Comgest, la réussite passe par un immuable style de gestion

le 27/08/2015 L'AGEFI Hebdo

La société de gestion a engrangé une collecte nette proche de 600 millions cette année à début juillet, portant les actifs à près de 22 milliards d’euros.

Surtout, ne rien changer. Ne pas troubler l’alchimie qui a porté ses actifs gérés à 21,6 milliards d’euros à fin juin dernier, avec près de 600 millions de collecte nette sur un an grâce au mandat actions Pacifique que lui a attribué l’Erafp (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique) début juillet : telle est, depuis sa création il y a trente ans, la philosophie de Comgest, exclusivement investie en actions, pour 60 % au sein des marchés émergents. Sa gestion repose sur une sélection libre de tout indice de référence de valeurs ayant, selon la société, « une qualité éprouvée avec des perspectives de croissance durable ».

« Nous avons conservé cet ADN de départ », insiste le responsable de la gestion, Arnaud Cosserat. En témoigne le cas Essilor, une valeur « à laquelle Comgest a commencé à s’intéresser en 1993, cinq ans avant qu’elle ne devienne éligible à l’investissement pour finalement intégrer en 2000 nos fonds Europe, dont elle représente 4 % depuis quinze ans ». De fait, l’équipe de gestion, forte de 37 personnes (dont en dehors de Paris 11 analystes en Asie, à Hong Kong, Singapour, Tokyo et Mumbai), met en œuvre, selon son responsable, « entre cinq et dix nouvelles idées par an ». Les portefeuilles sont très concentrés, avec 30 à 40 lignes parmi 80 environ recommandées par les analystes, pour une durée de détention moyenne de 5,5 ans pour les fonds Europe et marchés émergents contre moins d’un an pour l’ensemble du marché selon le cadre de Comgest.

« Notre gestion vraiment active répond, aux côtés de la gestion passive, aux attentes des investisseurs, qui ont tendance à délaisser toute gestion intermédiaire sans goût et sans saveur. La gestion soi-disant active et au coût élevé connaît des difficultés, qui vont s’accroître », assène Arnaud Cosserat.

Espoir aux Etats-Unis

De fait, la collecte s’est accélérée cette année (essentiellement en provenance de France, d’Allemagne ou d’Italie), après des retraits nets de 950 millions d’euros sur l’exercice 2013 et des entrées de 300 millions l’an passé. La clientèle est aux trois quarts européenne (voir le graphique) et institutionnelle pour 60 % environ, les six principales Sicav totalisant 12 milliards d’euros (stratégies marchés émergents, Europe, Asie et monde) aux côtés d’une cinquantaine de mandats représentant environ un tiers des actifs sous gestion. Arnaud Cosserat ne s’en défend pas moins de tout « objectif volontariste de croissance des actifs, provenant d’ailleurs historiquement pour deux tiers de la performance de gestion. Notre boutique n’est pas en perpétuelle recherche de fonds ». La toile commerciale, passant aujourd’hui par Paris, Düsseldorf, Hong Kong et Tokyo, a tout de même vocation à s’étendre « à notre rythme », précise-t-il, en premier lieu aux Etats-Unis en lien avec un enregistrement en cours auprès de l’autorité locale, la Securities and Exchange Commission.

Cet « état d’esprit indépendant en termes de gestion » cher à Comgest est soutenu depuis toujours par une indépendance totale de capital. Ce dernier est aujourd’hui détenu par 100 des 120 salariés (de 20 nationalités différentes), dont à hauteur de 10 % par les deux fondateurs (Jean-François Canton et Wedig von Gaudecker) et « de 55 % à 60 % par 7 ou 8 dirigeants, essentiellement des gérants, le solde étant très bien réparti », selon Arnaud Cosserat. Toute évolution s’opérant à capital constant. Le dirigeant, lui-même chez Comgest depuis 1996 et gérant actions monde et Europe, se félicite du puissant affectio societatis « qui fait la force du modèle en permettant de créer un fort alignement d’intérêts ». Une collégialité qui préserverait de plus la société d’une personnification de sa réussite.

A ce titre, « il existe pour toute personne-clé de la société un plan de succession préparé longtemps à l’avance », indique le dirigeant. « Le passage de témoin se fait dans le temps, nous restons maîtres du calendrier », assure-t-il. Cela après que le site italien Bluerating a fait état en octobre 2014 – information non confirmée par la société – du départ à horizon fin 2016 de Vincent Strauss, actuel président du comité de direction, gérant monde et marchés émergents et principal actionnaire. Le comité de direction rassemble en outre deux membres nommés cette année (un gérant senior Europe et la responsable juridique, risques et conformité), ainsi que deux codirecteurs généraux, Arnaud Cosserat pour la gestion et Jan-Peter Dolff pour les opérations. Il n’empêche qu’au 1er janvier 2015 Vincent Strauss a cédé son poste de responsable des investissements à Arnaud Cosserat, précédemment responsable délégué. Une nomination relevant selon Vincent Strauss alors d’une « évolution naturelle de ses fonctions chez Comgest ».

Arnaud Cosserat, responsable  de la gestion  de Comgest.
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Arnaud Cosserat, responsable de la gestion de Comgest.

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