment d’augmentation du risque géopolitique. Les investisseurs devraient en effet privilégier le dollar. La baisse des cours de l’or devrait s’accélérer à mesure que se cristallisera dans le marché l’anticipation d’une hausse des taux directeurs outre-Atlantique.

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