ISR

Convaincre le grand public

le 13/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Les sociétés de gestion misent sur les fonds thématiques pour distribuer leurs fonds ISR auprès des épargnants.

Convaincre le grand public

Les fonds ISR (investissement socialement responsable) affichent un encours de 223 milliards d’euros fin 2014, en hausse de 31 % sur un an, d’après le centre d’information Novethic. « La hausse des encours s’explique notamment par la conversion de fonds à l’ISR, ainsi que par l’intérêt croissant des compagnies d’assurances pour l’ISR dans le cadre de leur actif général, expose Dominique Blanc, directeur de la recherche de Novethic. Conséquence, la part des fonds ISR détenue par les particuliers diminue de plus de 10 points et n’atteint même plus les 20 % fin 2014. »

Les particuliers étaient pourtant présents dès le démarrage de la gestion ISR en France, au milieu des années 80, avec des fonds éthiques basés sur l’exclusion de certains secteurs comme l’armement, le tabac ou l’alcool. Depuis, les process ISR se sont complexifiés et les approches varient sensiblement d’une société de gestion à l’autre. Si bien que les épargnants peinent à s’y retrouver. Plusieurs initiatives ont tenté de faire la lumière. Le label Novethic a précisément pour vocation d’aider les épargnants à identifier les fonds mettant en œuvre une réelle gestion ISR.

De son côté, le Comité intersyndical de l’épargne salariale (CIES) labellise des fonds dans le cadre de l’épargne salariale, et l’association Finansol les produits solidaires, dont une partie est également ISR. Mais la pluralité des labels peut, là encore, troubler les épargnants.

Quand au label public annoncé depuis 2013, il est encore en phase d’élaboration. Il a été initié par le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, et est désormais piloté par le ministère des Finances. « Le label public est un projet ambitieux, il est logique que le processus soit long, indique Laure Delahousse, directrice des gestions spécialisées de l’Association française de la gestion financière (AFG). L’AFG a travaillé sur le projet de cahier des charges, qui est novateur : les fonds labellisés devraient notamment pouvoir démontrer l’impact de leur portefeuille sur des critères précis dans l’environnement, le social, la gouvernance et les droits humains. »

Un label exigeant et faisant consensus à la fois auprès des sociétés de gestion, des ONG, des organisations syndicales ou des émetteurs pourrait donner l’impulsion au développement de l’ISR auprès du grand public. « Ce label donnera une grande visibilité à l’ISR auprès des particuliers car il sera soutenu par une communication de place. L’AFG incitera

ses adhérents à présenter des fonds au label, qui sera probablement lancé début 2016 », confirme Laure Delahousse. Certains acteurs craignent aujourd’hui que ce label public perde en crédibilité à force de vouloir faire consensus auprès de tous.

Dans l’attente du label public

La plupart des grandes sociétés de gestion soutiennent l’initiative publique : « Les labels sont un outil de communication essentiel dans la promotion des fonds ISR auprès des particuliers. Nous sommes satisfaits de l’initiative du gouvernement pour lancer un Label ISR public. Cela servira à mettre en lumière auprès des clients les fonds qui sont véritablement ISR », explique Gaëtan Obert, responsable ISR de BNPP IP, dont les encours ISR atteignent 21 milliards d’euros.

Même volonté de distinguer le bon grain de l’ivraie chez Ecofi Investissements, qui gère 4,4 milliards d’euros en ISR : « Certaines sociétés de gestion déclarent intégrer les enjeux ESG dans leur gestion, mais cela n’a en réalité aucun impact sur leurs portefeuilles. Le label public devrait aider les particuliers à identifier les démarches les plus sérieuses », ajoute Marie Luchet, responsable ISR d’Ecofi Investissements, dont le process ISR conduit à exclure 40 % de l’univers d’investissement des fonds.

De son côté, Amundi compte aussi s’appuyer sur le label public pour promouvoir ses fonds auprès des particuliers dans ses réseaux de distribution. « Nous présenterons vraisemblablement nos fonds grand public au label, qui nous semble exigeant en l’état actuel de notre connaissance du dossier, tout en permettant à chaque société de gestion de mettre en œuvre sa propre vision de l’ISR », anticipe Thierry Bogaty, directeur d’Amundi Expertise ISR, qui gère 72 milliards d’euros en ISR, toutes classes d’actifs confondues. Pour mémoire, Amundi avait claqué la porte du label Novethic en 2012 sur fond de désaccord sur sa conception. Depuis 2013, Amundi fait certifier sa démarche ISR par l’Afnor (Association française de normalisation) chaque année.

