Convictions AM se donne les moyens d’un nouvel envol

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

La société de gestion à la gouvernance aménagée entend ne pas rester à l’écart de la consolidation du secteur.

Nicolas Duban abat ses cartes. Occupant depuis juin dernier le fauteuil neuf de directeur général de Convictions Asset Management – un poste créé pour lui –, l’ancien président de Next AM dévoile un plan de vol ambitieux, à la hauteur des turbulences subies ces dernières années, quand le montant des actifs sous gestion a fondu de 1,1 milliard à 300 millions d’euros depuis juin 2011, pour un effectif réduit de moitié (de 32 à 18 personnes) ces deux dernières années.

« Convictions AM version 2.0 », telle est l’expression adoptée pour présenter le nouveau visage de la société à l’issue d’une « mise à jour du logiciel de base », selon Nicolas Duban. Une société qu’il connaît bien pour l’avoir accompagnée au sein du Groupe La Française, actionnaire historique à 30 % via Next AM. La gouvernance de Convictions AM a justement occupé les esprits, permettant au président-fondateur Philippe Delienne, 66 ans, « de prévoir sa sortie, avec plusieurs années d’avance », explique Nicolas Duban. Les deux hommes sont ainsi associés au sein d’une nouvelle holding, détenue majoritairement par le directeur général de 56 ans. La nouvelle brique détient elle-même 51 % de Convictions Partners, holding regroupant les salariés et associés et possédant 70 % de Convictions AM. De quoi octroyer à Nicolas Duban le statut d’« ultime décideur ».

Sur le terrain ensuite, la société a renforcé ses capacités de service client et sa visibilité, par le biais de publications ou de manifestations à l’image de l’Université d’été de l’Asset Management ou de l’Observatoire des stratégies de gestion de taux en partenariat avec Paris-Dauphine et Morningstar et avec le soutien de l’AF2I (Association française des investisseurs institutionnels). Convictions AM a surtout planché sur son offre de gestion, débouchant sur « une identité forte réaffirmée » fondée sur le concept de multistratégies. Nicolas Duban voit ainsi la société en « nez du parfumeur », capable d’associer en un même flacon l’ensemble des classes d’actifs et des stratégies par le biais d’une gestion active et flexible. Une approche global macro top down se traduisant essentiellement par l’investissement dans des fonds spécialisés. La structuration des processus d’investissement a été renforcée, tout comme la recherche quantitative et la maîtrise des risques, autant de missions confiées au fondateur d’Advanced Fund Analysis, Pierre Hervé, partenaire de longue date de Convictions AM. La société n’en a pas moins fait évoluer sa gamme, supprimant un fonds diversifié pour en créer trois à vocation mondiale : un diversifié tactique, un obligataire et un actions, les deux derniers en partenariat avec Morningstar. Un autre nouveau fonds, de « très long terme » ne sera pas commercialisé avant l’issue d’une période de test de deux ans.

Partenariats commerciaux

Nicolas Duban n’écarte pourtant pas à moyen terme une dose de gestion obligataire directe classique plus significative, une hypothèse qui semble déjà titiller celui qui fut responsable de cette classe d’actifs chez BFT Gestion ou à La Française des Placements. « Les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour lancer cette version 3.0 de Convictions AM », tempère le dirigeant, pour qui « cela pourrait venir naturellement d’une association avec un acteur ayant intérêt à s’adosser ». L’inévitable consolidation du secteur – car « il ne pourra rester plus de 600 sociétés de gestion en France d’ici trois ans » – est d’ailleurs bien un sujet cher à Nicolas Duban, qui souhaite « en être un acteur ». Typiquement par la voie de partenariats commerciaux destinés en France comme à l’étranger « à se renforcer mutuellement et qui seraient autant de fiançailles préludes à une opération capitalistique ». L’écriture d’un tel scénario « prendra du temps, mais le sujet constitue, c’est certain, un axe stratégique pour 2015 », glisse le directeur général, qui confie « discute[r] déjà avec plusieurs sociétés de gestion ».

Pour l’heure, les actifs se répartissent de façon équilibrée entre les quatre segments de clientèle que sont les institutionnels, les family offices, les conseillers en gestion de patrimoine indépendants et la banque privée, Nicolas Duban plaçant ses plus forts espoirs de collecte sur les deux premiers. Notamment à l’international, qui représente aujourd’hui moins de 15 % des encours, et particulièrement en zone alémanique. De quoi atteindre un premier objectif d’un milliard d’euros d’actifs sous gestion « dans un, deux ou trois ans, je ne sais pas, je fais tout pour que cela soit le plus rapide possible », assure le dirigeant. Un seuil devant permettre à une société « aujourd’hui tout juste à l’équilibre d’envisager son avenir sereinement ». A l’aube d’une indispensable reconquête commerciale, le dirigeant-entrepreneur se veut confiant : « Je ne suis pas là à court terme, plaide-t-il. Mon horizon est à plus de dix ans. »

A lire aussi