Post-marché

Le « collateral » valorise les métiers titres

le 30/10/2014 L'AGEFI Hebdo

Les besoins d’optimisation donnent lieu à des offres nouvelles sur la compensation des dérivés.

Le « collateral » valorise les métiers titres
Sous l’impulsion de la Banque de France, la place vient de lancer Euro GC Plus, un système de gestion tripartite du collateral, pour le repo et les refinancements auprès de la banque centrale.
(DR)

Pour les spécialistes du post-marché, les nouvelles pratiques pour sécuriser les transactions financières s’assimilent à une aubaine. Sous forme de cash pour l’essentiel jusqu’en 2013, les échanges de collateral – les actifs donnés en garantie – se font de plus en plus sous forme de titres et les placent au milieu du jeu. « On constate que la gestion du ‘collateral’ devient un enjeu global, note Clément Phélipeau, responsable des offres de services dérivés et gestion du collateral chez Société Générale Securities Services (SGSS). Les besoins sont multiples, pour différents types d’actifs et de transactions – dérivés OTC (de gré à gré, NDLR) compensés et échangés en bilatéral, dérivés listés, repo et prêt-emprunt de titres, ou encore le nouveau système T2S. Il faut aborder le ‘collateral’ comme une problématique globale, ce qui est complexe car il y a des règles différentes à gérer. »

Le sujet est suffisamment important pous susciter des mouvements stratégiques comme le rapprochement, au printemps dernier, du service titres de Société Générale avec sa banque d’investissement et Newedge. De même, « BNP Paribas envisage, selon certaines sources, de rapprocher sa banque de financement et d’investissement, experte dans les métiers transactionnels et l'ingénierie financière, de BPSS, disposant d’un savoir-faire sur les métiers de service aux clients avec de fortes composantes opérationnelles et informatiques, indique Jean de Castries, associé chez Equinox-Cognizant. Les activités de compensation de dérivés listés et OTC ont déjà été rapprochées avec la plate-forme DCS (Derivatives Clearing Services). »

Dans les banques comme chez les gérants, les nouvelles règles créent un besoin de vision centralisée du collateral. « La gestion optimisée et mutualisée du ‘collateral’ devient un vecteur de transformation pour réduire le coût du capital et offrir des nouvelles pistes de revenus supplémentaires pour les banques, explique Richard Teuscher, directeur général du cabinet Capteo. Les rapprochements opérés ou en devenir entre les pôles de banques d’investissement et les services titres des établissements financiers vont dans ce sens. »

Sécurité

Sur la compensation, les besoins concernent l’obligation de compenser les dérivés OTC ainsi que celle de déposer des actifs en garantie des échanges sur dérivés non compensés. « On peut redouter que les banques d’investissement impliquées dans ces contrats dérivés non compensés seront souvent au-dessus des seuils et que, partant de là, toutes leurs contreparties, même beaucoup plus petites et pas forcément concernées, devraient également mobiliser du ‘collateral’ », annonce Fabrice Cuchet, responsable de la gestion alternative chez Candriam.

Les dépositaires se retrouvent en première ligne pour aider les acteurs à mobiliser leurs actifs à des fins de garantie. « Le ‘collateral’, tout comme la transaction, met face à face le ‘broker’ et la société de gestion et comme conservateurs, nous sommes bien placés pour procéder à l’administration des titres ou du ‘cash’ concerné, indique Florence Bonnevay, responsable market & financing services, chez BNP Paribas Securities Services. Avec des titres, l’échange de ‘collateral’ devient plus complexe. Il faut les valoriser et gérer les règles d’acceptation et de concentration des risques. »

Atout de taille, le dépositaire met en avant la sécurité de son modèle, ses règles strictes de restitution et de ségrégation. « Nous sommes l’un des rares acteurs, sinon le seul, à avoir mis en œuvre de façon concrète un modèle de comptes ségrégués auprès de la chambre de compensation (CCP) sur les dérivés listés (positions et ‘collateral’), ce qui recouvre une complexité et des coûts non négligeables, fait savoir Marc Giannoccaro, responsable de la ligne métier Prime Funds Solutions chez Caceis. La ségrégation physique est plutôt envisagée en général sur les dérivés OTC et notre modèle intégré nous permet d’offrir ce service dans tous les cas. » Caceis dispose en effet d’une seule chaîne opérationnelle pour les opérations sur dérivés de son pôle de clearing comme de celui de conservation.