Mais les sociétés de gestion n’ont pas attendu la mise en place du label public pour commercialiser des fonds ISR. Nombre d’entre elles ont choisi de proposer avant tout des fonds thématiques ISR, plus simples à comprendre et à vendre, à leurs réseaux de distribution. Au programme : transition énergétique, eau, emploi, etc. L’organisation de la conférence COP 21 sur les changements climatiques à Paris en fin d’année est d’ailleurs propice à une large communication des sociétés de gestion sur ce thème, notamment via leurs fonds thématiques, pour surfer sur la prise de conscience des investisseurs institutionnels et particuliers. « Les thèmes doivent être suffisamment larges pour couvrir plusieurs secteurs. Dans le cas contraire, les fonds seraient trop cycliques, ce qui n’est pas optimal pour la gestion financière », observe Karine Meyer, responsable de la promotion ISR chez Amundi, qui propose Amundi Valeurs Durables, couvrant l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la gestion de l’eau et des déchets.

A noter, ces fonds thématiques ont également une composante ISR : les critères ESG sont intégrés au process de gestion dans l’univers concerné. Ils pourront donc, le moment venu, prétendre au label public. « Les fonds thématiques sont une porte d’entrée dans l’ISR pour les particuliers. Les thèmes abordés leur parlent : pour le développement humain, il s’agit par exemple de l’accès aux soins, des enjeux liés au vieillissement de la population, à la santé... », précise Gaëtan Obert. Cette maison a remporté un franc succès avec ses fonds sur l’eau (960 millions d’euros d’encours) et sur le développement humain (1 milliard d’euros). Ce dernier produit investi en actions européennes sera d’ailleurs prochainement décliné sur le monde.

Même intérêt pour les fonds thématiques chez Mirova, la filiale ISR de Natixis Asset Management gérant 5 milliards d’euros. « Nous adressons principalement la clientèle de particuliers via des fonds thématiques avec notamment la transition énergétique, la gestion des ressources naturelles (eau, agribusiness) et la création d’emplois, indique Anne-Laurence Roucher, directrice générale déléguée de Mirova. Dans le domaine obligataire, nous sommes très actifs sur les ‘green bonds’, même si l’environnement de taux est aujourd’hui moins propice à la vente de fonds obligataires à des particuliers. »

Fonds généralistes

Mais tous les acteurs visant une clientèle de particuliers ne prennent pas le chemin des fonds thématiques. « Nous ne proposons pas de fonds thématiques. L’ISR est une approche globale, qui doit s’appliquer à l’ensemble du portefeuille du client. Cela prend plus de temps, mais nous avons choisi de proposer des fonds ISR généralistes, principalement sur l’Europe », confie Christophe Bréard, responsable ISR de Neuflize OBC Investissement, qui gère 1,3 milliard d’euros en ISR, principalement pour le compte de particuliers.

De même, La Française a concentré sa gamme sur des fonds ISR généralistes. « Les fonds thématiques, qu’ils soient ISR ou non, ne sont pas des produits tout terrain par construction. Il s’agit plutôt de produits de diversification dont les performances peuvent, selon les configurations de marché, décevoir à court terme comme on l’a vu sur les technologies propres ces derniers mois en raison de la baisse des prix du pétrole », souligne Laurent Jacquier-Laforge, directeur de la gestion actions chez La Française GAM, dont la filiale LFIP gère 1 milliard d’euros en actions ISR. Cette maison s’apprête cependant à lancer un fonds Carbone transversal.

Les investisseurs institutionnels sont eux aussi sensibles aux fonds thématiques en diversification. « Le fonds Carbone sera notre vitrine pour mettre en œuvre notre méthodologie et démontrer notre savoir-faire, ajoute Laurent Jacquier-Laforge. Nous proposerons par ailleurs aux investisseurs institutionnels des mandats sur cette thématique, adaptés à leurs spécificités, par exemple limités à la zone euro, voire centrés pour certains sur les secteurs d’activité les plus exposés aux émissions carbone. »

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