L'avis de... Raoul Salomon, responsable SVT chez Barclays

« Le court terme est acheté de plus en plus loin »

le 11/09/2014 L'AGEFI Hebdo

« Le court terme est acheté de plus en plus loin »
Raoul Salomon, responsable SVT chez Barclays
(DR)

Comment expliquez-vous le passage en négatif de nombreux taux souverains à 2 ans en zone euro ?

Le mouvement a été enclenché par la Banque centrale européenne (BCE) en juin lorsqu’elle a établi un taux négatif de -0,10 % pour la facilité de dépôt ; taux que le banque centrale vient de porter à -0,20 %. Les coussins de liquidités imposées aux banques pour couvrir notamment le ratio LCR (liquidity coverage ratio) les amènent à délaisser les dépôts à la banque centrale rémunérés à taux négatifs pour se porter sur le marché monétaire, d’où des achats de bills allemands ou de BTF, les bons à court terme de l’Etat français. C’est un phénomène de masse avec des taux d’intérêt tellement bas que le court terme est acheté de plus en plus loin.

Existe-t-il une limite aux taux négatifs ?

La BCE s’est engagée à maintenir des taux bas longtemps pour contrer le risque déflationniste et relancer l’interbancaire et le financement des économies. Ce qui se passe actuellement sur les marchés monétaires et souverains n’a rien de temporaire. C’est un phénomène fait pour durer. Quant à la limite des taux négatifs, elle est fixée par le taux plancher de la facilité de dépôt de la BCE, de -0,20 %.

Qui achète le schatz allemand à 2 ans, à un taux négatif ?

En réalité, il y a peu d’investisseurs qui vont sur les taux négatifs sans « swaper » leurs achats dans une autre devise afin justement d’éviter des rendements négatifs. Pour contourner ce problème et trouver du rendement, les investisseurs sont dans l’obligation d’allonger la duration de leurs titres, d’aller sur les souverains périphériques ou sur du crédit de moins bonne qualité mais mieux rémunéré.

Le niveau des taux d’intérêt peut-il amener les Etats à modifier leurs émissions et la duration moyenne de leurs dettes ?

Non. La duration moyenne des dettes publiques ne fait que s’adapter à la demande des investisseurs. L’Etat britannique émet par exemple à 15 ou 20 ans car, en face de lui, il a des fonds de pension en recherche d’actifs à 30 ans. La dette française n’a pas d’investisseurs aussi longs. Elle est détenue pour un tiers par des investisseurs résidents dont la duration est au maximum celui de l’assurance-vie, soit 10 ans ; pour un tiers par des non-résidents de la zone euro aux impératifs similaires et pour un tiers par des non-résidents hors euro, à savoir des banques centrales, des banques japonaises et des fonds souverains, dont l’horizon d’investissement dépasse rarement dix ans. 

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