Les solutions de ségrégation individuelle comportent des coûts importants. C’est pourquoi le « cross margining », l’optimisation du collateral par la combinaison de plusieurs garanties, fait l’objet de toutes les attentions. « Nous proposons à nos clients l’‘offset’ de ‘collateral’ entre les dérivés de taux listés et OTC, qui est aujourd’hui possible sur le CME », indique Emmanuel Ramambason, responsable du clearing des dérivés chez BNP Paribas. Eurex se veut aussi aux avant-postes. « Depuis mai 2014, nous sommes en mesure d’offrir du ‘cross margining’ entre les dérivés de taux listés et OTC et nous optimisons le calcul de marges sur l’ensemble de nos produits », atteste Ebru Ciaravino, responsable commerciale chez Eurex Clearing. Toutefois, certains réclament des solutions plus complètes. « Nous collaborons avec l’industrie sur le cross margining, notamment pour rapprocher des positions sur des dérivés listés et OTC, confie Joern Tobias, responsable du collateral management chez State Street. Les possibilités à cet égard dépendent avant tout de l’offre des chambres de compensation : par exemple, le 'cross margining' effectué entre dérivés de taux listés et OTC par Eurex ne sera dans un premier temps utile que pour des banques et des courtiers-négociants. »

Autre piste à l’étude pour sécuriser le collateral, « certaines CCP proposeront aux investisseurs d’avoir, dans les livres de leur dépositaire, un compte en leur nom, mais en faveur de la dite CCP (sorte de nantissement), de façon à ne faire des mouvements de ‘collateral’ qu’au sein de la même entité », rapporte François Bouclier, en charge de la vente de l’OTC clearing en Europe continentale chez Newedge. Toutefois, les dépositaires avancent prudemment. « Il faudrait aligner toute solution à base de nantissement avec la législation locale en matière d’insolvabilité en Europe, indique Joern Tobias. En l’état actuel des interprétations des textes, on peut supposer que les régulateurs préfèrent que la propriété des titres soit transférée des livres des dépositaires vers les systèmes de règlement de titres. La prise de collateral par nantissement pourrait toutefois s’avérer une solution moins risquée d’un point vue opérationnel. D’un autre côté, il faut considérer le coût de financement des compensateurs dans un modèle à base de nantissement. »

Côté repo et financement interbancaire, la création d’Euro GC Plus par la place de Paris marque, depuis l’été, une avancée forte en gestion du collateral. L’outil utilise le système d’Euroclear avec compensation via LCH.Clearnet pour optimiser la gestion du collateral entre deux contreparties par l’intervention d’une tierce partie, Euroclear. Euro GC Plus permet aussi un refinancement des banques domestiques auprès de la Banque de France. « Auparavant, les banques donnaient ligne à ligne le ‘collateral’ pour accéder au refinancement de la banque centrale. Il est désormais possible via Euroclear de mettre à disposition le ‘collateral’ sous forme d’un pool de titres : les procédures sont simplifiées et les montants plus importants », relève Cyril Louchtchay de Fleurian, responsable collateral chez Euroclear.Euro GC Plus va donc venir concurrencer GC Pooling, mis au point par Eurex Repo à Francfort il y a déjà une dizaine d’années et gérant du collateral sur des produits de taux et, dorénavant, des actions.

Externalisation

Pour mieux faire circuler la liquidité, de nouvelles règles permettent, pour les titres mobilisés auprès de la Banque centrale européenne, d’être conservés dans leur compte d’origine et non plus forcément dans leur Etat d’origine. « Notre pôle de liquidité sera renforcé puisque des ‘passerelles’ existent désormais au sein d'Euroclear, entre cette activité banque centrale et EuroGCPlus, notre produit ‘triparty’ compensé », précise Jo Van de Velde, directeur général, responsable de la division « Product Management » chez Euroclear. Le système est interopérable avec Eses (Euroclear Settlement of Euronext-zone Securities) pour le marché français et l’ICSD Euroclear Bank, pour l’international - sans oublier T2S. » En outre, Euroclear vient de signer un partenariat avec DTCC, son homologue américain. A elles deux, les infrastructures accumulent une base de collateral de 75.000 milliards de dollars. De quoi en globaliser davantage la gestion et automatiser l’exécution des opérations. Une joint-venture a été créée à Londres entre les deux acteurs.

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